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Le Courrier des Balkans

Croatie : l’Eglise catholique impose sa loi sur la procréation médicalement assistée

De notre correspondante à Zagreb
Sur la Toile :
Mise en ligne : lundi 17 août 2009
La Croatie a récemment adopté une loi sur la procréation médicalement assistée, qui reprend largement les exigences de l’Église catholique, dont le poids et l’influence sociale ne cessent de croître.

Par Jelena Prtorić

Cette loi, que beaucoup de citoyens de Croatie qualifient de « honteuse », « rétrograde » ou tout simplement de « scandaleuse », est entrée en vigeur le 18 juillet 2009. Depuis, la Croatie peut être « fière » de sa nouvelle loi relative à la procréation humaine médicalement assistée, classée parmi les lois les plus restrictives et les plus rétrogrades en Europe.

Si vous éprouvez les difficultés à concevoir un enfant, vous ne pourrez pas bénéficier de la procréation médicalement assistée si vous n’êtes pas marié(e) ou si ne pouvez pas prouver que vous vivez avec votre partenaire depuis au moins trois ans. Or, que se passera-t-il pour les couples homosexuels ? Comment tous ceux qui ne forment pas un couple, mais qui ont envie de donner leur amour à un nouveau-né, de créer une nouvelle vie, pourront-ils réclamer leurs droits, d’ailleurs garantis par la Constitution ?

Il faut être responsable pour avoir un enfant, mais la responsabilité est-elle uniquement liée à l’institution du mariage ?

Selon le ministre de la Santé croate, Darko Milinović, la réponse serait « oui », et elle dépendra de ses consultations avec l’Église catholique. Même si le ministre estime que « la nouvelle loi préviendra les malversations », il a insisté sur le rôle de l’Église dans cette loi. Si l’on vit dans la République indépendante et souveraine de Croatie, faut-il que l’Église se mêle de ce qu’il ne la regarde pas ? Si les spécialistes en médecine estiment que la loi qui interdit la congélation d’embryons et limite à trois le nombre d’embryons utilisés dans la pratique de la fécondation in vitro ne peut pas être bonne pour la femme, comment l’Église, qui prêche la nécessité de la procréation et se déclare, dans le même temps, contre tout amour en dehors du mariage, peut estimer qu’il n’en est pas ainsi ?

Les médias croates ont récemment rapporté une nouvelle intéressante : à Solin, une localité dalmate (sud de la Croatie) commençera bientôt la construction d’une nouvelle église et d’un centre pastoral, un « complexe religieux » qui s’étendra sur une superficie de plus de 2.000 mètres carrés. Solin compte quelque 25.000 habitants et, l’année dernière, 183 enfants n’ont pas pu s’inscrire à l’école maternelle, faute de places libres. En outre, Solin manque de deux écoles et d’une salle de sport qui aurait dû être construite avant le début du mois de septembre. La construction de la salle de sport n’est pas encore commencée, faute d’argent, on ne parle même pas de la construction des écoles, faute d’argent, mais Solin, qui possède déjà actuellement six églises, aura bientôt sa septième : il y a de l’argent.

Il est toujours plus facile s’occuper des enfants qui ne sont pas encore nés que de se sacrifier pour ceux qui sont vivants.

Le processus de dé-sécularisation de la société croate avance, tandis que l’on attend que le Conseil constitutionnel de Croatie vérifie la conformité constitutionnelle de la nouvelle loi.