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B92
La Serbie et le Kosovo : Boris Tadić pourrait-il être désavoué par l’opinion publique ?Traduit par Philippe Bertinchamps
Sur la Toile :
Mise en ligne : mercredi 8 septembre 2010
Le Kosovo n’est pas la première priorité des citoyens serbes, mais ceux-ci s’opposent toujours à un éventuel « échange » du Kosovo contre l’intégration européenne du pays. C’est ce que révèle un sondage publié par le quotidien Danas, qui souligne les risques qui pèsent sur le gouvernement, si l’opposition entrait en campagne contre sa gestion de la question du Kosovo.
Selon Danas, le chef de l’État se rapproche des positions occidentales par crainte d’un mouvement imprévisible de Tomislav Nikolić, chef du Parti progressiste serbe (SNS), et de Vojislav Koštunica, le dirigeant du Parti démocratique de Serbie (DSS). Après l’avis négatif de la Cour internationale de Justice (CIJ), le Président Boris Tadić et ses conseillers paraissent s’inquiéter de la réaction possible des citoyens si Tomislav Nikolić et Vojislav Koštunica essayaient de convaincre l’opinion publique que le gouvernement a abandonné le Kosovo au profit l’adhésion à l’UE, expliquent les analystes. Boris Tadić, qui table sur un large soutien populaire, ne peut pas se permettre de perdre son image de défenseur des intérêts nationaux, ni de politicien europhile. Dans un entretien au quotidien Danas, le politologue Milan Nikolić relève que le gouvernement a peur des résultats des prochaines élections et agit en accord avec les préoccupations des gens. Selon lui, le Kosovo n’est plus une priorité des citoyens mais, ajoute-t-il, ceux-ci ne sont pourtant pas indifférents au dossier. « La question du Kosovo est politiquement exploitable, car les citoyens ne savent pas ce qui peut être accompli au niveau international. L’opposition peut toujours affirmer que le Parti démocratique (DS) a fait fausse route, que cela aurait dû se passer autrement », dit Milan Nikolić. Selon une étude parue en 2009, les citoyens entretiennent toujours des sentiments forts à l’égard du Kosovo, mais ils sont aussi pragmatiques. 73% se disent personnellement touchés par la question du Kosovo et 71% convaincus que le « Kosovo doit rester serbe », 15% sont contre. 64% considèrent que Belgrade ne reconnaîtra jamais l’indépendance du Kosovo, 24% estiment que cela pourrait se produire d’ici 10 ans. Pour une majorité relative des sondés (43%), « peu importe ce que les Serbes ont fait », le Kosovo serait de toute façon devenu indépendant. 39% rejettent cette idée. Pour 45%, la partition du Kosovo est une solution possible, pour 40%, une hypothèse irréaliste. Enfin, ce qui est sans doute le point le plus important aux yeux des politiciens, 70% des citoyens estiment qu’il est « hors de question que la Serbie abandonne le Kosovo pour devenir membre de l’UE ». 16% à peine seraient d’accord avec cet « échange ». Les citoyens serbes sont « plus matures et réalistes que les politiciens », pour eux, la page du Kosovo est tournée, affirment cependant les analystes. Les groupuscules de hooligans et les réseaux d’extrême droite pourraient être facilement manipulés pour recourir à la violence si le gouvernement ne se montrait pas « assez patriote ». La semaine dernière, le dirigeant du SNS a déclaré à Danas que si la résolution proposée par la Serbie échouait devant l’Assemblée générale des Nations unies, il serait moralement juste que « ceux qui ont écrit eux-mêmes cette résolution, qui l’ont envoyée eux-mêmes à l’ONU, quittent d’eux-mêmes leur bureau pour que nous l’allions pas les chasser à coups de bâtons ». |
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