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Ziare
Roumanie : le scandale de Spiru Haret va-t-il tuer les universités privées ?Traduit par Ramona Delcea
Sur la Toile :
Publié dans la presse : 26 juillet 2009
Mise en ligne : mardi 28 juillet 2009
L’université privée Spiru Haret devait être le Harvard de Roumanie. Mais le ministère de l’Éducation, pourtant si complaisant au départ, vient de rendre public un rapport accablant sur son fonctionnement. Alors que deux étudiants roumains sur trois sont scolarisés à Spiru Haret, de nombreux employeurs refusent aujourd’hui d’embaucher ses diplômés. Une affaire qui sonne le glas de l’université privée en Roumanie ?
Par Elena Enache
Les cinq derniers ministres de l’Éducation ont laissé deux tiers des étudiants roumains s’inscrire à l’Université privée « Spiru Haret ». Le dernier ministre en date, Elena Andronescu y trouve des irrégularités inacceptables : facultés non-accrédités, un nombre excessivement élevé d’étudiants par enseignant et ainsi de suite. Si les étudiants craignent que leurs diplômes de licence ne soient pas reconnus, c’est tout l’enseignement privé roumain qui est remis en cause par ce scandale. Les étudiants de « Spiru Haret » viennent de prendre un sacré coup sur la tête : le diplôme qu’ils ont peut-être déjà obtenu sans trop de difficultés vaudrait moins que le papier sur lequel il a été imprimé. Pourtant, deux étudiants roumains sur trois se sont inscrits à ce « Harvard » roumain, dont rêvait le recteur de l’université, Aurelian Bondrea. Le dirigeant de l’université se fait un plaisir à dire que son établissement a donné naissance à des personnalités éminentes, actuellement à la tête d’institutions publiques ou privées roumaines. Sauf que la plupart des ces « esprits éclairés » occupaient déjà des postes à haute responsabilité. La seule chose que cette usine à diplôme leur a apporté n’a été que le papier qui pouvait leur donner du poids en certifiant une position de brillant diplômé. Certes, de nombreuses voix revendiquent le travail assidu qu’ils ont mené sur les autels des chaires de Spiru Haret. Nous y répondons avec un petit sourire, comme les parents qui laissent leurs enfants dire « Non, je n’ai pas triché ! J’ai eu 10 sur 10 parce que je m’y suis appliqué ! » À vrai dire, ce n’est pas très compliqué d’apprendre les réponses à des questionnaires à choix multiple. Un seul clic sur Internet suffit. Aujourd’hui, « Spiru Haret » se compose de 30 universités qui proposent 52 spécialités. Quelqu’un qui dispose d’un peu de temps et d’une poche généreuse peut très bien en sortir diplômé d’une faculté, voire de 10. En même temps. C’est ce qu’a réussi une personne de 65 ans originaire de Bacau. Elle peut se vanter d’avoir une licence en Droit, une autre en Économie, en Sociologie, en Communication, en Relations Internationales, en Journalisme, en Histoire, en Affaires Internationales et même en Géographie. Soit neuf licences en tout dont six obtenues en même temps. Le tout en sept ans, moyennant un investissement de 200.000 lei, soit environ 47.000 euros. Que faut-il en déduire ? Rien de plus ou de moins que la Roumanie produit des génies… Les irrégularité de l’université ne se limitent pas à la simple possibilité de multiplier les cursus simultanés. La liste est bien longue, la plus grave restant, tout de même, l’absence d’accréditation auprès de l’État. Ainsi, les centres d’enseignement à distance fonctionnent illégalement. Face à ces dysfonctionnement, il a fallu peu de temps pour voir apparaître des annonces d’offres d’emploi indiquant « embauche personne diplômée du supérieur, Spiru Haret exclu ». En outre, un contrôle du ministère de l’Éducation a révélé que le ratio professeur/étudiant était de 1 pour 400 et qu’une centaine de professeurs et maîtres de conférence, dont le poète et homme politique Adrian Paunescu, enseignaient sans avoir obtenu la validation de la commission du ministère de l’Éducation. Que ceux d’entre nous qui ont sué sur les bancs de l’université pour avoir la moyenne et qui ont tout donné pour obtenir la note maximale, ne se réjouissent pas pour ceux de « Spiru Haret » qui ont fini leurs études et dont les diplômes restent valables. Espérons seulement qu’ils ont travaillé autant que nous pour y arriver. Quant à ceux qui n’ont même pas eu la curiosité de se renseigner sur la validité de leur futur diplôme, de vérifier que leur faculté est bien accréditée auprès de l’État, nous pouvons seulement leur dire « Bon courage dans vos futurs emplois dans la fonction publique ». Il devient évident que dans le privé les employeurs commencent à ne plus se fier aux diplômes, mais plutôt à l’expérience et aux compétences du candidat. Bon courage, alors, à ceux qui n’avaient pas d’emploi avant de s’inscrire à l’université… Et travaillez bien ! |
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