
![]()
|
Opinions
Chute de Srebrenica : un ancien militaire d’élite britannique accuse la diplomatie occidentaleCompte rendu par Jacqueline Dérens
Mise en ligne : juillet 2002
Les numéros des 7, 14 et 21 juillet du Sunday Times ont donné aux lecteurs de ce journal le récit de la chute de l’enclave musulmane de Srebrenica vécue par un de ceux dont le devoir était de la protéger.
Sous un nom d’emprunt, Nick Cameron, un sergent de l’unité d’élite SAS, Special Air Service, n’a pas voulu se taire sur ce qu’il a vu et vécu pendant ces trois mois de guerre. Pour lui, les gens de Srebrenica que les forces des Nations— unies avaient pour mission de protéger ont froidement été trahis et abandonnés à l’armée serbe. À sa grande surprise, rien du scénario qu’il croyait mis au point par le haut commandement de l’ONU ne s’est passé comme prévu. Ses propres chefs hiérarchiques lui ont menti. Ceux qu’il accuse ne sont pas tant les soldats sur place, en particulier le bataillon hollandais, ces soldats sur le terrain qui “ sont devenus des boucs émissaires pour l’indécision des diplomates onusiens et le haut commandement militaire. Il semble incroyable que la seule défense de Srebrenica et ses 50 000 habitants ait reposé sur le seul espoir que les Serbes n’attaqueraient pas ”. Le travail de Nick Cameron au sein de la Force de Protection des Nations Unies était d’établir la liaison avec le haut commandement à Sarajevo et ceux qui protégeaient l’enclave et de donner les renseignements nécessaires pour une intervention aérienne. Mais sa mission a été très mal vue par les Hollandais qui le considéraient comme un espion et les autres militaires onusiens qui l’ont accusé de collusion avec les Musulmans car le Britannique avait réussi à établir un contact avec Nasir Oric, le commandant des forces musulmanes et montré trop de compassion pour les réfugiés. Les attaques incessantes des Serbes sur les forces de l’ONU pour but de montrer à l’opinion publique internationale que rien ne pourrait arrêter Au fil des jours et des heures, Nick Cameron se rendit compte que l’attaque aérienne, qui seule aurait pu arrêter la progression des troupes serbes, n’aurait pas lieu. Il raconte comment les Serbes ont bombardé les tranchées où il se trouvait avec les soldats musulmans et comment tous ses appels à Sarajevo sont restés sans réponses. Les attaques incessantes des Serbes sur les forces de l’ONU avaient pour but de montrer à l’opinion publique internationale que rien ne pourrait les arrêter Ce n’est qu’après six jours de bombardements serbes que les Nations Unies décidèrent d’envoyer des forces aériennes, d’abord un bombardier britannique, puis deux hollandais et un américain. Et ce fut le silence dans le ciel alors que les Serbes continuaient leur avancée. Un flot de réfugiés, l’enclave comptait alors au moins 50000 personnes, essaya de rejoindre Potocari sous la protection des Hollandais. Les forces de défense musulmanes n’étaient plus en mesure de répondre à l’offensive serbe. “ C’est fini - l’enclave est tombée” fut le message de Nick Cameron à ses supérieurs à Sarajevo. Alors commencèrent les négociations entre le lieutenant-colonel hollandais Ton Karremans et le général Ratko Mladic pour l’évacuation des civils. Le massacre pouvait commencer sous les yeux des soldats de l’ONU, impuissants. Dès que les derniers réfugiés musulmans furent sortis de l’enclave, des civils serbes sont arrivés pour s’installer dans ce nouveau territoire “ ethniquement pur ”. Les soldats de l’ONU restèrent jusqu ‘au 21 juillet dans leur camp avant d’être évacués. Quand Nick Cameron vit arriver son chef, il voulut lui fit part de ses sentiments et voici comment il raconte la scène : “ vous savez, j’ai eu l’impression que c’était comme si personne n’avait voulu se battre pour cet endroit ”Sa réponse me laissa muet. Il s’arrêta, me regarda et me dit “ nous n’avons jamais eu l’intention de défendre cet endroit – cela n’a jamais été au programme ”. Je suis resté cloué sur place, alors qu’il continuait à marcher. Je répétais dans ma tête ce qu’il venait de dire. Nous n’avons jamais eu l’intention de défendre cet endroit. Nous n’avons jamais eu l’intention de défendre cet endroit. Je pensais à toutes ces souffrances que j’avais vu ces derniers mois, les promesses creuses que j’avais faites aux combattants musulmans. Les gens de l’enclave avaient été vendus ”. Les révélations de Nick Cameron n’ont pas été du goût du ministère de la Défense qui a lancé une procédure judiciaire pour faire taire ce soldat, titulaire de la croix militaire pour “ son courage, sa clairvoyance et son sang-froid ” dans sa mission à Srebrenica. |
Sur les mêmes thèmes |