Logo le Courrier des Balkans, le portail francophone des Balkans
filet
Grèce : un mur contre les clandestins - Serbie : à Bujanovac, des noms de rue qui divisent - Macédoine : un gouvernement « baroque » - Serbie : la Save et le Danube pris par les glaces - Roumanie : Mihai Răzvan Ungureanu, historien, barbouze, Premier ministre - 
Balkanophonie Abonnez-vous
La boutique en ligne A propos Livres ong liens Agenda
forums

Blic

Médias et islam en Serbie : l’affaire de la caricature du mufti Zukorlić

Traduit par Persa Aligrudić
Sur la Toile :
Publié dans la presse : 26 juin 2010
Mise en ligne : mardi 29 juin 2010
La semaine dernière, le quotidien Blic de Belgrade a publié une caricature du mufti de la Communauté islamique en Serbie, Muamer Zukorlić, habillé en prêtre orthodoxe et en train d’échanger une poignée de main avec le pape Benoït XVI. Le mufti veut porter plainte contre Blic et appelle les musulmans de Serbie à boycotter le journal.
JPEG - 77.5 ko
Le mufti Zukorlić

La rédaction du quotidien Blic a appelé les membres de la communauté islamique « à ne pas se laisser embobiner par les conclusions politiques du mufti Muamer Zukorlić »

« Le mufti s’est servi d’un montage photo pour marchander avec les autorités en Serbie au détriment de notre journal », a déclaré Blic dans un communiqué public.

« Accuser Blic de propager l’islamophobie est pour le moins déplacé, et l’appel au boycott d’un journal est inadmissible de la part de quelque chef religieux que ce soit. De la sorte, notre correspondance avec M. Zukorlić prend fin », conclut la rédaction de Blic.

Le Conseil général de la Communauté islamique de Serbie, dirigé par le mufti principal Muamer Zukorlić a confirmé la position du meshihat, qui veut déposer une plainte contre le journal Blic à cause du photomontage représentant le mufti, et réclame un dédommagement « symbolique » de 100 millions d’euros.

Au cours d’une séance tenue à huis clos, les musulmans de Serbie ont été appelés à boycotter l’achat et la distribution du journal, tandis qu’un soutien a été demandé aux organisations et institutions islamiques internationales.

La semaine dernière, Blic avait publié un photomontage montrant Muamer Zukorlić vêtu en habit de moine orthodoxe avec une croix sur la tête, échangeant une poignée de main avec le pape Benoît XVI,

Le ministre de la Culture Nebojša Bradić a déclaré à B92 que la position de son ministère était de défendre la liberté de la presse. « Pour ceux qui enfreignent la loi, il y a des organes compétents pour prendre les décisions qui s’imposent », a-t-il ajouté.

Ljiljana Smajlović, présidente de l’Association des journalistes de Serbie (UNS) a déclaré à B92 que cette association considère comme inadmissible la demande de boycotter Blic. « C’est une tentative visant à détruire un média, pour le censurer. Il est évident que c’est une lutte politique, une guerre médiatique et l’UNS estime que ce n’est pas une juste manière d’exprimer sa protestation contre quelque chose qui ne plait pas ».

Liljana Smailović estime que les excuses présentées par Blic représentent une solution satisfaisante car, dit-elle, il faut éviter tout semblant d’excuses qui ne seraient pas sincères. Elle a ajouté que, de toute façon, Blic n’avait pas l’intention d’aggraver la situation.


Découvrez nos cahiers

Les islams des Balkans

Un cahier de 213 pages, 10 euros

« La haine au nom de Dieu » ? Religions et nationalisme dans les Balkans

Un cahier de 330 pages, novembre 2009, 14 euros


« Le mufti se comporte comme un leader politique, c’est un acteur sur la scène publique. L’UNS n’a pas le droit de reprocher au mufti son intention de porter plainte, tout citoyen en a le droit. Cependant, j’aimerais que le tribunal agisse selon les règles européennes, car ceux qui se présentent comme des responsables politiques n’ont pas la possibilité d’avoir un plus haut degré de protection et le rôle qu’ils jouent dans la société sera pris en considération par le tribunal ».

Elle ajoute que le photomontage contesté ne peut être comparé aux caricatures du Prophète portant une bombe en guise de turban, publiée par un journal danois et qui avait provoqué des réactions à travers le monde entier il y a quatre ans : « C’était une insulte à la religion, mais lorsqu’on prête au mufti les habits d’un prêtre orthodoxe, dans un pays où l’orthodoxie n’est pas une religion condamnée, on ne peut pas parler d’intention offensante », estime-t-elle.