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Dani
Siège de Sarajevo : communication et information en temps de guerre
Traduit par Nihad Hasanović
Publié dans la presse : 5 avril 2002
Mise en ligne : lundi 28 avril 2008
Sur la Toile

Certains aspects techniques du siège de Sarajevo sont très méconnus, et ils sont pourtant d’intérêt historique majeur. Ce texte en présente un exemple : le fonctionnement des postes et télécommunications pendant le siège. Le blocage des communications contruibuait au début de la guerre à masquer la réalité du siège à l’étranger, mais les employés des PTT restés à Sarajevo permirent, grâce à leur travail et en risquant leur vie, à la vérité d’éclater.

Extrait des archives de BiH Telecom

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Poste principale de Sarajevo en feu, 1992

Dès le début de la guerre, tous les bâtiments les plus importants du système des PTT ont été détruits : la Poste principale de Sarajevo, les relais de radio d’hyperfréquence dans toutes les directions de transmission des signaux de télécommunication, les systèmes de câbles coaxiaux, les bâtiments des PTT, les centres téléphoniques automatiques, les bureaux de poste, l’équipement électronique terminal, les moyens de transport...

Le 31 juillet 1992 à Sarajevo, l’établissement public des Postes, Télégraphes et Téléphones de Bosnie-Herzégovine fut officiellement fondé. L’entreprise fut chargée d’une tâche complexe : dans des conditions extrêmement difficiles, répondre aux besoins de communication du pays.

En ce qui concerne le réseau postal, beaucoup de bâtiments et de biens matériels furent détruits ou endommagés à cause de la guerre. En 1991, 667 unités postales fonctionnaient, mais en 1993 il n’y en avait plus que 193 ; en 1994, le nombre était réduit à 111. Ces données se rapportent au territoire sous le contrôle des autorités légalement élues de la République de Bosnie-Herzégovine, c’est-à-dire de l’Armée de Bosnie-Herzégovine.

Les dommages de guerre

Une analyse, faite en 1993 dans le cadre du système des PTT, estime que les dommages de guerre relatifs aux biens de la circulation postale montaient à 220 millions de dollars américains, dont 140 millions de dollars concernant les bâtiments, et 20 millions de dollars concernant les moyens de transport et de mécanisation postale.

Les bombardements quotidiens de la population des villes bosniennes et de tous les bâtiments qui étaient d’une importance vitale ont aussi contribé à totalement désintégrer le système de télécommunication des P. T. T. Dans ces bâtiments détruits ou endommagés, beaucoup de biens matériels liés au réseau de télécommunication furent également détruits ou endommagés. Une partie de l’équipement de certains bâtiments fut même détournée vers le système de télécommunication serbo-monténégrin, ou pillée.

Les dommages de guerre relatifs à ces biens sont exceptionnellement élevés. Selon certaines estimations, les dommages directs des bâtiments de télécommunication des PTT de Bosnie-Herzégovine fin 1993 s’élevaient à 600 millions de dollars : 180 millions pour l’équipement des centrales téléphoniques, 110 millions pour l’équipement du système de transmission, 105 millions pour les réseaux locaux, 80 millions pour les bâtiments, et finalement 125 millions de dollars concernant l’équipement du réseau télégraphique, le réseau de transmission de données, le système informatique etc.

L’exemple le plus significatif de destruction des bâtiments des PTT, par une agression brutale et un urbicide inouï, est celui de la Poste principale de Sarajevo. C’était le bâtiment le plus fonctionnel de ce type dans les Balkans. Cet immeuble historique, construit entre 1911 et 1913, fut incendié le 2 mai 1992 par l’assaillant serbo-monténégrin. Cet incendie détruisit 38 000 connections téléphoniques, alors que 8000 connections furent provisoirement en panne à la suite de l’incendie.

En plus des dommages directs, la guerre provoqua d’énormes dommages indirects sur le système des PTT de Bosnie-Herzégovine. Ils sont estimés à quelques centaines de millions de dollars.

Les dommages causés par le blocage des informations, conséquence des destructions, furent particulièrement graves et inestimables. Précisement à cause de ce blocage, la vérité sur la guerre, c’est à dire sur l’agression, pénétrait difficilement dans le monde. Cette situation, jouxtée à une propagande intensive de l’assaillant, contribuait à la réalisation de ses sales objectifs de guerre : génocide, urbicide, etc.

De grands dommages du système PTT ont également été causés par l’interruption du fonctionnement de la Caisse d’épargne postale. D’après les estimations d’une étude faite par des experts des PTT en 1992, sur la succession des biens de l’ancienne Communauté des PTT yougoslaves, de la Caisse d’épargne postale et de Jugomarka, les demandes financières des PTT de Bosnie-Herzégovine atteignaient presque 200 millions de dollars américains.

La désintégration du système

Après la désintégration du système de télécommunications et l’interruption de la circulation postale, à partir de mi-1992, les parties de l’établissement public PTT fonctionnaient selon leurs possibilités. Pendant les premiers mois de la guerre, la circulation postale fut complètement suspendue, tandis que les liaisons de télécommunication fonctionnaient conformément sur le principe « insulaire ». Les employés de toutes les directions de la circulation PTT (Sarajevo, Tuzla, Zenica, etc.) faisaient tous leurs efforts pour maintenir les réseaux de télécommunication. En fait, il ne s’agissait que des parties encore viables du système. Jour et nuit, ils s’évertuaient à faire fonctionner des réseaux et d’autres services, tout ce qui, après la dévastation, pouvait être, si peu que ce soit, remis en activité et réutilisé, au moins sous une forme improvisée.

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Le tunnel de Sarajevo

Ni les obus de l’assaillant, ni les innombrables obstacles qui surgissaient ne pouvaient les arrêter. L’un des plus gros problèmes était la pénurie d’employés, car bien des salariés ont quitté l’entreprise, tandis qu’un nombre considérable était engagé dans l’Armée de Bosnie-Herzégovine. D’immenses difficultés étaient liées au manque de matériel, de pièces de rechange, de combustibles, puis au transport, et surtout à la difficulté de faire rentrer quoique ce soit dans Sarajevo assiégé. Ces jours de guerre, le tunnel [1] devint très important pour le système des PTT. Ce passage était la seule issue, la communication de survie et la voie du salut.

Dans des conditions inimaginables, les employés des PTT cherchaient des solutions pratiques, et ils les trouvaient très souvent. La preuve : au cours du blocage honteux et barbare de Sarajevo, 25 000 connections téléphoniques furent ravivées ou installées rien qu’à l’intérieur de la ville.

Dans le but de surmonter le blocage des télécommunications et l’isolement postal de la Bosnie-Herzégovine, et notamment de Sarajevo, l’entreprise publique a pris beaucoup d’initiatives. Seules quelques-unes ont été réalisées, à savoir :

- la mise en fonction des lignes du transport postal par l’intermédiaire du Haut commissariat des Nations Unies aux réfugiés (UNHCR) sur une ligne Sarajevo - Split - Sarajevo
- l’ouverture d’une procédure de médiation du transport postal de la part par les PTT d’Allemagne et la mission de l’UNHCR ;
- un engagement particulier dans l’obtention et la location d’appareils mobiles pour les liaisons de télécommunication par satellite et beaucoup d’autres initiatives.

Un grand exploit

Les résultats de ces initiatives ne tardèrent pas à arriver. En 1993 déjà, une année particulièrement difficile de la guerre, les envois postaux commençaient à circuler à partir des territoires libres de Zenica et de Tuzla vers Split. Le système de télécommunication, avec plusieurs centaines de canaux téléphoniques, a étéfut établi entre Sarajevo, Zenica et Tuzla. Une liaison à plusieurs canaux fut établie dans le triangle Tuzla-Osijek-Zagreb. Début septembre 1993, dans les conditions de guerre très difficiles, nos experts réussirent à installer et à mettre en fonction une liaison internationale par satellite entre la Bosnie-Herzégovine et la Suisse (Sarajevo-Berne), par l’intermédiaire d’Eutelsat. Ils employaient le code postal international 387, obtenu la même année de l’Union internationale des télécommunications. La capacité de cette liaison était de deux mégabits par seconde, c’est-à-dire 30 canaux de conversation. L’équipement fut installé en un temps record : établie le 3 septembre, la liaison fut intégré au réseau de circulation public le 5 septembre 1993.

C’était un grand exploit pour nos experts, car l’établissement des liaisons internationales dans ces jours-là était d’importance majeure pour la Bosnie-Herzégovine et ses citoyens.

L’année suivante, en 1994, un projet ambitieux, entamé en 1993, fut accompli : le réseau de télécommunication entre Sarajevo, Konjic, Jablanica et Mostar fut mis en fonction. Le câble nécessaire pour cette connection, passant par le Mont Igman [Seule montagne de Sarajevo non détenue par les forces serbes, NDT], fut installé par des ouvriers des PTT et des membres de la Armée de Bosnie-Herzégovine et de la police.

L’entreprise continua à établir de nouvelles liaisons par satellite avec l’Italie et l’Allemagne. Le transport postal entre Sarajevo et Villach en Autriche fut également mis en fonction. Jour après jour, de nombreux experts travaillaient sur le terrain afin de faire fonctionner les liaisons de télécommunication et la circulation postale.

Partout où c’était possible, le système des PTT de Bosnie-Herzégovine fut ravivé. Pendant ces jours de guerre, les dirigeants des PTT élaboraient aussi des plans pour le développement de l’après-guerre de et pour l’avenir de l’entreprise.

L’année 1995 sera retenue comme l’année de la fin de la guerre et de la signature des accords de Dayton. Pour les PTT, ce fut également l’année du déblocage complet du pays dans le domaine des télécommunications. Ce fut aussi une année de deuil, de mémoire des héros des PTT morts au travail : 167 personnes ont donné leurs vies pour la défense de la Bosnie-Herzégovine dans cette guerre horrible et honteuse. Parmi les 1895 employés des PTT qui se sont engagés dès le début de la guerre dans l’Armée de Bosnie-Herzégovine, 134 sont invalides de guerre.

[1] Le désormais célèbre tunnel de Sarajevo fut construit au cours de l’année 1993, dans le but de lier la capitale assiégée avec la zone libre du territoire bosniaque. Mesurant 800 mètres de long, creusé en dessous de l’aéroport de Sarajevo, il permit durant le siège de faire passer des vivres, du matériel technique et surtout des armes, puisque un embargo était imposé à la Bosnie. On estime qu’1 million de personnes sont passés par le tunnel, transportant ainsi 20 millions de tonnes de nourriture durant le siège. Il reste aujourd’hui à peu près 20 mètres du tunnel, transformé en musée ouvert aux visiteurs.

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