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Crimes de guerre et trafic d’organes au Kosovo : le procureur Williamson confirme le rapport Marty

Mise en ligne : 2014
« Au Kosovo tout le monde est au courant de ce qui s’est passé et de ce qui se passe encore, mais les gens n’en parlent pas, sinon en privé », assurait Dick Marty, enquêteur pour le Conseil de l’Europe. Révélé par Carla Del Ponte au printemps 2008, ce trafic d’organes prélevés sur des prisonniers serbes par certains membres de l’UCK n’a longtemps été qu’une rumeur. Le rapport détaillé de Dick Marty est explosif, mais l’enquête du Procureur américain Clint Williamson n’a pas apporté de preuves.
  •  Ecoutez Dick Marty sur Balkanophonie : « Mon rapport n’est pas contre les Albanais »

  •  Retrouvez l’interview de Dick Marty pour le site albinfo.ch et la RTK

  •  Vidéo : quand Bernard Kouchner éclatait de rire en démentant la réalité du trafic d’organes

  •  Un article de Jean-Arnault Dérens sur le site du Monde Diplomatique

  •  Kosovo, un trou noir dans l’Europe, une enquête de Mediapart

    Rappel chronologique des faits :

    10 juin 1999 : L’Onu adopte la résolution 1244 qui autorise le déploiement d’une force de maintien de la paix sur le territoire kosovar
    Mars 2003 : Mission d’enquête de la Minuk dans le Nord de l’Albanie pour vérifier les informations de journalistes d’investigation à propos de la « Maison jaune » (à Rripe) qu’on a un temps pensé être la « clinique fantôme » évoquée par Carla Del Ponte
    Avril 2008 : L’ancienne procureure du TPI Carla Del Ponte publie ses mémoires dans un livre La chasse, les criminels de guerre et moi. Elle y révèle, sans donner de preuves, l’existence d’un trafic d’organes prélevés sur environ 3 à 400 prisonniers serbes en Albanie par des membres de l’Armée de Libération du Kosovo pendant le conflit de 1999-2000.
    Avril 2008 : le TPI confirme qu’une enquête préliminaire sur un trafic d’organes avait été lancée en 1999, mais qu’elle avait été abandonnée car les preuves étaient insuffisantes.
    24 juin 2008 : le sénateur suisse Dick Marty, qui a révélé l’existence de prisons secrètes de la CIA en Europe, est nommé par le Conseil de l’Europe pour enquêter sur le prétendu trafic d’organes dénoncé par Carla Del Ponte
    Janvier 2009 : la Serbie accuse la Minuk d’avoir dissimulé des preuves
    Mars 2009 : Bruno Vekarić, le Procureur spécial serbe pour les crimes de guerre verse des photos au dossier
    18 janvier 2010 : Dick Marty commence son enquête au Kosovo après avoir été en Albanie et Serbie en 2009
    Mai 2010 : L’Eulex annonce n’avoir découvert aucune preuve concernant le trafic d’organes dans le Nord de l’Albanie
    Octobre 2010 : Cinq Kosovars dont quatre médecins sont inculpés à Pristina par le Procureur spécial du Kosovo pour « trafic d’organes humains, de crime organisé et d’exercice illégal de la médecine ».Des inculpations liées à un dossier de trafic international d’organes prélevés à la clinique Medicus (Albanie)
    14 décembre 2010 : Le Guardian révèle les conclusions du rapport de Dick Marty qui confirment l’existence d’un trafic d’organes de l’UCK sur des prisonniers serbes dans le Nord de l’Albanie. L’enquêteur du Conseil de l’Europe accuse Hashim Thaçi, actuel Premier ministre du Kosovo, d’avoir été l’un des instigateurs de ce trafic.
    29 avril 2013 : Verdict du procès de la clinique Medicus, reconnaissant 5 médecins, dont Lutfi Dervishi, coupables d’exercice illégal d’activités médicales et de criminalité organisée. L’enquête rebondit en mai, avec 8 nouvelles inculpations, dont celles de Shaip Muja.
    23 avril 2014 : Le Parlement du Kosovo accepte la création d’un tribunal spécial pour les crimes de guerre.
    29 juillet 2014 : Le Procureur américain Clint Williamson confirme les crimes commis, mais n’a pas trouvé de preuves du trafic d’organes.

    Le rapport de Dick Marty pour le Conseil de l’Europe

    Extraits du rapport de Dick Marty :

    Hashim Thaçi
    58. « Nous avons constaté que le chef de ce « Groupe de Drenica » ou, pour employer la terminologie propre aux réseaux de la criminalité organisée, son « parrain », n’était autre qu’un acteur réputé de la vie politique locale et peut-être la personnalité de l’UÇK la plus reconnue sur la scène internationale, Hashim Thaçi »
    66. Les services chargés de la lutte contre le trafic de drogue de cinq pays au moins précisent, dans des rapports confidentiels qui s’étendent sur plus de 10 ans, que le commerce de l’héroïne et d’autres narcotiques était contrôlé de façon violente par Hashim Thaçi et d’autres membres du « Groupe de Drenica »
    114. Les éléments de preuve réunis à l’occasion de ces procédures semblent indiquer que ces agents de l’UÇK, ainsi que leur commandant régional du nord de l’Albanie, Xheladin GASHI, aujourd’hui décédé, étaient proches du « Groupe de Drenica » dirigé par Hashim Thaçi et agissaient de concert avec Kadri Veseli, notamment.
    Description de la nature des centres de détention
    144. Un petit groupe d’officiers supérieurs de l’UÇK aurait dirigé et supervisé de multiples arrivées de prisonniers civils à la maison K. (ou « Maison jaune ») pendant une période de près d’un an, de juillet 1999 au milieu de l’année 2000. La plupart de ces prisonniers auraient été enlevés dans les provinces méridionales du Kosovo et conduits en Albanie selon les modalités de transport déjà indiquées. Contrairement aux prisonniers de Kukes, ceux de Rripe appartenaient essentiellement à l’ethnie serbe.
    Troisième catégorie de prisonniers : les « victimes de la criminalité organisée »
    156. Le sous-groupe qui attire le plus notre attention, notamment parce que son sort a fait l’objet d’un très fort sensationnalisme et a été généralement mal compris, comporte les prisonniers que nous considérons comme des « victimes de la criminalité organisée ». Nous pensons qu’une poignée d’entre eux ont été conduits au centre de l’Albanie pour y être assassinés avant de subir le prélèvement de leurs reins dans une clinique improvisée.
    La clinique Medicus
    168. « Au cours de nos recherches, nous sommes venus à connaissance d’informations qui vont plus loin, par étendue et détails, de ce que nous avons illustré dans ce rapport. Elles semblent indiquer l’existence d’un véritable trafic international criminel d’organes humains, impliquant des complicités dans au moins trois différents pays étrangers (en dehors du Kosovo), pendant plus d’une dizaine d’années. Nous avons notamment récolté des indications crédibles et convergentes qui induisent à conclure que le trafic d’organes qui a eu lieu après la fin du conflit, et que nous avons décrit dans ce rapport est, en fait, étroitement lié à l’affaire contemporaine autour de la clinique « Medicus », avec, du moins en partie, les mêmes acteurs, aussi bien kosovars qu’étrangers. »