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Serbie : vague de démissions à la société des écrivains

Traduit par Jovana Papović
Sur la Toile :
Publié dans la presse : 28 février 2012
Mise en ligne : mardi 6 mars 2012
Rien ne va plus à la Société des écrivains serbes. Le scandale provoqué par « l’affaire Nikolaidis » et le limogeage du directeur de la Bibliothèque nationale, Sreten Ugričić, ont révélé un malaise de fond. Fin février, une dizaine d’auteurs ont démissionné de la Société.
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Radmila Lazić

Radmila Lazić, Vladislava Gordić Petković, Zoran Živković, Srđan V. Tešin, Tihomir Brajović, Radoslav Petković, Andrij Matić, Borivoj Adašević et Aleksandar Novaković ont claqué la porte de la Société serbe des auteurs, à l’occasion de la dixième Assemblée générale de celle-ci, le 25 février dernier.

Seule Radmila Lazić s’est déplacée pour exposer ouvertement les raisons de son départ. Ses arguments ont provoqué un tollé. Au-delà de l’affaire Ugričić-Nikolaidis (lire notre article « Affaire Nikolaidis » : le directeur de la Bibliothèque nationale de Serbie limogé pour « délit d’expression »), la poétesse prétend ne plus pouvoir faire partie d’une organisation qui refuse d’offrir le titre de membre honoraire au poète américano-serbe Charles Simic, l’un des plus grands auteurs vivant, et grand traducteur de poésie serbe en langue anglaise. Les autres auteurs démissionnaires se plaignent aussi de la politique d’admission de la Société et remettent en question sa légitimité, n’hésitant pas à la qualifier de « mascarade » et de « parade de mauvais goût ».

« Cela fait trente ans que je suis membre de la Société et je ne me souviens pas d’une telle atmosphère dans le monde littéraire, je ne me souviens pas non plus d’avoir vu autant d’auteurs quitter l’association en même temps et si démonstrativement. Il règne une forme de conservatisme intellectuel, moral et esthétique qui classe les auteurs selon une hiérarchie bureaucratique, en ne se référant qu’aux règlements. Jamais auparavant nous n’avions vu des auteurs défendre l’État contre des confrères, ou à l’inverse, des auteurs s’insurger contre l’État pour en défendre d’autres. C’est ce qui nous arrive aujourd’hui. Cette attitude de soumission des auteurs envers l’appareil d’État est due au conformisme ambiant, à la dépendance des auteurs envers les miettes que leur distribue l’État en échange de leurs loyaux services, de prix, de postes dans des rédactions, de cachets ou autres bénéfices. C’est la raison pour laquelle on ne les entend pas broncher lorsque la liberté d’expression est remise en question. C’est la raison pour laquelle la Société n’a pas pris parti pour les auteurs lors de l’affaire Ugričić-Nikolaidis. Les membres haut placés veulent juste garder leur place », affirme Radmila Lazić.

Après la lecture de ce communiqué, les réactions ont fusé. Les écrivains présents ont qualifié les remarques de Radmila Lazić d’injustes et de désobligeantes, de pathétiques et d’inappropriées de la part d’une personne qui reçoit une pension mensuelle de la part de l’État.

Le poète Milovan Marčetić a expliqué qu’il était impossible d’harmoniser les positions de plus de 200 personnes, surtout dans un débat aussi sensible que celui sur l’affaire déjà citée. Il estime que le départ de quelques-uns des auteurs (« à peine une dizaine ») ne représente pas un grand problème et que les raisons de leur départ sont pour la plupart personnelles. « Heureusement, nous ne sommes plus à l’époque du socialisme, les auteurs sont libres de quitter des associations ou sociétés sans que cela ne fasse scandale ».