Le portail francophone des Balkans

Kosovo, fragments d’impacts

240 photographies N&B

Le piège du Kosovo

Nouvelle édition de Kosovo, année zéro

Comprendre les Balkans. Histoire, sociétés, perspectives

Yougoslavie, de la décomposition aux enjeux européens

Accueil À propos du CdB Contact ( espace abonné )
Naviguez sur la carte
Slovenie Croatie Bosnie Bosnie Montenegro Albanie Macedoine Kosovo Serbie Voivodine Grece Bulgarie Moldavie Roumanie Turquie
Rubriques thématiques
réagir à cet article visualiser sous format pdf envoyer à un ami imprimer
Le Courrier de la Serbie
Élections en Serbie : « Il faut changer le système ! »
Mise en ligne : jeudi 8 mai 2008

La dramaturge Biljana Srbljanović est candidate à la mairie de Belgrade. Cette intellectuelle engagée dans tous les combats anti-nationalistes depuis 20 ans a choisi de sauter le pas en portant les couleurs du Parti libéral démocratique (LDP). Elle est aussi numéro 2 sur la liste parlementaire, aux côtés de Čedomir Jovanović. Biljana Srbljanović, qui est également présidente d’honneur du Courrier des Balkans, nous explique les raisons de son engagement, et tire le bilan de la campagne électorale.

Propos recueillis par Jean-Arnault Dérens, Philippe Bertinchamps et Marija Janković

Le Courrier de la Serbie (CdS) : Pourquoi as-tu choisi de t’engager directement en politique, et d’être candidate pour le LDP ?

Biljana Srbljanović (BS) : Je partage les idées de Čedomir Jovanović depuis vingt ans. Quand Slobodan Milošević est arrivé au pouvoir, j’avais 18 ans et c’était la première fois que je votais. Je viens d’une famille anti-nationaliste et profondément pacifiste. Tout au long des années 1990, je me suis présentée comme une intellectuelle indépendante, luttant contre Milošević et contre la guerre. J’étais active, mais sans avoir d’engagement politique direct. Pendant la guerre de Bosnie-Herzégovine, j’ai manifesté des dizaines de fois, mais je n’ai pas sauvé une seule vie à Sarajevo. Ce n’est que lorsque Zoran Đinđić a été assassiné que je me suis engagée en politique. Pour moi, ce meurtre a marqué la fin d’une espérance, le début d’une époque noire, le moment le plus bas de la vie sociale et politique du pays. J’ai choisi de m’engager, de militer, mais comme une simple citoyenne. Les collaborateurs et les amis de Zoran Đinđić ont formé le LDP. J’ai voté pour ce parti, j’ai choisi d’y adhérer et je suis devenue membre du conseil politique. Mais je suis la seule candidate qui ne soit pas une politicienne professionnelle.

CdS : Quel est ton programme pour la mairie de Belgrade ?

BS : Mon programme repose avant tout sur la rupture avec le contrôle des partis politiques sur les municipalités. Ce contrôle rappelle l’époque communiste. Moi, si je suis élue maire de Belgrade, j’appliquerai un système de concours ouverts. Les candidats à tous les postes devront envoyer leur CV, sans mentionner leur parti, leur appartenance nationale ou confessionnelle. Et si un candidat est bon, on le prendra, même si il est membre du Parti radical. La loi électorale a changé : pour la première fois, on ne vote pas pour un candidat mais pour la liste d’un parti. Et ce sera au parti gagnant de décider qui aura le pouvoir en ville. Je suis aussi favorable à une décentralisation fiscale, donnant plus de compétences aux municipalités. Mais à l’intérieur même de la mairie de Belgrade, il faut décentraliser le pouvoir. Si je suis élue maire, je ne gouvernerai pas seule. Je constituerai un conseil des mairies d’arrondissement. Il faut également que la mairie de Belgrade reprenne le contrôle de la police. À Belgrade, après les émeutes du 17 février, la police n’a arrêté que trois personnes. Jusqu’ici, le chef de la police était nommé par le gouvernement, c’est-à-dire par le DSS, le parti de Koštunića, qui ne faisait rien. Ainsi, depuis 2003, sur 84 meurtres commis à Belgrade, 70 n’ont pas été résolus. Cela s’explique par l’influence des criminels sur le gouvernement. Personne ne veut assumer ses responsabilités. On dit que c’est la faute au système. Il faut donc changer le système !

CdS : Tu es numéro 2 sur la liste du LDP aux élections législatives. Partages-tu toutes les idées du programme du LDP ou as-tu des points de désaccord ?

BS : Je suis d’accord à 100% avec le programme du LDP. Depuis que je suis entrée en politique, mes idées ont évolué. Par exemple, j’étais contre l’entrée de la Serbie dans l’OTAN, parce que je suis pacifiste. Or, si la Serbie entre dans l’OTAN, l’influence de la police secrète sur la politique intérieure diminuera. Mes idées ont donc évolué, et j’accepte l’adhésion à cette organisation militaire parce que je veux que la situation des citoyens de mon pays s’améliore.

CdS : En cas de victoire, avec qui le LDP s’alliera-t-il pour former une coalition ?

BS : Nous pouvons former une coalition avec le DS et les minorités. Avec le SPS, le DSS et le SRS ? Jamais ! Ils ont soutenu la guerre, et nous, nous ne voulons pas la guerre !

CdS : En France, où tu vis une partie de l’année, tu as soutenu José Bové lors de la dernière campagne présidentielle. Y a-t-il des points communs entre José Bové et Čedomir Jovanović ?

BS : Oui. Tous deux représentent une minorité sans compromis, et tous deux sont fiers d’être minoritaires. Ils ne vont pas à la pêche aux voix au détriment de leurs idées. Avec eux, on prend ou on ne prend pas ! Je continue à rester proche des idées de José Bové, comme l’opposition aux OGM.

CdS : As-tu un message pour les Serbes de la Diaspora ?

BS : Il faut que les Serbes de la diaspora votent ! En tout, 40 000 Serbes de la diaspora sont enregistrés sur les listes électorales. Ils ont l’obligation morale de voter (même s’ils ne peuvent pas voter aux élections municipales). Il faut qu’ils pensent à leurs enfants et à leur pays qui besoin d’aide. Comme moi aussi, je fais partie de la diaspora, je comprends leur nostalgie et le sentiment d’injustice qui peut les pousser à ne pas voter. Mais cette fois, il faut voter ! Pour un programme, et non pas pour une idéologie.

CdS : Pour toi, comment se passe cette campagne ?

BS : Cette campagne est une campagne sale ! En s’en prend à moi en tant que femme. On m’insulte, on lance des rumeurs avilissantes, on publie de fausses photos de moi. Pourtant, en Serbie, le vrai pouvoir appartient aux femmes. Ce sont elles qui travaillent, qui gardent les enfants et qui assument ensuite les bêtises des hommes. En Serbie, on croit vivre dans une société macho. Or, ce pays est faussement macho ! Il s’agit en fait d’une véritable société matriarcale. Ce sont les femmes qui représentent le vrai pilier de la société. Les hommes, eux, ils ne font rien. Ils font juste semblant de faire quelque chose. Tout au long de cette campagne, j’ai rencontré beaucoup de femmes éloignées du LDP qui ont envie de me soutenir.

Retrouvez la fiche des pièces de Biljana Srbljanović traduites en français :

Histoires de famille, suivi de La trilogie de Belgrade

Supermarché, suivi de La Chute

L’Amérique suite

Sauterelles

réagir à cet article visualiser sous format pdf envoyer à un ami imprimer
>> Voir les réactions à cet article
Sur les mêmes thèmes
Dans le même pays
Dans le même journal
© 1998-2008 Tous droits réservés Le Courrier des Balkans (balkans.courriers.info) - Le Courrier des Balkans, Centre Marius Sidobre, 26 rue Emile-Raspail, F-94110 Arcueil - Tél.: 09 50 72 22 26 (prix d'une communication locale) - Ce site est réalisé avec SPIP, logiciel libre sous licence GNU/GPL - À propos du Courrier des Balkans - Pour nous joindre - Politique de confidentialité