La Grèce, berceau de la culture européenne, est visiblement plus qu’intolérante envers les minorités linguistiques qui vivent sur son territoire. Parmi les locuteurs minoritaires, seuls les Turcs sont reconnus comme tel par Athènes, grâce au statut particulier accordé aux minorités religieuses.
Par Breffni O’Rourke
Les autres langues minoritaires, bien qu’ignorées par les gouvernements successifs, reflètent la richesse de cette région de l’Europe au fil des siècles : les Aroumains, par exemple, comptant plusieurs dizaines de milliers de locuteurs en Grèce, rappellent la présence de l’Empire romain avec leur langue d’origine latine sur ce territoire au cœur de la route entre Rome et Constantinople. Les légions romaines se sont parfois installées sur leurs territoires de conquête, donnant naissance au peuple aroumain, dont la langue est très proche du roumain.
Parmi les autres langues minoritaires en Grèce, notons la présence du macédonien, une variante de l’albanais tosque nommé Arvanitika, et le Pomak, une version dialectale du bulgare utilisée par les bulgares islamisés vivant en Thrace grecque.
« Ces minorités n’ont aucun droit, aucun enseignement dans leur langue, pas d’écoles, pas de médias, ni le droit d’utiliser leur langue dans les rapports avec l’administration », déplore Johan Haegmann, du Bureau européen pour les langues moins répandues (BELMR), une ONG soutenue par l’Union européenne pour la défense des langues de l’Union qui ne sont pas reconnues officiellement dans les pays membres.
Selon le BELMR, les autorités grecques ne font aucun effort pour connaître le nombre de locuteurs des différentes langues parlées dans le pays : le dernier recensement faisant état des langues parlées par les citoyens grecs date de 1951.
Souhaitant attirer l’attention sur les problèmes et les enjeux de ces langues minoritaires, le BELMR a tenu récemment, sous l’égide du comité grec nouvellement formé, sa première conférence à Thessalonique. De nombreux journalistes ont assisté à l’événement ; leur présence laisse espérer une amélioration de la qualité de l’information auprès d’un peuple grec peu informé de la situation. « Espérons que cette initiative améliorera l’image des communautés minoritaires au sein de la société grecque et qu’elles ne seront plus considérées comme une menace. Notre message est simple : les langues sont une richesse et devraient être enseignées de concert avec la langue grecque, ici », ajoute Haegmann.
Bojan Brezigar, président du Bureau, poursuit : « honnêtement, la Grèce n’a pas atteint le niveau de ses partenaires européens en matière de reconnaissance des droits linguistiques » ; par exemple, la situation des locuteurs macédoniens est « terrible ».
« C’est pire que ce que nous pensions. Dans plusieurs régions où le macédonien est présent, il est impossible de le parler en public. Non seulement l’usage du macédonien avec l’administration n’est pas acceptée, mais une conversation en public dans cette langue est proscrite ».
Brezigar rappelle que dans l’une des régions qu’il a visité, les chansons macédoniennes n’étaient pas autorisées - une sorte de « génocide linguistique », estime-t-il. Selon le président du BELMR, si la volonté de la Grèce de maintenir une certaine cohésion nationale pouvait être légitime, il est temps de tourner la page : « nous avons entamé des pourparlers avec le gouvernement grec. Nous souhaiterions, par exemple, que la Grèce signe la Charte européenne des langues régionales et minoritaires ».
Porte-parole du ministère grec des Affaires étrangères, Nicolas Giotopoulos refuse de reconnaître l’existence de minorités dans le pays, sauf les Turcs : « certains estiment qu’il y existe en Grèce des minorités. En réalité, il y a des Grecs bilingues dans certaines régions du pays, qui ne se reconnaissent pas eux-mêmes comme faisant partie d’une minorité ».
Le Bureau européen a du travail sur la planche pour obtenir gain de cause dans ce dossier...













