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Marylise Ortiz, Jean-Arnault Dérens et Laurent Geslin (sous la dir.)

Bazars ottomans des Balkans

Éditions Non Lieu, Paris, 2009, 160 pages, 20 euros

Hamams, mosquées, caravansérails, et alignements de petites échoppes : les vieux bazars sont toujours le cœur vivant de beaucoup de villes des Balkans. À Sarajevo (Bosnie-Herzégovine), Skopje ou Bitola (Macédoine), à Komotini (Grèce), ces vieux bazars ont résisté au temps, aux guerres et aux vagues de « modernisation » qui ont trop souvent ruiné les centres anciens.

Dans les ruelles des bazars, principal legs architectural de l’Empire ottoman, qui a dominé la majeure partie des Balkans durant plus de cinq siècles, se dessinent les multiples visages d’une histoire trop souvent oubliée ou méconnue.

D’autres bazars ont été totalement ou partiellement détruits, certains sont aujourd’hui encore menacés. Ce livre, fruit d’une collaboration entre historiens, urbanistes, spécialistes du patrimoine, journalistes ou encore sociologues, offre des éclairages croisés sur cette institution majeure des villes des Balkans à l’époque ottomane.

D’Albanie jusqu’en Moldavie, en passant par la Serbie, la Macédoine ou la Bulgarie, c’est tout un pan de l’histoire urbaine des Balkans et de l’Europe qui resurgit.

En textes et en images, un livre qui invite au voyage et à la découverte.

Un ouvrage coédité par Le Courrier des Balkans et l’Association nationale des Villes et Pays d’Art et d’Histoire et des Villes à Secteurs Sauvegardés (ANVPAH-VSS), avec le soutien du ministère de la Culture et du ministère des Affaires étrangères et europénnes.


« Le bazar des Occidentaux est dénommé par les Balkaniques tcharchiya (orthographié čaršija par les Slaves et çarşı par les Albanais, mot venant du persan tchâr sû : « quatre côtés », via la forme turque çarşı), c’est le quartier spécifique où à l’époque ottomane se concentrait toute l’activité économique de la ville : les ateliers des artisans ainsi que les boutiques des commerçants. (...)

Dans le lacis irrégulier des ruelles du bazar, bordées de boutiques en bois assez bancales et hétéroclites, quelques bâtiments d’architecture plus soignée émergeaient. Les bezestens (ou bezistans) sont des halles en pierre, couvertes de coupoles en plomb dans lesquels se regroupaient les commerçants en produits précieux, qui redoutaient particulièrement les incendie : c’est là qu’on trouvera tous ces tissus dont les noms évoquent des villes ou des pays lointains : tissus damassés, mousselines (de Mossoul), cachemires, ou encore les velours sombres richement brodés d’or et d’argent qui faisaient la gloire de Prizren ou de Shkodra. La location d’un emplacement au bezesten assurait au commerçant un certain prestige de prospérité et de respectabilité. Sarajevo en a conservé un bel exemplaire ; ceux que l’on voit aujourd’hui à Bitola ou à Jambol ont été remaniés au cours des siècles. » (Extraits de l’introduction de Bernard Lory).

« ’Que dit-on dans la čaršija ?’ C’est souvent par cette question que j’entame, journaliste gyrovague, mes discussions avec les vieilles connaissances que je retrouve d’une ville à l’autre des Balkans, en Serbie, en Macédoine ou au Kosovo. Dans la čaršija, on parle du prix des choses, de la politique locale et mondiale, des projets et des malheurs de la ville, des dernières turpitudes des uns et des autres, surtout des puissants. La čaršija sait, avant tous les experts, tous les bureaux d’études, tous les think tank, si l’hiver sera froid, s’il y aura la guerre ou la paix, si la monnaie va se dévaluer… La čaršija est un organisme puissant doté d’une conscience collective, d’une rassurante omniscience, d’une voix unanime. Elle ne se divise qu’en de rares occasions, qui concernent généralement les pronostics sportifs.

Bien souvent, la čaršija n’est pas un lieu aux frontières déterminables, ce n’est pas un ensemble de bâtiments, nul ne saurait au juste en tracer les limites. Elle est en quelque sorte le cœur battant et l’intellect collectif de la ville. (...) » (Extraits de l’introduction de Jean-Arnault Dérens)


Table des matières :

Les bazars balkaniques à l’époque ottomane
Bernard Lory

Quoi de neuf dans la carsija ?
Jean-Arnault Dérens

Sarajevo, la belle ottomane
Simon Rico

Reconstruction du bazar de Sarajevo après la guerre de 1992-1995
Nadia Capuzzo Djerkovic

Pljevlja, un bazar disparu
Jean-Arnault Dérens et Laurent Geslin

La vieille carsija de Novi Pazar
Sladjana Novosel

Prizren, la ville des pachas
Nerimane Kamberi

La ville et ses absences : Skopje, carsija
Fabio Mattioli

La carsija de Skopje
Konstantin Dimitrovski et Gashi Xhavit

Le vieux bazar de Bitola
Nada Georgieva et Zoran Altiparmakov

Tueurs et mouchars au bazar de Bitola
Bernard Lory

Les bazars en Albanie du xive au xixe siècles
Emin Riza

Korça et son bazar
Blerta Hyska

Veliko Tarnovo
Donka Korleva

Komrat : le cœur de la Gagaouzie bat dans ses bazars
Mehdi Chebana

Patrimoine ottoman en Serbie : Vranje, carrefour des Balkans
Philippe Bertinchamps

Hans et caravansérails dans le Nord de la Grèce
Eleni Gavra

Komotini, ville ottomane ?
Joëlle Dalègre

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