Logo le Courrier des Balkans, le portail francophone des Balkans
filet
Monténégro : mobilisation générale dans le nord du pays - Privatisation en Serbie : un quatuor d’oligarques va racheter la JAT - TPIY : qui a détruit les preuves du trafic d’organes au Kosovo ? - Corruption en Croatie : Jadranka Kosor et les corbeaux du HDZ - Bosnie-Herzégovine : situation toujours difficile pour les Serbes en Fédération - 
Balkanophonie Abonnez-vous
La boutique en ligne A propos Livres ong liens Agenda
forums

Il y a seize ans, la guerre commençait : manifestation pacifique à Sarajevo

Par Mariama Cottrant
Sur la Toile :
Mise en ligne : lundi 7 avril 2008
Le 6 avril 2008, les habitants de Sarajevo étaient supposés commémorer le 6 avril 1992, jour de la déclaration d’indépendance de la Bosnie-Herzégovine, et du début d’un siège qui durera 4 longues années. Cependant, ils ont désormais les yeux tournés vers l’avenir, et ont manifesté face au théâtre national, où se tenait une cérémonie officielle de commémoration. Une manière de dire : « c’est nous qui avons souffert ».

6 avril, jour de commémoration à Sarajevo : tout d’abord, la libération de Sarajevo en 1945, de l’emprise fasciste, puis l’indépendance de la Bosnie-Herzégovine en 1992, jour également tristement marqué par le début du siège de la ville la même année. Cependant, 15 ans plus tard, les citoyens revendiquent leur propre mémoire, et non la mémoire officielle qui a tendance à glorifier ceux qui ont tiré profit de cette guerre impitoyable. Ils ont ainsi donné suite au mouvement protestataire qui dure depuis quelques semaines, en exprimant leur mécontentement aux portes du théâtre qui abritait la cérémonie officielle de commémoration.

D’après la chaîne de télévision TVSA, 3000 personnes étaient présentes à la manifestation d’hier, intitulée « les citoyens défendent Sarajevo », en référence au film de partisan des années 1970 Walter brani Sarajevo, mais surtout pour revendiquer un pouvoir citoyen, démocratique, face à des autorités sourdes.

Malgré le fait qu’il est probable que moins de 3 000 personnes étaient présentes, la manifestation a été réalisée avec succès, avec un message clair : « Venons dire ensemble au premier ministre [du canton, NDT], à la mairesse et aux autres politiciens irresponsables ce que les Sarajéviens pensent d’eux ! Défendons de nouveau Sarajevo ensemble ! ». Cette fois, il ne s’agit pas de défendre Sarajevo d’une attaque extérieure, mais de ses propres représentants, qui selon les manifestants ne font pas leur travail tout en se remplissant les poches.

Au rythme de la chanson « Šuti i trpi » (Tais-toi et souffre/tolère - retrouvez le clip vidéo sur http://uk.youtube.com/watch?v=PH0vs... ) du groupe Dubioza Kolektiv, en concert la veille, les citoyens arboraient des badges et auto-collants « démission », « je ne tolèrerai pas », et des caricatures géantes des politiciens. En face des manifestants, le théâtre national, dans lequel se déroulait une cérémonie officielle, annuelle, au cours de laquelle les politiciens - cibles de la manifestation - s’entre félicitent de leur travail, à l’occasion de la journée de la ville de Sarajevo.

Les manifestants ont de nombreuses requêtes, dont la démission de la mairesse de la ville, Semiha Borovac, qui a causé les railleries en affirmant que les habitants de Sarajevo étaient « très satisfaits des nouvelles facades des batiments ». Semiha Borovac, qui a en fait un pouvoir limité en tant que maire, est loin d’être la seule sur la scelette : le premier ministre du canton de Sarajevo (Samir Silajdžić), ainsi que le premier ministre de la Fédération, Nedžad Branković.

La confrontation n’aura finalement été que brève, puisque la manifestation a pris fin avant que les personnalités ne sortent du théâtre. Cela dit, il est clair que les manifestants ont volé la vedette aux représentants politiques, ce qui visiblement était l’objectif du rassemblement. Les citoyens tiennent également à montrer qu’ils ont gardé l’esprit d’entraide qui régnait pendant le siège de Sarajevo, esprit qu’ils ne retrouvent pas chez leurs représentants.

Cet événement fait suite au lancement officiel d’un nouveau parti dont les citoyens attendent beaucoup, mais sans espérer de miracle, parti fondé par le célèbre réalisateur de No Man’s Land, Danis Tanović. Le parti s’intitule « Notre Parti », et prétend proposer une alternative à tous les partis nationalistes et corrompus.

En bref, même si on reste sceptique face à la possibilité d’un changement radical, les choses bougent à Sarajevo et l’activisme, bien que réservé à un nombre réduit, prend lentement la place de l’apathie. Ce mouvement semble cependant limité à la ville de Sarajevo pour l’instant.

Dans le même journal

Sur les mêmes thèmes