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Osservatorio sui Balcani
Serbes du Kosovo : tensions avant les élections de dimanche
Traduit par Loïc Tregoures
Publié dans la presse : 8 mai 2008
Mise en ligne : vendredi 9 mai 2008

C’est dans une atmosphère de référendum suscitée par les enjeux de la campagne électorale que le Kosovo se prépare, lui aussi, à voter ce dimanche 11 mai. La MINUK est toutefois opposée à la tenue de ces élections municipales qu’elle juge illégales et sans valeur.

Par Tatjana Lazarević

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Affiches électorales à Mitrovica

« Le 11 mai est une journée décisive pour les Serbes du Kosovo. Ils décideront soit de rester, soit de quitter la province. Ce sera le jour du changement serbe, où toutes les forces nationales et patriotiques parviendront au pouvoir en Serbie et lutteront pour le renouveau et le renforcement de l’Etat serbe », a déclaré le leader le plus influent du Kosovo, Marko Jakšić, mardi dernier à Mitrovica.

Au Kosovo, partis politiques et associations serbes se préparent en grande hâte aux élections parlementaires et municipales de ce dimanche 11 mai. C’est la quatrième fois que des élections parlementaires serbes ont lieu au Kosovo, tandis qu’il s’agit des premières élections municipales serbes depuis 1999.

D’après les données de la Commission électorale de Serbie (RIK), 91 639 électeurs pourront voter, répartis dans les 26 communes du territoire du Kosovo. Outre les candidats pour le Parlement de Serbie, les électeurs pourront choisir parmi les 100 autres partis politiques et associations de citoyens qui présentent des candidats aux élections municipales du Kosovo. Un grand nombre d’associations politiques et de partis n’existent d’ailleurs qu’au Kosovo, en plus des branches locales des grands partis de Serbie.

Le coordinateur de la RIK au Kosovo, Veljko Odalović, indique que les listes électorales actuelles sont globalement identiques à celles des scrutins précédents. Il ajoute qu’elles ont été mises à jour et qu’elles ne « sont pas beaucoup plus mauvaises que celles de Serbie centrale ». Selon lui, ces mises à jour concernent d’abord les personnes ayant quitté le Kosovo ou ayant été amenées à quitter leur commune d’origine, et à qui on a permis de voter plus facilement. Pour la première fois, ils pourront voter dans des bureaux de vote particuliers, dont 141 se trouvent en Serbie centrale et 16 autres au Kosovo.

Bien qu’ils ne participent plus aux élections serbes depuis 20 ans, les Albanais du Kosovo continuent d’être présents sur les listes électorales. Il s’agit surtout d’Albanais dont la résidence est officiellement établie dans une commune à majorité serbe, bien que la plupart n’y vivent plus depuis 1999.

Pour expliquer la faible affluence aux urnes, au Kosovo, lors des précédents scrutins, les Serbes du Kosovo affirment que les listes électorales étaient obsolètes dans la mesure où y figuraient encore la majorité des électeurs albanais qui boycottent les élections serbes. En effet, on a pu constater la grande mobilisation des Serbes du Kosovo lors des dernières élections, tandis que les statistiques basées sur les anciennes listes n’étaient pas en mesure de confirmer cette situation.

Veljko Odalović ajoute que, ces dernières années, les Albanais n’ont pas répondu à l’invitation de l’Etat serbe de s’inscrire pour vérifier l’état des listes. Il estime que c’est pour cela que les noms de ces Albanais n’apparaissent plus sur les listes actuelles. En revanche, les noms des Albanais dont la résidence enregistrée se trouve dans des communes habitées par des Serbes continuent de figurer sur les listes.

Les préparatifs pour les élections se déroulent sous le regard désapprobateur de la MINUK et des institutions kosovares, notamment en ce qui concerne les élections locales. Les représentants de la MINUK, ainsi que d’autres fonctionnaires internationaux, ont déclaré que l’organisation et la tenue d’élections locales serbes au Kosovo étaient une violation de la résolution 1244 du Conseil de Sécurité des Nations Unies. Pour leur part, les dirigeants albanais soulignent que « l’on ne peut pas organiser les élections d’un pays voisin sur un territoire souverain et indépendant ».

A la mi-avril, le responsable du district administratif du Kosovo, Goran Arsić, a indiqué sur les ondes de la radio locale KIM qu’il craignait que certains représentants serbes eussent à répondre pénalement de la diffusion de matériel électoral interdit.

Le 1er mai, dans la partie méridionale de Mitrovica, les douaniers albanais ont mis sous séquestre une partie du matériel électoral destiné à deux communes du sud du Kosovo. Envoyé à partir de la Serbie centrale via Mitrovica, le matériel est finalement arrivé au Sud après avoir été restitué par les douaniers.

Le porte-parole de la MINUK, Russell Geekie, a déclaré que l’interception et la confiscation de matériel et de biens étaient une activité régulière de la police du Kosovo et du personnel douanier de la MINUK dans le cadre du contrôle normal des marchandises importées de Serbie au Kosovo.

« La MINUK ne participera pas à l’organisation des élections parlementaires au Kosovo, mais elle n’y fera pas obstruction. La MINUK et le Groupe de Contact estiment en revanche que les élections locales sont illégales et, pour nous, elles n’auront aucune valeur. La décision finale de maintenir ou pas ces élections locales au Kosovo dépend des politiciens à Belgrade et j’espère qu’ils renonceront », a déclaré Russell Geekie, précisant qu’il s’agissait là de la position officielle de la MINUK.

Auparavant lors d’une conférence de presse, le directeur de la section pour l’information publique de la MINUK, Aleksandar Ivanko, avait insisté sur le fait que la MINUK emploierait tous les moyens diplomatiques pour faire savoir à Belgrade que les élections locales au Kosovo étaient illégales.

A cette occasion, Ivanko a également rappelé que certains leaders politiques serbes « envoient des signes pouvant laisser penser qu’ils renonceront aux élections locales ».

Veljko Odalovi, lui, ne croit pas du tout à cette affirmation. « La RIK a achevé les préparatifs et tout se déroule comme prévu. Par conséquent, je ne vois aucune raison pour qu’une telle chose se produise. Aucun leader politique en Serbie ne ferait une chose pareille », a-t-il affirmé avec conviction.

Quelques jours avant les élections locales et parlementaires en Serbie, la situation est tendue au sein la communauté serbe du Kosovo, dont la faiblesse est aggravée par les divisions et la campagne électorale des partis politiques.

L’atmosphère de référendum sur le chemin que doit prendre la Serbie est dangereuse. Elle influence directement les zones serbes du Kosovo. Là-bas, la campagne électorale est marquée par la discrétion des forces dites pro-européennes, presque invisibles, contrairement à la campagne agressive menée dans les médias et sur le terrain par les forces dites patriotiques et populaires.

Ainsi, sur le boulevard principal de Mitrovica, on peut voir de grandes banderoles fixées aux lampadaires et feux rouges avec l’inscription « Soutiens la Serbie », slogan de la coalition DSS-NS menée par Vojislav Koštunica. Le Parti radical a opté pour la même option en plaçant ses banderoles sur le boulevard parallèle.

Dans les médias électroniques locaux, les messages de la coalition populaire du Conseil national du Kosovo septentrional (SNV), sorte d’antenne locale de la coalition de Koštunica, dominent. On y note également ceux du nouveau groupe des citoyens de Kosovska Mitrovica. En revanche, on ne voit pas, pour l’instant, de messages du DS ou du SRS.

Le candidat local du DS, Dragisa Djoković a déclaré pour Osservatorio que tout cela était normal vu le contexte. « Nous n’utilisons pas les moyens financiers du budget, nous ne faisons pas un usage méprisable de la position de pouvoir dans laquelle nous sommes en tant qu’individus, et nous n’avons pas de riches donateurs qui financent notre campagne. Voilà pourquoi il serait intéressant que le SNV et le DSS nous expliquent d’où vient tout cet argent dépensé ici au cours de la campagne électorale ».

Djoković critique les médias locaux pour leurs informations sélectives et ajoute que « payer aussi cher des espaces publicitaires, c’est vraiment jeter l’argent par les fenêtres ». Le DS, pour sa part, a basé sa campagne à Mitrovica sur le contact direct avec les électeurs à travers des actions de « porte à porte » en comptant sur un « vote d’amitié ».

« En fin de compte, dans les médias nationaux, le DS a des spots publicitaires, donc les gens savent ce qu’est le DS et ce qu’est le DSS », conclut Djoković

Certains membres du DS déclarent en privé avoir l’impression d’une « dangereuse intolérance en ville envers tous ceux qui ne sont pas d’accord avec la politique des deux Vojislav (Šešelj et Koštunica), et c’est la raison pour laquelle le DS paraît si discret au Kosovo ».

Marko Jakšić, très proche de Koštunica, a décrit le Président serbe et leader du DS Boris Tadić comme « le plus grand traître de la nouvelle histoire de la Serbie ». Milan Ivanović, président du SNV, a déclaré il y a quelques jours à Belgrade, que son organisation engagerait une action prochainement contre le Président Tadić, mais aussi contre le vice-premier ministre Božidar Djelić et le chef de la diplomatie Vuk Jeremić.

« Nous déposerons une requête pénale au nom du peuple pour haute trahison, pour l’acceptation du vol et de la destruction du pays contre ceux qui, à travers leur signature de l’ASA, ont mis en péril l’intégrité territoriale et la souveraineté du pays et ont accompli un geste anticonstitutionnel et illégal » a précisé Ivanović.

La série de visites de fonctionnaires de Belgrade au Kosovo s’est poursuivie mercredi avec celle de Vojislav Koštunica dans la commune septentrionale de Potok.

Boris Tadić a participé à la liturgie pascale dans le monastère de Dečani. En ce moment, de nombreux ministres serbes, des fonctionnaires de presque tous les partis les plus importants, ainsi que des artistes multiplient les visites au Kosovo.

Ces visites ne sont-elles que du marketing dans la lutte au sein de l’élite politique de Belgrade pour le gain de quelques 70 000 voix qui pourraient, selon certains analystes, faire pencher la balance en faveur de l’une ou l’autre des coalitions ? Ou sont-elles au contraire l’expression de la responsabilité des dirigeants serbes ? Ces questions restent à l’esprit des Serbes du Kosovo.

La menace selon laquelle, le 11 mai, les Serbes décideront s’ils restent ou s’ils quittent le Kosovo est-elle à prendre au sérieux, ou bien s’agit-il d’un « truc » de campagne de la part des leaders serbes du Nord du Kosovo ?

Après la déclaration unilatérale d’indépendance du Kosovo, et sa reconnaissance par la plupart des grandes puissances occidentales, après la proclamation de la constitution du Kosovo le 17 mars dernier, les Serbes sont convaincus que le soutien prolongé et sans faille de Belgrade est la clé de leur maintien au Kosovo.

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