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Le Courrier des Balkans
À propos des « fascistes, revanchards et autres irrédentistes roumains » en Moldavie : une mise au pointSur la Toile :
Mise en ligne : jeudi 30 avril 2009
Les manifestations de l’opposition moldave ont suscité de vives polémiques. Le 14 avril, Le Courrier des Balkans publiait une analyse de Natalia Sineaeva-Pankowska, qui dénonçait les tendances nationalistes et extrémistes présentes dans une partie au moins de cette opposition, qui a provoqué de nombreuses réactions. Notre collaborateur Nicolas Trifon revient sur la polémique et le fond de l’affaire.
Par Nicolas Trifon
C’est également ce jour que démarre une campagne d’une rare violence contre « les fascistes, les revanchards et autres irrédentistes moldaves qui, de concert avec les cercles xénophobes et révisionnistes roumains, agissent contre le jeune État démocratique ». Si les arguments sont le plus souvent grotesques, les accusations sont graves. La mise en ligne de la traduction de l’analyse de Natalia Sineaeva-Pankowska par le Courrier des Balkans a lieu le mardi 14 avril, donc justement au plus fort de cette campagne, et de la répression qu’elle cherchait à justifier. Le succès de la traduction française fut éclatant si l’on compte le nombre de sites qui l’ont reprise. L’humanité l’a échappé belle grâce à l’écrasement dans l’œuf de l’insurrection fasciste en Moldavie, devaient penser plus d’un familier des sites dans le genre Forum Unité communiste et Futur rouge international. Il y a donc deux bonnes raisons pour s’interroger sur le bien-fondé de la publication dans le Courrier d’un tel papier. La première est d’ordre conjoncturel. La mise en ligne de la traduction du papier à cette date a un effet encore plus déplorable que celle de sa publication initiale. En effet, l’article a été rédigé à un moment où l’on ignorait la tournure que les événements allaient prendre. La seconde raison relève du contenu de ce papier. Les faits rapportés sont bien réels et de notoriété publique, mais ce papier aurait pu être écrit des années auparavant. Avec une certaine naïveté, il ne fait qu’énoncer sur le mode défensif, et pas forcément mal intentionné, les arguments avec lesquels la propagande soviétique bombarde les habitants de la République de Moldavie depuis des décennies. Réinvestie depuis l’implosion de l’URSS par les nostalgiques de tous bords de l’Empire et du communisme de type soviétique, cette propagande trouve des oreilles complaisantes parmi des militants antifascistes et d’extrême gauche occidentaux peu au courant de la situation à l’Est. Par ailleurs, des russophones ou des Gagaouzes n’hésitent pas à s’en servir pour faire aboutir des revendications parfois justifiées. Mais tout cela ne change rien à la nature simplette et manichéenne du message véhiculé par cette propagande. Si l’on suit le raisonnement qu’elle induit, l’humanité devrait remercier le quart de la population moldave composé d’Ukrainiens, Russes, Gagaouzes ou Juifs d’avoir sauvé l’honneur des trois quarts restant, des Moldaves tous forcément plus ou moins roumains, et d’avoir empêché la mise en place d’un régime fasciste roumain. Faut-il, enfin, rappeler que génétiquement les Ukrainiens ne sont pas moins antisémites que les Roumains ou les Russes moins xénophobes ? Pour ce qui est des étiquettes politiques, elles sont tout aussi relatives quand il s’agit des démocrates que des communistes dans un pays comme la Moldavie. Les retombées de la traduction de cet article nous réservent cependant aussi une surprise agréable. Elle vient des réactions des internautes, ce qui suggère que le site du Courrier n’est pas trop mal fréquenté. Sur les seize internautes qui ont choisi de publier un commentaire, deux seulement se sont félicités de l’analyse de la jeune doctorante moldave qui étudie en Pologne et publie en anglais en Ukraine. Ils le font pour des raisons différentes : le premier, qui signe Kristos, parce que l’article a « montré le vrai visage des jeunes nationalistes (néo-fascistes ?) », le second, qui dénonce l’« irrédentisme » et le « nationalisme aveugle » des Roumains, parce que cela lui donne l’occasion de suggérer que la Transylvanie est « légitimement plus hongroise que roumaine » (Giberne). Ce dernier fait état de son inquiétude face à « la violence et à la quasi-unanimité des réactions à l’article ». Or, en l’occurrence, c’est l’unanimité autour de la position contraire qui aurait été déplacée et, surtout, la relative retenue des intervenants sur un sujet réputé sensible, l’« offense » nationale, me semble une bonne chose. Sur les vingt-cinq messages échangés à ce jour il n’y a qu’un seul que l’on peut qualifier de violent, celui signé, sans doute par provocation, Horia-Sima, du nom d’un dirigeant fasciste roumain. « La peste rouge n’est donc pas éradiquée, écrit-il, faisant remarquer que l’auteure a choisi un thème « fait mouche dans le lectorat français ». Les autres se montrent plus circonspects. La critique du contenu du réquisitoire de N. S.-P. s’appuie sur une large gamme d’arguments assez cohérents. Sans doute, des stéréotypes nationalistes accompagnent certaines interventions, mais ils ne sont pas nécessairement agressifs et, dans l’ensemble, le ton est pondéré, si nous envisageons ces propos dans le contexte sud-est européen. Le témoignage sur la situation sur le terrain de Cristina, par exemple, ou la profession de foi antifasciste et antirévisionniste d’un Didulica sont instructifs et convaincants, tandis que les commentaires d’un Lolek permettent d’aller plus loin que les banalités auxquelles on a droit d’ordinaire lorsqu’il s’agit de nationalisme, de fascisme, de révisionnisme, etc. Malheureusement, il n’y a eu qu’un intervenant (Zamfir) pour rappeler la couverture de l’actualité moldave par le Courrier. En effet, les nombreux documents traduits et les correspondances de Mehdi Chebana permettaient de prendre quelques distances avec l’argumentaire de Natalia Sineaeva-Pankowska. La plupart des intervenants ont critiqué la mise en ligne de cet article. Pas forcément à tort, comme je viens de l’indiquer, et c’est la raison de cette mise au point. Cela étant dit, j’estime que tous les points de vue doivent pouvoir s’exprimer dans le Courrier, y compris ceux qui sont représentatifs plutôt des débats en cours à l’Ouest qu’au sein des sociétés postcommunistes. Par conséquent, dans la mesure où l’on estime, comme moi, que l’intention de N. S.-P. n’était pas de porter secours à la direction moldave actuelle et de justifier ses abus, son papier intitulé à l’origine « Torn between the Communists and the far right » (traduit en français par « Nationalisme, xénophobie et révisionnisme : l’autre visage de l’opposition moldave ») a sa place dans le Courrier, indépendamment des critiques qu’il peut susciter. |
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