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Le Courrier des Balkans

Roumanie : le « coup d’État permanent », version Victor Ponta

Sur la Toile :
Mise en ligne : jeudi 5 juillet 2012
La coalition au pouvoir est passée à la vitesse supérieure dans la guerre qui l’oppose au président Traian Băsescu. Après avoir organisé la destitution des présidents du Sénat et de la Chambre des députés, Vasile Blaga et Roberta Anastase, en début de semaine, elle a lancée ce jeudi une procédure à l’encontre du président Băsescu, accusé de « saper la démocratie ».

Par Loïc Trégourès

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Le président Băsescu

Une semaine après la dispute entre le président Băsescu et le Premier ministre Victor Ponta sur la question de savoir qui représenterait la Roumanie au Conseil Européen (c’est Ponta qui y est finalement allé), la crise politique en Roumanie prend une tournure que les citoyens roumains, les diplomates étrangers et les autorités européennes ne s’attendaient pas à voir aussi rapidement.


Retrouvez notre dossier :
« Coup d’État institutionnel » en Roumanie : ras-le-bol social et crise politique 


Bien que le gouvernement Ponta ait fait récemment modifier la loi sur la destitution afin que le président puisse être destitué par référendum à la majorité des votants et non plus à la majorité des inscrits, la plupart des observateurs s’attendaient à ce qu’une telle manœuvre soit davantage rapprochée des élections générales de novembre prochain, d’où la stupéfaction des ONG, des diplomates et des autorités européennes.

Des ONG comme le Comité Helsinki ou Freedom House en ont d’ores et déjà appelé à l’Union Européenne face à ce qu’ils qualifient de « dérive autoritaire ». La Commission européenne, par la voix de Viviane Reading, s’est dite « très préoccupée » par la situation. Le ministère français des Affaires étrangères a pour sa part appelé au « respect des valeurs démocratiques et de la primauté du droit », un cinglant rappel vu l’admiration que Victor Ponta porte au président Hollande.

Il faut rappeler que depuis sa prise de fonction il y a deux mois, Victor Ponta s’est notamment signalé par le limogeage d’un grand nombre de hauts fonctionnaires et responsables d’agences publiques réputées proches du président Băsescu.

Alors que le FMI avait donné un satisfecit au gouvernement dans son rapport de fin juin, la presse économique s’inquiète une nouvelle fois de cette instabilité politique qui pourrait détériorer le cours du Lei, retarder le retour de la croissance, et saper la confiance des investisseurs étrangers par rapport à une Bulgarie voisine politiquement stable et fiscalement compétitive.

Dès ce mercredi soir, quelques centaines de personnes ont manifesté devant le siège du gouvernement, collectifs d’ONG défendant la démocratie comme soutiens du président Băsescu, tous dénonçant une tentative de coup d’Etat. En dépit de la forte impopularité de Traian Băsescu, le quotidien Romania Libera estime pour sa part que « ce que les dirigeants de l’USL oublient, c’est qu’avec cette arrogance et cette tentative de forcer la démocratie, ils risquent de perdre la confiance de la société civile et de transformer Băsescu en victime ».

Enfin, certains n’omettent pas de signaler que cette manœuvre précipitée n’est peut-être pas déconnectée du début de scandale qui touche Victor Ponta, après que le Conseil National pour la Certification des Titres, Diplômes et Certificats d’Université (CNATDCU) a reconnu que 85 pages de sa thèse de droit international avaient été plagiées. Or, après la démission forcée de ses deux ministres de l’éducation pour les mêmes raisons, Ponta avait toujours affirmé qu’il quitterait ses fonctions s’il était lui-même accusé de plagiat, mais il affirme aujourd’hui que ceci est un coup monté par Basescu, et qu’li est hors de question de démissionner. Dès lors, la procédure de destitution est-elle un contre-feu ?