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Serbie : Tomislav Nikolić abandonne la direction du Parti radical

Traduit par Persa Aligrudić
Sur la Toile :
Publié dans la presse : 6 septembre 2008
Mise en ligne : dimanche 7 septembre 2008
Tomislav Nikolić a démissionné vendredi soir de ses fonctions de président par intérim du Parti radical serbe (SRS). Il a également abandonné la direction du groupe parlementaire radical. Alors qu’il s’apprêtait à soutenir la ratification de l’ASA par le Parlement serbe, Tomislav Nikolić a été mis en minorité par « l’aile dure » du parti, sur consigne de Vojislav Šešelj.
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Aleksandar Vučić, Tomislav Nikolić et Vojislav Šešelj
(©CdBalkans/Marija Janković)

Comme l’a annoncé samedi matin le SRS, Tomislav Nikolić a remis sa démission vendredi soir au cours de la séance du collège présidentiel du parti. Tôt samedi matin, le vice-président du SRS Dragan Todorović a déclaré que son parti ne voterait pas la ratification de l’Accord de stabilisation et d’association (ASA) à l’Union européenne, confirmant ainsi les spéculations de la presse belgradoise sur les violents conflits qui déchirent le SRS.

Tomislav Nikolić a déclaré à l’agence Tanjug qu’il avait pris la décision de démissionner jeudi 4 au soir après « avoir reçu l’ordre » que les radicaux ne votent pas la ratification de l’ASA.

« Il est exact que j’ai remis ma démission parce que j’ai suivi le principe : d’abord, le sens moral, ensuite le respect de la parole donnée », a déclaré Tomislav Nikolić.

Il a précisé que la direction du parti avait décidé que les députés du SRS voteraient pour l’ASA si le gouvernement adoptait l’amendement déposé par les Radicaux à la proposition de la Loi sur la ratification de cet Accord.

« J’ai constamment exposé cette position devant le Parlement et j’ai réussi à ce que le gouvernement de Serbie accepte l’amendement du SRS », a expliqué Tomislav Nikolić. Il a ajouté que ce jeudi, lors de la séance parlementaire, « il avait promis que les députés du SRS voteraient pour l’ASA ».

« Or, le soir même j’ai reçu l’ordre intimant que les députés ne devaient pas voter pour l’Accord, ce qui impliquait un changement complet de politique », a expliqué Tomislav Nikolić.

« J’ai donné ma démission en montrant ainsi que je pouvais tout supporter, mais pas ceci ». Il a mentionné qu’il resterait membre du SRS, « à moins que le parti n’en décide autrement ». Tomislav Nikolić a brièvement ajouté qu’il ne savait pas qui lui succéderait à la tête du parti.

L’appel de Šešelj a modifié la position au sujet de l’ASA

Comme l’apprend le journal Novosti, ce changement est survenu après des pressions exercées par le président en titre du SRS, Vojislav Šešelj, depuis sa cellule de La Haye sur ses collègues du parti. Lors de la réunion du collège présidentiel du SRS, le courant proche de Šešelj a repris cette position, et Tomislav Nikolic n’a pas obtenu la majorité des voix.

D’après ce journal, dès jeudi, Vojislav Šešelj, surpris par la démarche de ses collègues, aurait téléphoné à la direction du parti en leur disant de ne conclure aucun pacte avec le gouvernement, car « voter pour l’ASA reviendrait à trahir le Kosovo ».

Le vice-président du SRS, Dragan Todorović, avait déclaré à Novosti, jeudi vers 14 heures, que les députés de ce parti soutiendraient l’ASA : « Nous voterons pour la loi sur la ratification de l’ASA, mais les rumeurs sur les divisions du parti n’ont absolument aucun fondement ».

« Nous avons pris la décision d’agir ainsi en raison des intérêts nationaux et publics, il n’y a là aucun revirement vers le Parti démocratique (DS) », avait catégoriquement affirmé Dragan Todorović. Un peu plus tard, vers 16 heures, ce même Todorović a brièvement annoncé : « Nous ne voterons pas pour l’ASA ».

Dragan Todorović a également confirmé dans une déclaration au quotidien Politika que le SRS ne voterait pas pour la loi sur la ratification de l’ASA et que les médias avaient mal interprété la déclaration de Tomislav Nikolić.

Milorad Mirčić, le dirigeant des Radicaux de Voïvodine, a qualifié « d’absurde » l’hypothèse que les Radicaux allaient voter pour cette loi.

« Nikolić n’a jamais dit que nous voterons pour l’ASA. Il a dit seulement que nous soutiendrons l’amendement qui confirme une fois de plus que le Kosovo fait partie de la Serbie. Nikolić n’a pas du tout parlé du fait que le vote de cet amendement était une condition pour soutenir l’ASA », a déclaré Milorad Mirčić à Politika.

Blic : règlement de compte final entre Šešelj-Nikolić

Tomislav Nikolić, président par interim du SRS, avait engagé une sérieuse réforme du parti, entrant, de ce fait, dans un « règlement de compte final » avec son dirigeant historique Vojislav Šešelj, explique le quotidien Blic.

On apprend ainsi que la décision de Tomislav Nikolić, en dépit des principes du programme du SRS et du fameux testament de Šešelj, devait amener le groupe des députés SRS à voter pour l’accord avec l’Union européenne et, de ce fait, pour l’intégration de la Serbie à l’UE.

Les analystes politiques considèrent que Tomislav Nikolić, confronté à la désobéissance d’un grand nombre de cadres du parti, doit changer la tactique du parti s’il désire conserver son influence, et se défendre contre celle de Vojislav Šešelj.

Les adversaires les plus résolus de Tomislav Nikolić dans le parti sont Nataša Jovanović, Dragan Todorović, Gordana Pop-Lazić, Zoran Krasić et Vjerica Radeta.

DS : Nikolić a voulu réformer le SRS

Nada Kolundžija, chef du groupe parlementaire du Parti démocratique (DS) au Parlement de Serbie interprète la décision de Tomislav Nikolić de remettre sa démission à toutes ses fonctions au sein du parti comme l’expression de son intention de réformer le Parti radical serbe et de permettre à la société serbe d’avancer dans la voie des intégrations européennes.

« Je crois qu’il dispose d’un sérieux soutien au sein du SRS pour ses efforts de réforme, et je pense aussi que sa démission n’est pas un abandon définitif », a-t-elle dit, ajoutant que l’inverse serait dommage pour un politicien d’un profil comme celui de Tomislav Nikolić.

« Je pense que le SRS subirait également une très grande perte. À mon avis, la société serbe, d’une certaine manière, serait aussi plus fortement divisée qu’elle ne le serait par les efforts de réforme amorcés par Tomislav Nikolić », estime Nada Kolundžija.