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Dani
Sarajevo sous le siège : la résistance par la fêteTraduit par Anela Baraković
Sur la Toile :
Publié dans la presse : mai 1993
Mise en ligne : jeudi 24 avril 2008
Malgré les obus, les grenades, les snipers et l’absence d’électricité, et peut-être même d’autant plus à cause de tout ça, la fête ne manquait pas à l’appel durant le siège de Sarajevo. Seuls ceux qui ont vécu ou sont venus à Sarajevo entre avril 1992 et décembre 1995 le savent vraiment. Cet article publié en mai 1993 vous présente le « Sarajevo by night » comme si vous y étiez.
Par Mladen Kristić Mai 1993 La raison de l’écriture de ce texte est l’histoire d’un journaliste hollandais qui dit être venu à Sarajevo avec en tête une image apocalyptique de meurtres, de faim et de souffrance générale des habitants de cette ville. Cependant, le premier jour à Sarajevo il a pu voir qu’il s’agissait d’une choquante incompréhension des journalistes de l’Ouest, mais aussi des consommateurs médiatiques médiocres qui informent sur les événements à Sarajevo. Ce qui à fait comprendre au journaliste qu’il avait une fausse image de la ville, et qu’en fait, il n’y avait même pas de guerre ici, c’est la vie nocturne de sarajevo, qu’il a trouvée à certains endroits même plus intéressante que celle d’Amsterdam. L’expression « la vie nocturne de Sarajevo » pourrait paraître ridicule à la plupart des habitants, qui passent leurs nuits à la lumière des bougies, mais pourtant il n’est pas difficile de se rendre compte qu’elle existe vraiment. Ou, autrement dit, Sarajevo « imite la vie », la nuit. Bien sûr, pour s’en assurer, il faut beaucoup d’argent, ce qui est difficile ces jours-ci, et le droit de sortir durant le couvre-feu, ce que peuvent se permettre seulement ceux qui ont des bonnes relations au Centre de service de sécurité. Au printemps de l’année 1993, sortir sans la permission du Centre de service de sécurité peut être extrêmement dangereux car le contrôle du couvre-feu est très rigoureux. Les personnes sans permission qui se baladent la nuit peuvent se faire arrêter et finir leur nuit sur des chaises en bois au confort bien discutable... Il s’agit de la fameuse unité spéciale du Centre de service de sécurité, les « Hirondelles », qui s’occupe des arrestations, en faisant son devoir professionnellement et très régulièrement, et parfois même non sans excès de zèle. Disons qu’il est arrivé que les « Hirondelles », débarquent par surprise dans un local, sur le mode d’une rafle bien organisée, et demandent aux invités de s’identifier et de montrer leurs permissions : ceux qui ne l’ont pas ne passeront pas la nuit dans leur lit. Quand les « Hirondelles » patrouillaient Récemment, une jeune fille a organisé une fête, et invité tous ses amis qui sont restés à Sarajevo, c’est-à-dire une dizaine de personnes. Alors que la fête bat son plein, au moment où les gens commencent à danser sur les tables, soudain, comme tombé du ciel, un groupe d’individus masqués avec des bonnets noirs débarque chez elle. Ils informent l’assemblée qu’ils sont tous arrêtés, parce que la musique est trop forte au moment du couvre-feu. A l’arrivée au poste de police le plus proche, l’un des policiers se rappelle que le tapage nocturne n’est pas un motif suffisant pour faire arrêter quelqu’un. Alors, ils les accusent de ne pas avoir suffisamment couvert les fenêtres. Et ils ont évidemment oublié que cette nuit-là les rues « brillaient » comme des sapins de Noël. Cette arrestation ne pouvait pas se passer du légendaire slogan publicitaire : « N’oubliez pas de dire aux autres que les ’’Hirondelles’’ vous ont arrêtés ! » Quelques jours plus tard, quand la jeune fille en question se retrouve dans un bar et prend un café, un jeune homme s’approche d’elle en lui demandant « D’où est-ce qu’on se connaît ? », la fille lui répond que c’est la première fois qu’elle le voit. Soudain, le jeune homme se souvient et lui dit : « Ah oui, je me souviens, c’est moi qui t’es fait arrêter l’autre nuit. Je suis celui des ’’Hirondelles’’ ! ». En oubliant qu’au moment de l’arrestation il avait un bonnet sur la tête pour cacher son identité. Restaurants et marché noir Le preuve que le journaliste ne s’est pas trompé en disant au tout début du texte que la vie nocturne à Sarajevo démontre que la guerre n’est pas telle que la décrivent les journalistes occidentaux : les restaurants. Jusqu’à récemment, la plupart des restaurants offraient des spécialités faites de macaronis et de riz avec de la viande en conserves. Ce genre de plats, une famille de classe moyenne à Berlin pouvait sûrement se le permettre en 1945, sans avoir besoin d’aller au restaurant et de mettre de côté leurs 4 payes mensuelles. Bien sûr, il y a eu des restaurants à Sarajevo qui proposaient des menus au niveau similaire de celui d’avant-guerre, mais il y en a eu très peu. L’un de ces restaurants était le « Makarska » dans le quartier de Marindvor. On pouvait y trouver, alors que la ville survivait grâce au riz et aux macaronis, des spécialités de la mer, des calamars et toutes sortes de spécialités avec du poisson. Chaque plat coûtait plus de 50 DM (Deutschmark), et il s’agissait malgré tout de l’un des restaurants les plus fréquentés de la ville. Mais, en 1993, ce ne sont pas seulement les prix exorbitants des restaurants qui poussent la plupart des habitants de Sarajevo à préférer passer la nuit à la maison, à la lumière des bougies, mais aussi la peur des fusillades qui ont lieu la plupart du temps dans ces lieux de sorties. En voici pour preuve l’histoire vraie à laquelle a assisté un policier. Devant le bar « Bugatti », un véhicule UNPROFOR a à peine égratigné une voiture de luxe. Au même moment, le propriétaire de la voiture apparaît et commence à tirer sur le véhicule. Sa copine est éblouie, parce que seuls son copain et Rambo sont des hommes capables tirer sur un véhicule militaire. Elle pousse des petits cris pour montrer son bonheur ; ce soir l’orgasme aura l’odeur de la poudre du pistolet. Un bar pas comme les autres En 1993, seul un endroit en ville peut vous offrir la sensation d’être en sécurité et vous donner une véritable idée de la vie nocturne à Sarajevo avant la guerre. Il s’agit de la discothèque « Stare Sarajlije-SS » (les anciens Sarajeviens), anciennement le BB. L’unique chose qui peut vous faire penser à la guerre, ce sont les militaires, mais même ceux-ci n’y viennent plus tellement, car le fait de venir ici habillé normalement (c’est-à-dire en civil) est une preuve de bon goût. La sensation de sécurité est due, entre autres, à la demande affichée à la porte d’entrée de la discothèque, qui interdit d’entrer avec des armes, et celle-ci est respectée. C’est aussi dû à la bonne réputation du propriétaire du SS. Il semble invraisemblable que aucun incident grave ne se soit produit à SS et pourtant l’un de mes amis m’a dit que le SS lui rappelait l’époque d’avant la guerre, il lui a même fait ressentir le « feeling » d’avant la guerre, ce qui a fait qu’il a pu oublier l’enfer pendant quelques instants. L’unique chose qui dérange le propriétaire est, selon lui, ces filles qui boivent constamment de la bière, même si elles ne peuvent pas se saoûler, car la bière à Sarajevo est faite à base de riz. Le fait que les filles boivent de la bière est, selon lui, une sorte de révolte contre le machisme militaire, qui disparaîtrait après la guerre. Avant, aller au BB était en quelque sorte, se montrer publiquement, pour montrer ses tout nouveaux habits achetés à Trieste. A SS la frime n’est pas la bienvenue. C’est là l’unique différence entre le BB et le SS. Même la musique est restée la même que celle du 3 avril, date où pour la dernière fois le BB a ouvert ses portes. Il ne faut donc pas s’étonner que le DJ mette la chanson Jugoslovenka (la Yougoslave), sur laquelle tout le monde dansent pareil qu’il y a dix ans quand on pouvait l’entendre au légendaire Cactus. La plupart des gens pense que la vie à Sarajevo se normalisera quand les tramways commenceront de nouveau à circuler, et que l’esprit de la vie nocturne de la ville reviendra quand la discothèque Teatar réouvrira. Mais, de cette perspective il est impossible de prévoir à quoi ressemblera la nuit à Sarajevo quand la guerre sera terminée. L’une des variantes possibles de la vie nocturne future à Sarajevo, celle qui du moins semble la plus vraisemblable est celle-ci : tous les vendredis, quand la maison des jeunes (Dom Mladih) sera rénovée, un bal sera organisé. Ce vendredi jouera l’ensemble « Les lys dorés » qu’a découvert le fameux Želimir Altarac Čičak. Ceux qui n’auront pas la chance d’avoir le billet d’entrée s’achèteront cinq litres d’alcool et organiseront leur propre fête dans un appartement. APPEL
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