
![]()
|
BIRN
Macédoine : « Skopje 2014 », catastrophe urbanistique annoncéeTraduit par Stéphane Surprenant
Sur la Toile :
Publié dans la presse : 5 février 2010
Mise en ligne : lundi 8 février 2010
Des ponts piétonniers traversent le Vardar, des statues de tous les héros macédoniens parsèment la ville, aux imposantes façades néoclassiques : voici à quoi devrait ressembler Skopje en 2014, selon le projet qui vient d’être dévoilé par le gouvernement macédonien. Le coût de ce chantier pharaonique n’est pas connu, ses détracteurs stigmatisent son mauvais goût kitsch et son côté provocateur, notamment pour les nombreux musulmans de la ville.
Par Siniša-Jakov Marušić
Intitulée « Vision de Skopje 2014 », la longue vidéo qui sert de vitrine au plan urbanistique montre le centre de la capitale couvert de monuments en bronze, mais aussi d’arches, des obélisques, des fontaines en cascades, de nouveaux ponts et des édifices dotés de vastes dômes. Le tout donne une impression de mélange d’architectures classique et baroque. « Il ne s’agit pas le moins du monde d’une fausse représentation du projet. Mieux encore, certaines parties du plan seront améliorées avec le temps », a déclaré avec fierté à la presse le maire de la municipalité centrale de Skopje, Vladimir Todorović, lors du dévoilement de la vidéo. Vladimir Todorović a expliqué que le projet actuel, qui devrait être complété d’ici à 2014, effacerait la grisaille architecturale héritée de l’ère communiste, pas si lointaine. À l’époque, a constaté le maire, l’aspect de Skopje ne figurait pas sur la liste des priorités des villes yougoslaves. Bien que le projet soit officiellement placé sous la direction de la municipalité du centre de Skopje, le financement provient uniquement de l’État. Les bâtiments de l’ancien Théâtre national macédonien, qui furent détruits par le tremblement de terre de 1963, sont aujourd’hui en voie d’être reconstruits. Par ailleurs, plusieurs musées et édifices à caractère administratif sont en cours de construction sur les berges du fleuve Vardar. La construction de l’un des trois futurs ponts piétonniers a également débuté récemment. La vidéo ne montre cependant que deux des trois ponts annoncés. Beaucoup de statues en marbre et en bronze ont déjà été commandées et ont commencé à arriver à Skopje. Certaines sont mêmes prêtes à être érigées. La quasi totalité du projet est demeurée sous le sceau du secret depuis le début, ce qui a rapidement soulevé la controverse. Nombreux sont ceux qui ont objecté des coûts inévitalement élevés, tandis que les autorités n’aidaient pas leur cause en refusant de fournir des chiffres précis. D’autres ont été agacés par le manque de consultation publique. Enfin, certains ont critiqué la valeur architecturale du projet. Des étudiants en architecture – qui sont allés jusqu’à créer une association citoyenne, appelée la « Première archi-brigade » – ont fait valoir que le solutions proposées étaient loin du bon goût et sombraient souvent dans des combinaisons de styles plutôt incongrues. Les étudiants reprochent au projet de ressuciter des styles architecturaux désuets et de les insérer au mauvais endroit, au mauvais moment. Plusieurs éléments spécifiques du projet urbanistique ont suscité des controverses au sein de l’opinion publique, dont une statue géante du célèbre conquérant de l’antiquité, Alexandre le Grand. Haute de 22 mètres, beaucoup de citoyens estiment que la taile de celle-ci est nettement exagérée. Quant à l’église située sur la place centrale de la ville, elle s’est retrouvée au cœur d’une recrudescence des tensions ethniques et religieuses avec les membres de la minorité albanaise, essentiellement musulmane, tant en raison de ses dimensions que de la nature publique de son financement. Le futur Musée d’archéologie, dont la localisation et l’envergure en ont choqué plus d’un, a lui aussi provoqué des débats passionnés. |
Dans le même journalSur les mêmes thèmesÁ lire également
|