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Le Courrier de la Serbie
« Affaire Nikolaidis » : le directeur de la Bibliothèque nationale de Serbie limogé pour « délit d’expression »Par notre correspondant
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Mise en ligne : mercredi 25 janvier 2012
L’écrivain Sreten Ugričić n’est plus le directeur de la Bibliothèque nationale de Serbie. Il a été limogé vendredi 20 janvier par le gouvernement. Son crime ? Avoir signé une pétition du Forum des écrivains dénonçant la « chasse » menée contre Andrej Nikolaidis, écrivain, journaliste et conseiller du président du Parlement monténégrin. Le Courrier des Balkans s’associe à l’appel adressé aux plus hautes autorités de Serbie pour dénoncer cette mise à pied.
Par Philippe Bertinchamps
Andrej Nikolaidis avait écrit que ce serait « un pas en avant pour la civilisation » si le terroriste présumé Bozidar Stanisavljević avait activé les explosifs qu’il transportait lors de la cérémonie du vingtième anniversaire de la Republika Srpska à Banja Luka, à laquelle assistaient les dirigeants de la Serbie, de la Republika Srpska et de l’Église orthodoxe serbe le 9 janvier dernier. L’article controversé avait provoqué une mini-crise diplomatique entre la Serbie et le Monténégro, Belgrade ayant envoyé une note de protestation à Podgorica. Mais des écrivains et acteurs de la société civile serbes ont pris la défense d’Andrej Nikolaidis. Ils ont demandé de stopper « la fatwa et le lynchage » à son encontre et de permettre au public serbe de lire l’ensemble de l’article afin de juger par lui-même. Une initiative du Forum des écrivains en faveur de la liberté d’expression à laquelle a participé Sreten Ugričić. « Une imprudence », se défend-il aujourd’hui, ajoutant qu’il « abhorre le terrorisme et la violence ». La pétition a fait grand bruit quand le tabloïd Press a publié, jeudi 19 janvier, un article titré « Le directeur de la Bibliothèque nationale soutient l’assassinat de Boris Tadić ». Le ministre de l’Intérieur s’est emparé de l’affaire, exigeant la révocation sine die de Sreten Ugričić, par ailleurs intellectuel renommé qui jouit de l’estime de ses collègues au niveau international. Selon Ivica Dačić, « quiconque exprimerait aux États-Unis son soutien au terrorisme d’une telle manière serait mis sous les verrous dans les deux minutes ». Le ministre de la Culture Predrag Marković a bien tenté de temporiser, remettant en cause le bien-fondé d’une telle procédure et soulignant qu’il n’y avait « aucune urgence » en la matière. Las, la destitution a eu lieu le lendemain sous la pression du Parti démocratique (DS) et du Parti socialiste de Serbie (SPS). Une pétition en faveur de Sreten Ugričić a été envoyée au Président de la République serbe, ainsi qu’aux ministres de la Culture et de l’Intérieur. Le Courrier des Balkans s’associe à cet appel.
Note of Protest : To : We have been informed that the Government of the Republic of Serbia has decided to dismiss the writer Sreten Ugričić from his office as Director of Narodna Biblioteka Srbije. We also learned that the background of this decision lies in the fact that Sreten Ugričić signed a petition of support for his Montenegrin colleague, the writer and journalist Andrej Nikolaidis, after a text of Nikolaidis had been discussed in the Serbian media in a misleading way. Among all the signatories of the petition of the “Forum of Writers” Sreten Ugričić had been the only one who accounted for his signature through a statement, which in the meantime is also accessible to the Serbian public. There he explains his vote given for Andrej Nikolaidis as a vote “for the protection and the respect of the intellectual, human and democratic rights of Andrej Nikolaidis and in favor of his personal safety and integrity”. Sreten Ugričić, in his statement, wisely makes clear that – even if Nikloaidis’ text may provide a “reason for controversy”, this by no means justifies the campaign which has been launched in Serbian media. This is why he gives higher priority to the protection of the authors’ rights. Sreten Ugričić is an outstanding Serbian writer and he is serving his country, the Republic of Serbia, in his office as director of the National Library in as well an outstanding way. His expertise as a librarian enjoys the highest recognition among his international colleagues. We, the undersigned, cannot find any reason in either the text of Nikolaidis, or the petition of the Serbian “Forum of Writers” or in the personal statement of Sreten Ugričić explaining his signature of the petition, which might in any way justify his dismissal from the position where he was working since years for the benefit of the society of Serbia. We express our deep disagreement with the decision of the Government of Serbia. It is certainly not a decision in favor of the Serbian readers and researchers and the entire intellectual community of that country. Prof. Dr. Florian Bieber, Director, Centre for Southeast European Studies, Karl-Franzens University, Graz - AUSTRIA |
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