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Le Courrier de la Serbie

Quand Radovan Karadžić se confie à Al Jazeera

Par notre correspondant à Belgrade
Sur la Toile :
Publié dans la presse : 1er mars 2010
Mise en ligne : mardi 2 mars 2010
Dans un entretien écrit publié le 24 février sur le portail de la chaîne satellitaire qatarie Al Jazeera, Radovan Karadžić revient sur son rôle pendant la guerre de Bosnie, ses treize ans de cavale et son procès à La Haye.

Par Philippe Bertinchamps

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(EPA)

« J’ai eu un rôle malheureux dans une guerre malheureuse dans un pays malheureux. » C’est par ces mots que Radovan Karadžić a résumé son action pendant les guerres de Bosnie dans une interview exclusive accordée depuis sa cellule de La Haye au journaliste d’Al Jazeera, Rageh Omaar.

La guerre de Bosnie. « C’était une guerre que nous n’avions pas voulue et dont nous n’avions pas besoin », déclare l’ancien chef politique des Serbes de Bosnie. Regrettant les « conflits tragiques » qui ont déchiré ce « pays pacifique » entre 1992 et 1995, Radovan Karadžić rejette la responsabilité de la lutte armée sur les dirigeants bosniaques. « Ceux-ci eussent-ils été différents au début des années 1990, la guerre n’aurait pas eu lieu », assure-t-il.

Accusé d’avoir orchestré un nettoyage ethnique qui a fait cent mille morts et 2,2 millions de personnes déplacées au cours des trois années de conflit, Radovan Karadžić estime que cette guerre était avant tout une « guerre entre Serbes ». « Les musulmans de Bosnie sont en effet des Serbes qui se sont convertis à l’islam sous la domination turque. Ce n’était pas dans notre intérêt d’être ennemis », déplore-t-il.

Richard Holbrooke. Revenant sur l’accord qu’il affirme avoir conclu avec l’émissaire américain dans les Balkans Richard Holbrooke, Radovan Karadžić reproche à ce dernier d’avoir manqué à ses promesses : « Richard Holbrooke, agissant au nom de la communauté internationale, dont le Conseil de sécurité des Nations unies, a promis que si je démissionnais de mes fonctions de Président de la Republika Srpska et du SDS (Parti démocratique serbe), ne participais pas aux élections à venir et me retirais de la vie politique, je ne serais pas poursuivi à La Haye. J’ai tenu mes promesses. J’attends toujours que M. Holbrooke tienne les siennes ».

Le docteur Dabić. Arrêté en juillet 2008 à Belgrade treize ans après son inculpation, Radovan Karadžić vivait dans la capitale serbe sous une identité usurpée, celle du docteur Dragan Dabić, spécialiste en médecines alternatives. Qui était qui ? « En tant que docteur Dabić, je n’ai rien fait que Radovan Karadžić n’eût fait. Si Radovan Karadžić était un médecin rompu à la médecine scientifique, le docteur Dabić pratquait une médecine traditionnelle plusieurs fois millénaire. Ces deux types de médecine sont complémentaires et doivent être assimilés (...). En ce sens, le docteur Dabić était Radovan Karadžić, et vice-versa », énonce l’ancien psychiatre. À la question de savoir si la peur d’être arrêté le tenaillait au quotidien, il répond : « Qui meurt de peur meurt un grand nombre de fois. Ainsi ai-je vécu – je ne suis pas mort ».

Le procès. Interviewé par Al Jazeera une semaine avant la reprise de son procès, Radovan Karadžić assure qu’il se présentera aux audiences. « Je ne serai pas comme une plante debout sous la pluie et la neige sans opportunité de participer activement. Si je faisais cela, ce serait une honte pour moi et pour le Tribunal », explique-t-il. Son procès, qui s’est ouvert le 27 octobre 2009, a été ajourné, dit-il, à cause du « manque de temps adéquat » pour se préparer. Accusé de génocide, crimes de guerre et crimes contre l’humanité, Radovan Karadžić encourt la prison à vie. Il espère que son procès sera « équitable ».