Par Mehdi Chebana

- A gauche, le Président sortant Basescu, à droite son adversaire socialiste Mircea Geoana.
Au quartier général des sociaux démocrates à Timişoara, pas d’effusion ni de cris de joie à l’annonce des résultats dimanche soir. Juste quelques applaudissements pour saluer « un premier succès d’étape ». Mircea Geoană, le président du PSD depuis 2005, est bien assuré d’accéder au second tour de la présidentielle ; mais déjà militants et barons locaux mesurent le travail qu’il reste à abattre dans cette ville traditionnellement acquise aux libéraux et aux chrétiens démocrates.
« Vous avez fait un boulot formidable mais c’est maintenant que les choses sérieuses commencent », a lancé Ilie Sârbu, l’ancien ministre de l’Agriculture, devant une cinquantaine de militants, jeunes pour la plupart. « Nous avons maintenant de grandes chances de faire élire celui qui sortira la Roumanie de son image de pays balkanique arriéré », a-t-il ajouté.
Selon des résultats partiels publiés lundi à 8h, le président sortant Traian Băsescu (Parti libéral démocrate) arrive en tête du premier tour avec 32,84% des suffrages, soit près de quatre points de plus que son rival du PSD crédité de 29,17%. Mais les sociaux démocrates se veulent confiants. Ils parient sur un report des voix du candidat libéral Crin Antonescu, arrivé troisième avec près de 21%.
« S’ils sont cohérents, les libéraux appelleront à voter pour nous », estime Ilie Sârbu, l’un des neuf ministres socialistes qui a quitté le gouvernement de coalition début octobre ( lire par ailleurs ). « Pendant la campagne, ils ont crié haut et fort qu’il fallait se débarrasser de Băsescu, ils ne peuvent plus reculer désormais. »
De leur côté, les démocrates-libéraux courtisent eux aussi l’électorat libéral qui sera l’acteur clé du second tour. À l’annonce des premières estimations, Traian Băsescu a ainsi déclaré que les électeurs avaient fait un choix « profondément de droite » dont les hommes politiques devront « tenir compte dans la formation du nouveau gouvernement ».
L’ancien capitaine de la marine marchande s’est également félicité de l’issue favorable du référendum qu’il a lui-même initié. Près de 77% des électeurs ont approuvé dimanche l’idée d’un passage à un parlement unicaméral et 89% celle d’une réduction du nombre de parlementaires de 471 à 300. La validation de cette consultation populaire était soumise à une participation de 50%.
Participation supérieure aux prévisions
Si les sondages annonçaient un duel au second tour entre Traian Băsescu et Mircea Geoană, la surprise est venue du taux de participation, supérieur aux prévisions. Selon le Bureau électoral central, plus de 53% des électeurs se sont ainsi rendus aux urnes.
Malgré tout, l’abstention reste relativement forte alors que la Roumanie fait face à une grave instabilité politique, doublée d’une sévère récession. Depuis plus d’un mois, le pays tourne ainsi avec un gouvernement désavoué et très limité dans ses pouvoirs. Sous l’impulsion du PSD, des libéraux et de l’Union des Magyars de Roumanie, le Parlement a adopté une motion de censure pour renverser le cabinet du libéral-démocrate Emil Boc. Mais les députés ont également refusé d’accorder leur confiance à l’économiste Lucian Croitoru, proposé en remplacement par le président Băsescu.
Cette instabilité politique a poussé le FMI à bloquer le versement de la dernière tranche de son prêt de 20 milliards d’euros en attendant une sortie de crise.



















