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Le Courrier de la Bosnie-Herzégovine
Srebrenica : l’ombre de Mladić planait sur les commémorationsPar notre envoyé spécial
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Mise en ligne : lundi 12 juillet 2010
Lieu symbolique du martyre des musulmans de Bosnie, le mémorial de Potočari a accueilli environ 50.000 personnes pour la commémoration des 15 ans du génocide de Srebrenica. Les chefs d’État de la région étaient présents, ainsi que de nombreux dignitaires européens et américains.
Par Philippe Bertinchamps
L’épais rideau de brume s’est levé faire faire place à un soleil de plomb, alors qu’une foule nombreuse et compacte (50.000 personnes selon les agences de presse) entrait dans le cimetière musulman de Potočari pour commémorer les 15 ans du génocide de Srebrenica, dimanche 11 juillet. Familles, veuves et mutilés de guerre ou simples visiteurs sont venus rendre un dernier hommage aux victimes de la plus impitoyable tuerie de civils en Europe depuis la Seconde Guerre mondiale. Zone de sécurité placée sous la protection de l’ONU, l’enclave de Srebrenica, au nord-est de la Bosnie, a été conquise le 11 juillet 1995 par les forces serbes du général Ratko Mladić qui ont ensuite exécuté plus de 8000 civils, des hommes et des garçons âgés de 16 à 80 ans. Un massacre qualifié de « génocide » par la Cour internationale de justice en février 2006. À l’entrée du mémorial, les petits cercueils en bois de sapin, habillés de tissu vert, s’alignaient en rang d’oignon. Cette année, 775 victimes, identifiées par l’analyse ADN des restes trouvés dans les charniers, ont été inhumées. Découvrez Un livre de Mihrija Feković-Kulović, Paris, Riveneuve, 2010, 20 euros. « Seuls les morts ont vu la fin de la guerre » (Platon), a déclaré le Premier ministre belge sortant, Yves Leterme, qui s’exprimait au nom de la Haute représentante des Affaires étrangères de l’Union européenne, Catherine Ashton. Si la Justice ne peut pas ramener les morts, a-t-il souligné, elle peut mettre un baume sur les blessures des proches et leur permettre de faire leur deuil. « C’est une bonne chose que les chefs politiques et commandants militaires qui portent la plus grande responsabilité de ces tueries ont comparu, ou comparaissent encore, devant la Cour internationale de justice. Mais il est intolérable que le commandant qui porte la plus haute responsabilité du massacre soit toujours en liberté. La place de Ratko Mladić n’est pas dans une cache, mais à La Haye », a-t-il ajouté. L’Europe, garante de paix et de stabilité. C’est en tout cas le message adressé par l’ensemble des responsables européens venus exprimer leur compassion et leur soutien fraternel aux familles des victimes. Mais la paix, ont-ils insisté auprès des chefs d’État des Balkans, doit se fonder sur la justice, et la justice sur la vérité. Une manière de rappeler, une fois de plus, au Président serbe Boris Tadić, qui n’aura soufflé mot tout au long de cette commémoration, que l’arrestation de Ratko Mladić est une condition pour que la Serbie accède au statut de pays candidat de l’Union européenne. En mars 2010, Boris Tadić avait qualifié le massacre de Srebrenica de « crime horrible ». L’Assemblée serbe avait condamné la tuerie et présenté les excuses du peuple serbe aux familles des victimes, mais refusé d’employer officiellement le terme « génocide ». En Serbie, le drame de Srebrenica n’est un fait admis qu’avec une grande réticence. Dimanche en début d’après-midi, après la prière aux morts, les inhumations ont commencé. Pour la première fois, le corps d’un catholique a été enterré au mémorial de Potočari. Rudolf Hren était un footballeur local d’origine slovène et allemande. Sa famille s’était établie à Srebrenica après la Seconde Guerre mondiale. Il a été tué en 1992. Son corps avait d’abord été enterré au cimetière de la ville de Srebrenica. |
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