Par Shega A’Mula et Vjosa Musliu
Washington a en effet été l’une des premières capitales à reconnaître la proclamation d’indépendance du Kosovo en 2008, tout en donnant son appui, dans les forums internationaux, au nouvel État à majorité albanaise. Les États-Unis ont également joué un rôle décisif lors de la campagne de bombardements contre la Serbie par l’Otan, qui a forcé les troupes serbes à se retirer du territoire. Les Serbes étaient accusés de pratiquer le nettoyage ethnique dans leur lutte contre l’insurrection albanaise.
« Je pense que c’est un homme bon, nous espérons beaucoup qu’il va continuer à faire des choses positives pour le Kosovo », déclare Bejte Feta, alors qu’elle passe à côté d’une des affiches représentant Barack Obama à Pristina, la capitale du Kosovo. « En fait, je suis très contente de le voir sur les affiches. »
Les affiches montrent une photo du nouveau Président américain sur fond de bannière étoilée, au-dessus des mots « Félicitations, Président Obama ! ». Elles ont été posées par l’agence de publicité Europlakat, qui assure avoir elle-même assuré la totalité des coûts de l’opération.
« Nous avons décidé, en tant qu’entreprise, de mettre en place ces panneaux pour souhaiter bonne chance au nouveau Président au tout début de son mandat », explique un porte-parole d’Europlakat.
Gëzim Dobroshi, un étudiant de l’Université américaine du Kosovo, croit que Barack Obama apportera un peu d’optimisme « en ces temps difficiles et avec la crise économique ». « En ce qui concerne le Kosovo, je suis presque sûr que nous pouvons nous attendre à la même politique que celle du précédent Président », ajoute-t-il.
Le chemin de Barack Obama vers la Maison blanche a été suivi avec passion au Kosovo. Ses positions en matière de politique étrangère ont fait l’objet d’une couverture quotidienne et ont été scrutés à la loupe, afin de prévoir quelles seront les directives présidentielles en vue de l’acquisition, par le territoire sécessionniste, du statut d’État à part entière.
Désormais reconnu par la majorité des pays membres de l’Union européenne, le Kosovo se trouve toujours sous le mandat de superviseurs internationaux et reste bloqué sur le seuil de l’ONU, ainsi que de d’autres organisations internationales, en raison de l’opposition de la Serbie et de son puissant allié, la Russie.
Les politiciens kosovars admettent qu’ils dépendent toujours du soutien américain. Aussi, dès le départ, ils ont commencé à déployer des efforts pour essayer de se faire entendre par le nouveau Président en lui envoyant une lettre de félicitations pour sa victoire.
« Nous enverrons peut-être une autre lettre au Président Obama, pour lui faire part de notre engagement à travailler et à coopérer avec lui », a indiqué le porte-parole du gouvernement, Memli Krasniqi.
L’ancien homme d’affaires devenu politicien, Behgjet Pacolli, de l’Alliance pour un nouveau Kosovo (AKR), était présent à la cérémonie inaugurale et devait rencontrer le vice-Président Joe Bidden, ainsi que d’autres responsables de l’administration américaine.
Les analystes pensent que la politique étrangère de Washington à l’égard de Pristina ne changera pas, car Barack Obama a déjà exprimé son soutien à l’indépendance kosovare par des déclarations et par le choix de l’équipe qui l’entoure.
« Son cabinet politique est composé de Joe Bidden et de Hillary Clinton, deux figures importantes dans l’histoire du Kosovo, ce qui témoigne de son approche et de son attitude sur la question du Kosovo », fait remarquer Mufial Limani.
Selon lui, si les États-Unis ne ressentent pas « d’amour mystique pour le Kosovo », ils y ont cependant des intérêts bien compris. Il ajoute que leur agenda en politique étrangère est guidé par le désir de protéger les droits de la personne et de répandre la démocratie à travers le monde.
Halil Matoshi, analyste basé à Pristina, estime aussi que le Kosovo n’a rien à craindre. « La composition de son cabinet prouve qu’il n’y aura aucun changement du côté de la politique étrangère des États-Unis au Kosovo », dit-il.
Avec toutes les affiches illuminant les rues hivernales de Pristina et la télévision d’État qui couvrira en direct la cérémonie, la population discute déjà de l’ajout d’une rue Barack Obama dans la capitale, qui compte déjà un boulevard Bill Clinton et une route George Bush.
« C’est la commission municipale qui choisit les noms des rues et des routes, d’après les requêtes et les propositions », rappelle Muhamet Gashi, porte-parole de la municipalité de Pristina. « C’est pourquoi je ne peux pas écarter la possibilité qu’une rue soit renommée un jour en l’honneur de Barack Obama. »



















