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Bosnie : une nouvelle approche pour sortir de l’impasseMise en ligne : jeudi 29 janvier 2009
Par Wolfgang Petritsch et Christophe Solioz
Un nouvel élan pour le changement La situation en Bosnie-Herzégovine demeure difficile et le restera sans doute dans un avenir proche. Il n’existe aucun autre pays dans la région dont l’existence dépende autant de la poursuite de l’intégration européenne. Mais l’unification de l’Europe n’est pas une voie à sens unique. L’Europe doit aussi grandir à l’intérieur même de la Bosnie. Nous avons attendu, non sans une exaspération croissante, que les autorités locales cessent leurs luttes intestines irresponsables et abandonnent enfin leurs positions extrémistes. L’Europe ne serait tout simplement pas là aujourd’hui, si elle n’avait pas bâti avec succès des ponts au-dessus de graves divisions historiques. La Bosnie-Herzégovine - et surtout ses citoyens - doivent savoir qu’une telle chose est aussi possible dans leur propre pays. A notre humble avis, la façon dont la politique est encore menée dans ce pays est un scandale ; ainsi, les clauses définies par l’Accord de stabilisation et d’association (ASA) - qui permettrait de fermer enfin le bureau du Haut représentant, mettant ainsi un terme à la dépendance et à la tutelle internationale - ne sont toujours pas respectées. Ceci est totalement inacceptable, même pour les plus farouches défenseurs de la Bosnie-Herzégovine. Nous nous demandons si cette politique à la petite semaine est consciente des difficultés de plus en plus grandes que cela crée pour l’Europe, en particulier en ces temps de profonde crise économique. Alors que l’Europe doit encore accorder trop d’attention à cette région, des années après les guerres qui l’ont ravagée, d’autres problèmes - potentiellement bien plus dangereux - continuent de s’aggraver : le destin des Palestiniens de Gaza, les massacres aveugles en Afrique sub-saharienne, l’Irak, l’Afghanistan et l’Iran, sans compter les défis mondiaux que constituent les changements climatiques et les conflits de plus en plus nombreux pour des ressources de plus en plus rares. L’Europe vient d’ailleurs d’en faire l’expérience avec son approvisionnement en gaz russe. Dans un tel contexte, l’urgence d’efforts renouvelés et conséquents pour parvenir rapidement à un agenda commun et inventer un nouveau partenariat entre l’Europe et la Bosnie-Herzégovine est patente. Un agenda commun en vue d’un nouveau partenariat Nous proposons ainsi à l’Union européenne (UE) et à la Bosnie-Herzégovine de travailler de concert pour achever - avec enfin plus de succès - la construction de l’État bosnien. Or, quels sont les éléments essentiels pouvant faire de ce pays un Etat viable, dans une Europe élargie ? Il a été admis plusieurs fois que les structures administratives actuelles sont intenables et que les différents niveaux de cette administration gaspillent l’argent de tout le monde. Changeons donc la configuration constitutionnelle du pays et dépensons l’argent et les ressources là où ils sont nécessaires. Une fois que les parties concernées auront convenu de la nécessité de ces changements - nécessité par ailleurs trop bien connue, des décisions portant sur un calendrier réaliste, un budget conjoint, des mécanismes de surveillance et des sanctions possibles pourront être prises. Après de vastes consultations avec les diverses parties prenantes de la Bosnie-Herzégovine - tant le gouvernement que la société civile - sur le prochain représentant de la communauté internationale, l’UE pourra choisir la personne la plus appropriée pour mener à bien cette entreprise. Nous sommes convaincus que - à condition d’être pris au sérieux tant à Bruxelles qu’à Sarajevo - ce nouveau partenariat entre toutes les parties impliquées pourrait enfin mettre la Bosnie-Herzégovine sur les rails de l’indépendance et de la pleine responsabilité politique. Cela clarifierait en retour la responsabilité de la communauté internationale - en particulier celle de l’UE - et obligerait ses instances à rendre des comptes. Étendre cette construction à la région Une autre priorité est de faire avancer la coopération régionale. La présence du Conseil régional de coopération (CRC) à Sarajevo confère à cette dimension régionale davantage de visibilité en Bosnie-Herzégovine. Le CRC concentre ses efforts au niveau étatique, et ceci est aussi utile que nécessaire. Le Conseil doit poursuivre sa mission en développant une coopération plus étroite entre les pays de la région, en insistant notamment sur un agenda bosno-croato-serbe. En effet, il importe que les dirigeants de Croatie, de Serbie et de Bosnie-Herzégovine jouent un rôle majeur dans le développement de la coopération régionale. Ils pourraient ainsi s’inspirer de l’expérience du Benelux - bien entendu, en l’adaptant aux spécificités de la région. Une telle option pourrait dupliquer dans les Balkans la stratégie novatrice du Groupe de Visegrád - la Pologne, la République Tchèque, la Slovaquie et la Hongrie sont depuis 2004 membres à part entière de l’UE. Alors que les Balkans s’éloignent lentement des années difficiles de l’après-guerre, la coopération régionale pourrait très certainement compléter - et même renforcer - le processus d’intégration européen. La reconstruction de la région - et surtout de l’ancien espace yougoslave - est un processus qui se déroule à plusieurs niveaux. Comme l’illustre le Programme transnational de coopération pour le Sud-Est de l’Europe (l’un des treize programmes transnationaux de coopération de l’UE), le régionalisme fonctionne simultanément à différents niveaux - au-dessus, au-dessous et au niveau étatique - et n’opère donc pas uniquement au niveau national, mais aussi à l’échelle des autorités locales et régionales. Dans un tel cadre, non seulement l’État central, mais aussi la démocratie locale, la décentralisation et la coopération transfrontalière contribuent pleinement à la consolidation étatique. Plus intéressant encore, les programmes régionaux de l’UE et du Conseil de l’Europe dans les Balkans impliquent également, d’une part, des États déjà membres de l’UE, tels que l’Italie, l’Autriche, la Slovénie, la Hongrie, la Slovaquie, la Grèce, la Roumanie et la Bulgarie, ainsi que, d’autre part, des États concernés par la Politique européenne de voisinage, comme l’Ukraine. Par l’entremise de ces programmes, les pays de ce qu’il est convenu d’appeler les Balkans occidentaux font donc déjà partie intégrante de la nouvelle Europe. Cela montre bien combien les tendances émergentes en matière de régionalisme contribuent à l’intégration au sein de l’UE alors même qu’une partie des pays concernés par ces programmes ne sont pas (encore) membre de l’UE. Tout bien considéré, les circonstances actuelles semblent plutôt sombres. Compte tenu de la crise économique mondiale et de l’impasse qui prévaut à Sarajevo, la situation en Bosnie-Herzégovine semble encore plus mauvaise qu’il y a quelques mois. La proposition de partenariat de responsabilité conjointe entre l’UE (avec le soutien des États-Unis) et la Bosnie-Herzégovine, ainsi que le développement de la coopération régionale, pourraient donner un nouvel élan aux réformes qui tardent tant. Un vent nouveau souffle à Washington. Le changement est possible aussi en Bosnie-Herzégovine. |