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Sarajevo-X

Srebrenica : l’ancien général Morillon expulsé du Mémorial de Potočari

Traduit par Eléonore Loué-Feichter Jusufović
Sur la Toile :
Publié dans la presse : 3 septembre 2010
Mise en ligne : lundi 6 septembre 2010
Lors de sa visite au Mémorial de Potočari le 3 septembre, l’ancien général français Philippe Morillon a été chassé par les associations des mères de Srebrenica. Alors chef de la Forpronu, le général Morillon avait désarmé les enclaves de Bosnie orientale en 1993, en leur promettant la protection des Natins Unies.

Par Tatjana Sekulić

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Philippe Morillon et Fatima Husejnović
©M. Sekulić

A l’occasion de cette première visite depuis la fin de la guerre du général Morillon à Srebrenica, les associations ne lui ont pas permis de rendre hommage aux victimes du génocide ni de présenter des excuses pour tout ce qui s’était passé.

Hatidža Mehmedović de l’association « Les Mères de Srebrenica », a déclaré que Philippe Morillon était persona non grata à Potočari et qu’une personne responsable du génocide n’était pas la bienvenue sur ce lieu de pèlerinage.

Les femmes de l’association « Les mères des enclaves de Srebrenica et de Žepa » n’ont, elles non plus, pas laissé Morillon s’adresser à elles. Elles lui ont déclaré qu’en tant qu’indésirable il était prié de partir de Srebrenica.

Selon les informations du portail d’information Sarajevo-X, l’ancien commandant français de la FORPRONU s’est rendu à Srebrenica en voiture privée accompagné d’un journaliste et d’un traducteur. Il souhaitait visiter le Centre commémoratif afin de rendre hommage aux victimes, rencontrer les mères de Srebrenica et s’excuser pour ce qui était arrivé en 1995. Cependant, en plus d’être expulsé du Mémorial, les mères de Srebrenica n’ont pas non plus autorisé Morillon à parler. Alors que les journalistes l’interviewaient, celles-ci n’ont cessé de l’interpeller.

Néanmoins, le général a pu déclarer qu’il ressentait une grande responsabilité pour ce qui était arrivé en ce fatidique mois de juillet 1995, bien qu’il ait été retiré de son poste de commandant de la FORPRONU et soit rentré en France en 1993. « Si j’avais su ce qui allait arriver, je serais resté à Srebrenica en 1993 », a-t-il déclaré aux journalistes.

Il a ajouté qu’il ressentait une grande responsabilité mais que l’ONU et l’ancien gouvernement de Bosnie étaient tout autant responsables et a souligné que le génocide aurait pu être évité.

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En mars 1993, devant la poste de Srebrenica, le général Morillon s’adresse à la foule rassemblée : " Vous êtes désormais sous la protection des Nations Unies. Je ne vous abandonnerai jamais. "

Rappelons cependant qu’en 1993, Philippe Morillon s’est rendu à Srebrenica où il a passé deux semaines lorsque Fatima Husejnović aidée d’autres femmes l’avait « capturé » dans le bureau de poste de Srebrenica. Après une série d’entretiens et de négociations, le général Morillon avait alors déclaré à Fatima Husejnović : « La guerre est finie à Srebrenica. »

Aujourd’hui, Fatima Husejnović devait rencontrer Philippe Morillon car elle souhaitait lui poser certaines questions, sans aucune accusation... Comme elle l’avait précédemment indiqué à Sarajevo-X, elle estime que Morillon avait à cette époque fait tout ce qu’il pouvait et que le gouvernement de Bosnie et les Nations Unies avaient ensuite eu 27 mois pour éviter ce qui allait suivre.

« Je n’ai pas pu lui parler. Les mères de Srebrenica n’ont pas cessé de crier et de l’interpeller. A un moment, il était si faible que j’ai cru qu’il allait tomber. Il se tenait à moi... Je pense qu’il a eu peur... Je voulais lui poser quelques questions grâce auxquelles les femmes qui l’accusent auraient pu aussi en savoir plus, mais elles ne m’ont pas laissé et n’ont pas arrêté de crier et de l’invectiver. » a déclaré Fatima Husejnović. Philippe Morillon n’a pas tenu la réunion prévue et, après avoir été expulsé du Mémorial, il s’est éloigné de Potočari.


Retrouvez notre dossier :
1995-2010 : il y a quinze ans, Srebrenica