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Le Courrier de la Macédoine

Rufi Osmani, le futur chef de file des Albanais de Macédoine ?

Traduit par Belgzim Kamberi
Mise en ligne : mardi 16 février 2010
Maire de Gostivar en 1997 lors des émeutes qui avaient agité la ville, condamné à 14 ans de prison avant d’être amnistié, Rufi Osmani revient de loin. Celui qui a reconquis la seconde plus grande ville de Macédoine à majorité albanaise lors des élections de mars 2009 est une énigme politique. Responsable local ultra populaire, il patine sur la scène nationale. En créant son propre parti, il ambitionne aujourd’hui une envergure gouvernementale.

Par Arben Fetahi

Sur la façade de la municipalité de Gostivar flotte, entre autres, le drapeau albanais. Le même qui, à l’été 1997, fut le prétexte des émeutes qui ont fait trois morts et plusieurs centaines de blessés, mais aussi de multiples interpellations parmi les manifestants. Le maire de Gostivar de l’époque, Rufi Osmani avait tout de suite été arrêté par les autorités, qui le considérait comme le responsable principal de la levée du drapeau albanais, non officiel. Ce fut le moment où ce nom devint célèbre dans toute la région.

Reconnu coupable, Rufi Osmani a été condamné à 14 ans de prison le tribunal de Gostivar, avant que sa peine ne soit réduite à 7 ans par la Cour d’appel. L’ancien membre du Parti pour la Prospérité Démocratique des Albanais (PPDSh) finit par profiter d’une amnistie et fut définitivement libéré à la fin de l’année 1998.

Plus d’une décennie après, Rufi Osmani est de nouveau maire de Gostivar, près du drapeau albanais. « Mon retour en politique devait commencer là où débuta ma destruction politique » dit-il. C’est après sa victoire aux élections de mars 2009 en tant que candidat indépendant qu’il a repris la tête de la seconde plus grande ville de Macédoine majoritairement albanaise. Il a battu le candidat du parti politique des anciens combattants albanais, le BDI, membre de la coalition gouvernementale macédonienne et premier parti de la minorité albanaise de Macédoine.

Aujourd’hui, Rufi Osmani a une ambition politique nationale

Maintenant, Rufi Osmani parle de ses succès du présent et de ses objectifs de demain. Il vient juste de boucler sa première année de mandat. Décontracté et heureux. « J’ai remboursé les dettes de l’ancienne mairie qui s’élevaient à 1,4 million d’euros et j’ai pu demander un nouveau crédit de plus de 3 millions d’euros, alors que le budget annuel de Gostivar ne dépasse pas les 12 millions d’euros », se félicite-t-il. Fier des investissements en infrastructures d’une valeur de 600.000 euros effectués en 8 mois de mandat, il bénéficie désormais du soutien d’un nombre important d’Albanais de Macédoine qui veulent le voir aller plus loin que la scène politique locale.

D’ailleurs, son destin politique semble aussi intéresser les cercles non albanais en Macédoine. Peut-être que cet intérêt est lié à l’annonce de la création prochaine de son parti politique. En outre, Rufi Osmani voit sa dernière victoire aux élections municipales comme le feu vert pour entamer une carrière au niveau national.

Considéré jusqu’à récemment comme un homme politique dépassé, aujourd’hui, une chose est sûre, Rufi Osmani semble plus que déterminé à revenir sur la scène politique des Albanais de Macédoine. Et avec plus d’ambition.

Surfer sur la crise de leadership de la classe politique albanaise

« Après quatre à huit ans de participation au pouvoir, les partis politiques albanais se consument, sur le plan politique comme sur celui de la qualité de leurs cadres. Par conséquent, l’électorat albanais revendique une nouvelle option politique. L’échec des partis politiques actuels est une conséquence des déchirements au sein de la scène politique albanaise, de sa crise de leadership, incapable et corrompu, mais aussi des obstacles imposés par la communauté internationale. Cela a pour résultat, la fragile stabilité interethnique et institutionnelle de la Macédoine », critique Rufi Osmani.

En ajoutant que d’autres facteurs ont favorisé ces échecs : l’absence de reconnaissance des défaites électorales, la participation au gouvernement sans plateforme politique et sans dynamique claire dans la mise en œuvre des revendications liées aux statuts des Albanais, mais aussi à la répartition non proportionnelle du budget de l’État.

« Il faut revendiquer l’évolution du statut des Albanais en nation constitutive »

Originaire du village de Çajle, près de Gostivar, l’homme qui a gagné haut la main toutes les élections auxquelles il a participé à Gostivar depuis sa sortie de prison n’a pas pris part aux derniers processus et mouvements politiques de la minorité albanaise. Pourtant, son nom est revenu à chaque fois que s’agitait la scène politique albanaise de Macédoine. Docteur en sciences économiques et enseignant à l’Université de l’Europe du Sud-est, Rufi Omani vise l’affermissement d’une nouvelle alternative politique. « Le conflit de 2001 a été la dernière alternative non institutionnelle des Albanais.

Pour le moment, les rapports actuels dans le pays et l’influence internationale ne laissent pas d’espace nécessaire pour d’autres alternatives », affirme-t-il en ajoutant que les Accords d’Ohrid sont maintenant dépassés et que les Albanais de Macédoine doivent obtenir à l’avenir le statut de nation constitutive.

« Il est évident que la Constitution actuelle et les Accords d’Ohrid sont maintenant des encadrements dépassés, mais il faut tout d’abord revendiquer obstinément leurs complètes applications dans le plus court délai. Après l’intégration de la Macédoine dans l’Otan et l’UE, il faut revendiquer le changement de la Constitution, l’évolution du statut des Albanais en nation constitutive et un système de prise de décision et d’actes stratégiques par consensus », voilà la vision à long terme de Rufi Osmani pour la Macédoine.

Mais Rufi Osmani reste une énigme

Pour lui, la majorité des dirigeants politiques actifs en Macédoine ne proposent pas d’alternative crédible aux citoyens. Lui qui n’apprécie guère les principaux dirigeants politiques albanais de Macédoine, Ali Ahmeti et Menduh Thaçi, ainsi que le dirigeant de l’opposition macédonienne, Branko Crvenkovski, montre une certaine estime pour le Premier ministre Nikola Gruevski. « C’est un politicien qui a réussi à marginaliser les deux partis politiques albanais avec beaucoup d’élégance. Et il essaie, usant de méthodes dignes de Hamlet, de résoudre l’enjeu de la question du nom de la Macédoine avec la Grèce ».

Responsable politique accompli au niveau local, mais inexistant à l’échelle nationale, Rufi Osmani reste une énigme politique. Indépendamment du fait que son avenir politique est difficile à prévoir, il ne fait aucun doute que le charisme de ce politicien local défie continuellement et silencieusement les principaux dirigeants du pays. Selon Osmani, leurs craintes s’illustrent le mieux à travers la censure médiatique dont il fait l’objet. « Les médias font tout pour me marginaliser en tant qu’homme politique du présent, mais aussi de l’avenir. Une telle tendance est orchestrée par mes adversaires, ceux qui dominent actuellement la scène politique », conclut-il.