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Slobodna Evropa

Bosnie : pour Milorad Dodik, les massacres de Markale et de Kapija sont des mises en scène

Traduit par Eléonore Loué-Feichter
Sur la Toile :
Publié dans la presse : 17 septembre 2009
Mise en ligne : jeudi 17 septembre 2009
Valentin Inzko, Haut Représentant de l’Union européenne en Bosnie-Herzégovine, Gary Robbins, chef de la Mission de l’OSCE en Bosnie-Herzégovine et Caroline Ravaud, chef de la mission du Conseil de l’Europe en Bosnie-Herzégovine ont condamné les récentes déclarations du Premier ministre de Republika Srpska Milorad Dodik, qui a affirmé que les massacres de Kapija à Tuzla en 1995 [1] et sur le marché de Markale à Sarajevo en 1994 [2] et 1995 avaient été des mises en scène.
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Les tombes des victimes du massacre de Kapija à Tuzla

« Toute tentative de changer les faits historiques concernant les crimes de guerre est inacceptable et inexcusable. Lorsqu’une telle distorsion des faits provient d’un fonctionnaire ayant un haut niveau de responsabilité, qui est tenu de respecter les accords de Dayton et de coopérer avec le TPI de La Haye, ces déclarations sont particulièrement irresponsables et remettent en cause non seulement les institutions de l’Etat de droit, mais aussi la crédibilité de cet individu », précise la déclaration conjointe du Bureau du Haut Représentant, de l’OSCE et de la mission du Conseil de l’Europe en Bosnie-Herzégovine.

Valentin Inzko, Gary Robbins et Caroline Ravaud ont déclaré que, bien que toute personne jouisse de la liberté d’expression garantie par la Convention européenne des droits de la personne, cette disposition est soumise à certaines restrictions, en particulier dans le contexte du maintien de l’autorité et de l’impartialité du pouvoir judiciaire, et de la protection de la réputation ou des droits d’autrui.

Ils ont également rappelé que la Cour de Bosnie-Herzégovine a, le 12 juin de cette année, reconnu Novak Đukić coupable pour le massacre de Tuzla, et l’a condamné à une peine de 25 ans de prison. « Le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (TPIY) a reconnu Stanislav Galić, qui commandait le Corps de Sarajevo-Romanija de l’armée de Republika Srpska, coupable de crimes contre l’humanité, y compris pour le massacre du marché de Markale le 5 Février 1994 et l’a condamné à la prison à vie », souligne dans la même déclaration.

Vendredi 11 septembre, le Premier ministre de Republika Srpska, Milorad Dodik, avait déclaré que la Republika Srpska était insatisfaite du travail de la Cour de Bosnie-Herzégovine et du Bureau du Procureur, qui accuse les Serbes de chercher à réécrire l’histoire.

Affirmant qu’il s’agissait d’une accusation erronée, Milorad Dodik a déclaré que les massacres de Kapija à Tuzla et de Markale à Sarajevo avaient été des mises en scène, comme le démontreraient les analyses de nombreux experts.

« Le même expert a travaillé sur les affaires de Tuzla et de Markale, ce qui confirme qu’il s’agit d’une tentative organisée afin de montrer les faits d’une certaine manière. Ni la Cour ni le parquet ne veulent mettre l’accent dans cette direction. Ils ont condamné le général Novak Đukić, qui est innocent dans cette affaire », a affirmé Milorad Dodik.

Les déclarations de Milorad Dodik ont provoqué de vives réactions en Bosnie-Herzégovine. Le maire de Tuzla, Jasmin Imamović a notamment signalé qu’une plainte allait être déposée à l’encontre du Premier ministre de Republika Srpska. Mercredi 16 septembre, le Conseil municipal de Tuzla a déclaré Milorad Dodik persona non grata en Bosnie-Herzégovine.

[1] En ex-Yougoslavie, le 25 mai était fêté comme « jour de la jeunesse ». Au soir du 25 mai 1995, l’armée de Republika Srpska a pilonné une place du centre ville de Tuzla nommée « Kapija », où les jeunes avaient l’habitude de se retrouver. Lors de l’explosion, 71 personnes ont trouvé la mort et plus de 200 autres ont été blessées. Toutes les victimes étaient des civils et la majorité d’entre elles avait entre 18 et 25 ans.

[2] Markale : le grand marché au centre ville de Sarajevo où le 5 février 1994, un obus a tué 68 personnes, et blessé 144 personnes.