
![]()
|
BIRN
Srebrenica : les Nations unies auront leur « colonne de la honte »Traduit par Stéphane Surprenant
Sur la Toile :
Publié dans la presse : 14 mai 2010
Mise en ligne : jeudi 17 juin 2010
Une organisation non gouvernementale allemande a lancé une campagne en vue d’ériger un monument commémorant le rôle « honteux » des Nations unies au cours de la guerre de 1992-93 en Bosnie-Herzégovine. L’initiative vise en particulier les événements qui se sont déroulés en juillet 1995 à Srebrenica.
Sarajevo
Le Centre pour la beauté en politique, l’ONG à l’origine du projet, souhaite construire un monument composé des deux gigantesques lettres « UN » sur la colline surplombant Potocari, là où la plupart des victimes ont été exécutées. Nommé « La Colonne de la Honte », l’organisation explique que le monument évoquerait « l’arrogance des Nations Unies » en Bosnie. « Notre objectif consiste à rappeler aux gens ce qui s’est passé en Bosnie ce jour-là », a indiqué Merima Spahić à Balkan Insight, porte-parole du Centre. L’organisation compte également envoyer une lettre à la FIFA, l’association internationale de football, demandant à ce que 8.372 places soient laissées inoccupées au stade de Sarajevo le 11 juillet prochain, lors du dernier match du Championnat du monde 2010, ou encore que le match soit reporté en souvenir des victimes de Srebrenica. En effet, le 11 juillet 1995, l’Armée serbe de Bosnie, sous le commandement du général Ratko Mladić, occupait la ville de Srebrenica. Durant les sept jours qui ont suivi, plus de 8.000 personnes – surtout des hommes et des garçons – ont été massacrées, tandis que des milliers d’autres habitants étaient chassés de la ville. Srebrenica avait pourtant été proclamée zone sous protection de l’Onu en 1993. En 1995, un bataillon néerlandais de casques bleus avait même été dépêché à Potocari, tout près de Srebrenica. Les civils, s’enfuyant de la ville tombée aux mains des Serbes de Bosnie, avaient tenté de se réfugier dans les installations de la base de l’Onu. En 2004, un centre commémoratif a ouvert ses portes à Potocari. Chaque année, le 11 juillet justement, une cérémonie y est tenue. Les restes des personnes assassinées puis retrouvées dans les charniers des environs reposent aujourd’hui à Potocari. L’ancienne base de l’Onu a aussi été transformée en musée destiné à perpétuer la mémoire du génocide. Merima Spahić précise que le projet de monument devra « servir de métaphore de l’immense trahison commise par l’Onu à l’endroit de la Bosnie-Herzégovine ». Elle estime que la construction du monument devrait débuter en mai 2011. Auparavant, le Centre pour la beauté en politique prévoit de mener une campagne afin de promouvoir son idée et raviver la conscience collective concernant le génocide perpétré en Bosnie, ainsi que la responsabilité indiscutable de l’Onu – laquelle a carrément laissé les sinistres événements se dérouler sous ses yeux. Dans le cadre de cette campagne, le Centre entend contacter plusieurs politiciens à travers le monde dans le but de leur demander de donner leurs chaussures, qui constitueront le principal matériau avec lequel le monument sera construit. Car celui-ci sera composé de 16.744 chaussures très exactement – c’est-à-dire deux pour chacune des 8.372 victimes – disposées à l’intérieur des lettres « UN », protégées par une paroi de plexiglas. Les lettres mesureront huit mètres de haut et seront peintes d’un « blanc chatoyant », toujours selon le Centre. Les deux lettres géantes seront percées par trois « monumentaux impacts de balles ». De véritables chaussures portées par les victimes, exhumées des charniers, seront même intégrées aux représentations d’impacts de balles. Les Mères de Srebrenica, une association représentant les familles des victimes qui soutient l’idée du monument, choisiront par la suite les noms de politiciens et de généraux occidentaux qui figureront sur le monument de la honte. L’initiative a été lancée il y a trois ans par le Centre pour la beauté en politique, de concert avec une autre ONG, la Société en faveur des gens menacés. Dans une perspective plus large, le projet planifie l’organisation de discussions partout dans le monde au sujet des responsabilités historiques de l’Onu en Bosnie. D’après le Centre pour la beauté en politique, la Colonne de la Honte devra atteindre trois objectifs : mettre en lumière les responsabilités de l’Onu ; « nommer, pointer du doigt et faire aussi honte que possible » aux individus coupables « d’inaction ou de complicité avec le génocide » ; et, pour finir, symboliser « les promesses de protection rompues ». |
Dans le même journalSur les mêmes thèmesÁ lire également
|