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Le Courrier des Balkans

L’armée roumaine confond Tahiti et Haïti : la presse mondiale tombe dans le panneau

De notre correspondant à Bucarest
Sur la Toile :
Mise en ligne : samedi 20 février 2010
Incroyable... et même pas vrai ! De nombreux médias étrangers ont repris aveuglément une information, à l’évidence farfelue, publiée sur le site satirique roumain times.ro. Dans ce scénario à la Ionesco, l’armée roumaine débarque avec des tonnes d’aide humanitaire à Tahiti au lieu de Haïti. L’auteur à l’origine de ce buzz mondial se confie au Courrier des Balkans.

Par Mehdi Chebana

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Le vrai faux débarquement de l’armée roumaine à Tahiti (© times.ro)

Eugène Ionesco [1] n’aurait pas fait mieux... Le site satirique roumain times.ro a réussi à faire croire au monde entier que l’armée roumaine avait débarqué à Tahiti au lieu d’Haïti.

« En raison d’une regrettable confusion, le ministère de la Défense a envoyé au mauvais endroit l’aide pour les victimes du tremblement de terre de Haïti, expédiant un bataillon de chasseurs alpins ainsi que 2.000 tonnes de provisions, de l’eau, des lits, des médicaments et de la nourriture, vers une destination totalement opposée, à savoir Tahiti, dans le Pacifique sud », peut-on lire dans l’article publié le 20 janvier sur le site.

Aussi farfelue soit-elle, la nouvelle a été reprise aveuglément par de grands médias russes, italiens, espagnols ou encore sud-américains. En France, toute l’équipe de l’émission Édition Spéciale, sur la chaîne de télévision Canal+, s’est elle aussi moquée jeudi de l’incompétence des autorités roumaines, citant une brève de l’hebdomadaire Courrier international qui prévenait pourtant qu’il s’agissait d’un canular.

« Ça en dit long sur le sérieux des médias dits sérieux ! », s’amuse Ionut Foltea, l’auteur de l’article. « Ce buzz est le fruit d’une grossière erreur des médias qui n’ont pas vérifié quelle était la ligne éditoriale de notre site. Et puis, il suffisait de regarder la photo que nous avons publiée pour comprendre que tout cela était faux. »

Fort d’un nom que les lecteurs associent naturellement au quotidien britannique The Times, imitant savamment le style journalistique, le site times.ro se plait depuis deux ans à faire passer pour vraies des histoires insensées. Jusqu’à inventer de vraies fausses citations.

Ainsi, le ministre roumain de la Défense, Gabriel Oprea, déclare à sa décharge : « Ce n’est pas la peine d’en faire un plat, franchement, Haïti, Tahiti, Papeete, toutes ces îles ont des noms qui se ressemblent »

Le ministère de la Défense rit jaune

Devant l’ampleur de l’intoxication, le ministère roumain de la Défense a dû démentir cette fausse information, estimant qu’elle mettait à mal la déontologie journalistique et pouvait porter atteinte à l’image des personnes et des institutions qui étaient citées.

« Le ministère de la Défense considère que l’exploitation, à des fins commerciales, de certaines situations dramatiques, comme celle que traverse le peuple haïtien depuis le séisme du 12 janvier, est non avenue et regrettable », peut-on lire dans un communiqué officiel publié le 10 février.

« Notre but, c’est de divertir, pas d’offenser », rétorque Ionut Foltea. « Mais avec les collègues, on a bien ri parce que dans ce communiqué, le ministère a trouvé le moyen de se mélanger les pinceaux entre Haïti et Tahiti, mais cette fois pour de vrai ! [2] »

Un démenti officiel et un effet boule de neige planétaire... L’équipe de times.ro n’en demandait pas tant. « C’est un bon coup de pub pour nous ! », conclut Ionut Foltea. « Ces derniers jours, des journalistes me sollicitent pour me demander des explications. Je trouve ça drôle. J’ai l’impression d’être une vedette. »

En septembre dernier, times.ro avait déjà trompé son monde en publiant un article selon lequel des tests de virginité seraient imposés dans tous les lycées de Roumanie. Une information reprise massivement par la presse roumaine.

Consultez l’extrait de l’émission Édition Spéciale

[1] Né en Roumanie, Eugène Ionesco est l’un des maîtres du théâtre de l’absurde.

[2] Le ministère roumain de la Défense commence ainsi son communiqué : « Concernant ’l’information’ liée à l’aide soit-disant envoyée par le ministère de la Défense en Haïti... »