Logo le Courrier des Balkans, le portail francophone des Balkans
filet
Sandžak de Novi Pazar : qui a intérêt à jouer la déstabilisation ? - Le pape François en Albanie pour célébrer le dialogue interreligieux - Inondations en Croatie : assurez-vous, l’État ne paie pas ! - Alexis Tsipras au Vatican : rencontre historique entre le « pape des pauvres » et la gauche radicale - Crise politique au Kosovo : toujours pas de majorité au parlement - 
Balkanophonie Abonnez-vous
La boutique en ligne A propos Livres ong liens Agenda
forums

Ethnos

Grèce : l’UE lance une bouée de sauvetage pour sortir le pays de la crise

Traduit par Laurelou Piguet
Sur la Toile :
Publié dans la presse : 13 avril 2010
Mise en ligne : dimanche 18 avril 2010
Les États-membres de la zone euro ont pris, le 11 avril, la décision de mettre à la disposition de la Grèce un prêt à hauteur de 30 milliards d’euros, auxquels s’ajouteraient 10 à 15 milliards d’euros de la part du FMI, en cas de menace de banqueroute du pays. Cette décision, prise par les ministres de l’Économie des 16 pays de la zone euro, aurait dû l’être par leurs dirigeants pendant le sommet de Bruxelles le 25 mars. Ils s’y étaient refusé à la demande expresse de la chancelière allemande, donnant ainsi libre cours aux spéculateurs qui pouvaient « dévorer » les titres grecs sur le marché secondaire.

Par Yorgos Delastik

La somme proposée pour un éventuel sauvetage de la Grèce, qui excède ses besoins de cette année, est une sorte de chantage fait aux spéculateurs : « ou bien vous prêtez à la Grèce à un taux acceptable, ou bien nous lui prêtons mais vous perdrez les milliards d’euros d’intérêts », ont ainsi dit en substance les pays de la zone euro aux banquiers spéculateurs d’Europe. C’est ce que demandait le gouvernement Papandréou de ses partenaires, pour pouvoir continuer à emprunter sur le marché et ne pas être contraint à demander l’activation du mécanisme de soutien. Mais le taux d’intérêt du prêt de soutien proposé par la zone euro, de 5%, est une condition lourde, qui aura une incidence, indirecte mais très sensible, sur le taux auquel l’État grec empruntera désormais sur les marchés : autour de 6% ! Aucune banque, dans les conditions actuelles, n’accordera à un taux moindre d’argent à la Grèce.

Les banques commerciales exigeront, en toute logique, une différence de taux de l’ordre de 1%, voire un peu plus. Les Allemands considèrent que cette différence est absolument logique. La décision du 25 mars disait clairement que le mécanisme de sauvetage constituait « le dernier recours (ultima ratio) », et pouvait être activé si « le financement proposé par le marché est inexistant », c’est-à-dire quand la Grèce ne pourra plus du tout emprunter, même en proposant de payer un fort taux d’intérêt. Or, en aucun cas Berlin n’acceptera de considérer comme état d’urgence le fait que les marchés proposent un taux de 1% supérieur au « taux de sauvetage » que la zone euro elle-même a fixé. Rappelons que, selon la décision du 25 mars, dans le cadre de ce mécanisme de sauvetage, le simple fait que le gouvernement Papandréou demande de l’argent ne suffira pas à ce que des fonds lui soient versés ; cela ne se fera qu’après « une décision unanime des États-membres de la zone euro » et en particulier sur la base « d’une évaluation de la Commission et la Banque centrale européenne ».

Il ne faut donc pas croire que la décision prise par la zone euro va permettre de pouvoir emprunter à faible taux. Elle permet d’éviter les taux excessifs de l’ordre de 7 à 7,5% qu’ont tentés les spéculateurs, mais en même temps elle fixe pour la Grèce un coût d’emprunt auprès des marchés de l’ordre de 6% - presque le double donc que celui de l’Allemagne.

Si on prend en compte le fait que, quand le gouvernement a essayé d’emprunter la première fois fin janvier, sans aucune mesure ni aucun plan de soutien de l’UE, les marchés lui avaient proposé un prêt de 25 milliards d’euros à un taux de 6,2%, il n’y a pas aujourd’hui de quoi s’enthousiasmer.

L’éventualité d’un recours au mécanisme de sauvetage dans le cas où le pays serait menacé de banqueroute, et dans la mesure où la participation du FMI est un élément fondamental de ce mécanisme, apporterait au peuple grec le désastre et non le salut. Certes, le montant du prêt, de même que celui du taux d’intérêt, ont été déterminés par les pays de la zone euro ; mais cela ne change pas fondamentalement la nature de ce mécanisme, c’est-à-dire le fait qu’il n’est en aucune façon purement européen. Les dirigeants de la zone euro, dans leur décision du 25 mars, ont formellement défini ce « prêt bipartite et coordonné » des pays de l’UE comme un mécanisme de « complément » au financement accordé par le FMI.