Par Bojana Barlovac et Sabina Niksic
« Ganić a été temporairement détenu à l’aéroport de Londres selon un mandat d’arrêt émis par la Serbie alors qu’il tentait de quitter le Royaume-Uni. Il est resté en garde-à-vue au tribunal de Westminster, qui doit prendre une décision concernant la demande d’extradition de la Serbie », a déclaré le ministre de l’Intérieur serbe Ivica Dačić. Il a ajouté que le passeport de Ganić avait été confisqué jusqu’à la décision du tribunal.
En Serbie et en Republika Srpska, on a accueilli favorablement la nouvelle de cette arrestation. Ganić est accusé par la Serbie d’être impliqué dans le massacre de la rue Dobrovoljacka.
En avril 1992, après la déclaration d’indépendance de la Bosnie, les forces serbes de Bosnie ont soutenu l’artillerie de l’armée fédérale yougoslave (JNA) qui a commencé le siège de Sarajevo qui devait durer 43 mois.
En mai 1992, les autorités bosniaques avaient conclu un accord avec l’armée yougoslave alors sous le contrôle de Belgrade pour autoriser un convoi de la JNA de sortir de Sarajevo en toute sécurité.
Mais les troupes qui se retiraient sous la direction des forces de maintien de la paix de l’Onu ont été attaquées par l’armée de Bosnie le 2 mai 1992 et les autorités serbes affirment qu’au moins 40 soldats et officiers yougoslaves ont été tués et plus de 70 autres blessés.
Nedeljko Mitović, Président de l’association des familles de soldats tués et prisonniers et des civils disparus de la RS a déclaré à l’agence de presse Srna : « Si la communauté internationale respecte les principes qu ‘elle a appliqués dans la guerre des années 1990 dans la région, on peut espérer que Ejup Ganić sera extradé vers la Serbie pour répondre des crimes commis contre la JNA dans la rue Dobrovoljacka à Sarajevo.
Il a également exprimé son espoir de voir que la justice soit la même pour tous et qu’il considérait l’affaire Ganić comme un test pour la communauté internationale dans son traitement des responsables de crimes de guerre à l’encontre des Serbes de Bosnie-Herzégovine.
Dragan Todorović, un haut responsable du Parti radical de Serbie a accueilli avec satisfaction l’arrestation de Ganić, mais il met en question les rapports entre Interpol en Serbie et le bureau international d’Interpol.
« Cette affaire met en question la crédibilité du bureau d’Interpol en Serbie car si Ganic est relâché cela ne sera pas la première fois que la Serbie émet des mandats d’arrêt internationaux et que le quartier général d’Interpol relâche les personnes détenues », a-t-il confié à Balkan Insight.
Il pose la question de savoir si les autorités serbes doivent continuer leur collaboration avec Interpol car une collaboration unilatérale n’est pas une vraie collaboration.
Petar Petković, porte-parole du Parti démocratique de Serbie affirme que Ganić a participé à un terrible massacre et qu’il devait être traduit devant la justice pour répondre de ses crimes : « nous espérons que le Royaume-Uni va l’extrader en Serbie pour qu’il y soit jugé ».
Toma Fila, juriste à Belgrade, a confié à l’agence Srna qu’il s’attendait à ce que Ganić soit remis en liberté. « Nos mandats d’arrêt n’ont pas de valeur parce qu’Interpol n’est pas contrôlé par Belgrade, mais par d’autres pays. Les gens que nous recherchons ne seront jamais arrêtés. Nous avons essayé avec Hashim Thaci, et il a été arrêté par deux fois. Et puis nous avons essayé avec Agim Ceku, et lui aussi a été détenu et puis relâché ». Toma Fila conclut que le sort réservé par Interpol aux mandats d’arrêt serbes « n’est pas juste ».
Arrestation critiquée par certains
Željko Komšić, le membre croate de la présidence tripartite a qualifié cette arrestation de « tactique brutale » de la Serbie qui va selon toute vraisemblance altérer les relations entre Sarajevo et Belgrade, alors qu’elles commençaient à s’améliorer.
Le Parti Social Démocrate (SDP) a pour sa part qualifié cette arrestation de « provocation politique et policière des services de renseignements » de la Serbie. En Autriche, une association de citoyens bosniaques a appelé à un boycott des produits serbes.
L’an dernier après l’émission de mandats d’arrêt par Belgrade, le ministre de la Sécurité de Bosnie s’était plaint auprès d’Interpol. Interpol avait alors décidé de ne pas émettre ces mandats. Depuis l’organisation a changé son règlement et il est devenu impossible pour les pays d’émettre des mandats d’arrêt contre des citoyens étrangers si leur pays d’origine n’y consent pas.
Le ministre de la Justice de Serbie, Snežana Malović a déclaré que « le ministre de la Justice devrait avoir recours aux institutions compétentes du Royaume-Uni pour faire appliquer la demande d’extradition de Ganić ».
« La Serbie doit maintenant fournir tous les documents pour étayer la demande d’extradition avant la date fixée pour une audience », selon une déclaration du gouvernement britannique. Un juge devra alors décider s’il y a ou non des impossibilités à accorder l’extradition.
Selon le portail Internet bosniaque svevijesti.ba qui publie un entretien avec Robin Harris, conseiller auprès de l’ancien Premier ministre Margaret Thatcher, celui-ci a affirmé être en contact avec Ganić et il a exprimé son espoir que l’ancien dirigeant bosniaque ne serait pas extradé vers la Serbie. « Nous estimons que la requête de la Serbie ne sera pas acceptée ».
« On ne devrait même pas prendre en considération la demande de la Serbie car il s’agit d’événements survenus sur le territoire de la Bosnie, et non pas de la Serbie et qui concernent des gens qui en 1992 défendaient la population locale contre une agression serbe ».
Les procureurs de Bosnie ont déclaré qu’ils avaient fait parvenir une requête auprès de la Grande-Bretagne pour que Ganić soit extradé vers Sarajevo, car il est connu de tous qu’eux aussi mènent une investigation sur l’attaque de 1992. »
« Nous sommes convaincus que des mandats d’arrêt émis par la Serbie contre des citoyens de Bosnie et d’Herzégovine sont contreproductifs et qu’ils sont une gêne pour notre propre enquête », a déclaré Boris Grubešić, porte-parole du bureau des procureurs.
Il a aussi ajouté que les procureurs de Bosnie avaient la compétence juridique exclusive sur les crimes de guerre commis en Bosnie par des citoyens bosniaques.




















