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Vukovar, Srebrenica : les « provocations » du nouveau président serbe

Traduit par Jacqueline Dérens
Sur la Toile :
Mise en ligne : mardi 5 juin 2012
Les premières déclarations du nouveau Président serbe Tomislav Nikolić ont déjà irrité la Croatie et froissé la Géorgie. L’Union européenne, quant à elle, n’a pas du tout apprécié ses propos sur le massacre de Srebrenica. Le nouveau Président serbe a beau jeu d’accuser les journalistes de déformer ses propos, les « gaffes » s’accumulent, alors que Tomislav Nikolić est attendu le 14 juin à Bruxelles.

Tomislav Nikolic n’est pas un novice dans l’art de la provocation et son entretien avec un journaliste du quotidien allemand Frankfurter Allgemeine Zeitung ne fait que répéter des propos déjà tenus sur « son rêve impossible » de la Grande Serbie.

« Il y a des rêves qu’un homme ne peut pas réaliser. La Croatie est un État reconnu internationalement. Les frontières de la Croatie vont jusqu’au Danube et ne seront pas changées. La même chose s’applique à la Bosnie-Herzégovine. Mes rêves, au temps de l’effondrement de l’ancienne Yougoslavie et les décisions qui furent prises pour savoir qui devait vivre où, n’ont malheureusement pas été réalisés. Et étant donné l’ordre des choses maintenant, ils ne seront jamais réalisés ». Il venait de dire que la ville croate de Vukovar était « une ville serbe » et que les Croates n’avaient aucune raison d’y revenir.

Ces propos ont provoqué de vives réactions des dirigeants croates. Ivo Josipović, le Président croate, a déclaré « si les propos de Monsieur Nikolić signifient un retour aux idées des années 1990, je peux dire au nom de tous les citoyens croates qu’elles ne deviendront jamais réalité » et d’ajouter que la collaboration entre les deux pays sera possible si Nikolić « change d’attitude ». La ministre croate des Affaires étrangères, Vesna Pusić, avait qualifié les propos du Président serbe « d’absolument choquants et inacceptables ».

Le ministre des Anciens combattants, Predrag Matić, lui-même ancien combattant de Vukovar et prisonnier de guerre, a choisi un ton plus ironique : « je suis d’accord avec Monsieur Nikolić, il y a des rêves impossibles. J’ai rêvé de Claudia Schiffer, mais je me suis rendu compte que ce rêve ne serait jamais réalisé ».

Tomislav Nikolić a démenti avoir tenu ces propos, en dépit de l’enregistrement fourni par le journaliste, par une déclaration de son bureau qualifiant ces propos « de mensonges patents. La politique de Tomislav Nikolić sera de contribuer à la paix et la stabilité dans la région ».

Pour mettre un peu d’huile sur le feu, Nikolić a fait avaler leur salive aux dirigeants de la Géorgie avec ses propos tenus dans La Voix de la Russie le 26 mai dernier, en suggérant que Belgrade pourrait se joindre à la Russie, au Nicaragua, au Venezuela et aux quelques états des îles du Pacifique pour reconnaître les régions séparatistes de l’Abkhazie et de l’Ossétie du sud. Il a écarté toute similarité avec le Kosovo et les deux états séparatistes en déclarant que « le Kosovo doit rester sous l’autorité de Belgrade, alors que ces deux états séparatistes méritent leur indépendance ». Ces propos ont été tenus lors de sa visite à Moscou au cours de laquelle Vladimir Poutine a promis un prêt de 800 millions de dollars à la Serbie pour ses projets d’infrastructures.

Et le 29 mai à la télévision du Monténégro, Tomislav Nikolić a fait de la surenchère en déclarant : « je reconnais pour toujours l’existence du Monténégro, mais je ne reconnais pas la différence entre les Serbes et les Monténégrins ».

Mais ce qui a fait déborder le vase, c’est son affirmation que le massacre de Srebrenica n’était pas un génocide. Par la voix de sa porte-parole Pia Ahrenkilde, la Commission européenne a déclaré le 4 juin que « l’Union européenne rejette fermement toute tentative de réécrire l’histoire ». Elle a insisté sur la confirmation par la Cour internationale de Justice et le Tribunal pénal international pour l’ancienne Yougoslavie du génocide commis à Srebrenica en juillet 1995, quand les forces serbes de Bosnie ont massacré près de 8.000 hommes et garçons musulmans.