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Le Courrier de la Bosnie

Football : Zlatan Ibrahimović et la Bosnie, je t’aime moi non plus

De notre correspondant à Sarajevo
Sur la Toile :
Mise en ligne : vendredi 20 juillet 2012
Le plus célèbre des footballeurs suédois vient de Bosnie. Zlatan Ibrahimović est né en 1981 à Malmö d’un père bosniaque et d’une mère croate. Lui qui a grandi dans les années 1990, quand la guerre faisait rage dans l’ancienne Yougoslavie, entretient des rapports ambivalents avec la terre de ses ancêtres. Portrait du footballeur le plus cher de l’histoire et immigré de seconde génération, ni vraiment Suédois ni vraiment Bosnien.

Par Rodolfo Toè

Sur son passeport, Zlatan Ibrahimović, n’est pas seulement suédois, il est aussi bosnien. Né en 1981 dans la banlieue de Malmö, le nouvel attaquant star du PSG version qatarie est d’origine bosniaque par son père, Šefik, et croate par sa mère, Jurka. Le garçon a grandi à Rosengård, quartier à forte concentration d’immigrés, avec ses trois sœurs et ses deux frères.


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Les Balkans et l’ancienne Yougoslavie ont toujours occupé une place complexe chez Ibrahimović. C’est d’abord la terre de ses ancêtres, celle d’un père qu’il a coutume de décrire comme « le Slave typique, fort et courageux comme un lion ». Zlatan conserve aussi des liens proches avec son oncle, Ibrahim, seul membre de la famille à être retourné chez les Ibrahimović, à Bijeljina, après la guerre et le nettoyage ethnique.

Surtout, il y a la petite équipe du FBK Balkan, créée en 1962 par des immigrés yougoslaves, où Ibrahimović a commencé à taper dans la gonfle. « Le Balkan était complètement différent des autres clubs de Malmö », se souvient-il. « Il y avait plein de ces Slaves complètement fous, qui buvaient du café et tiraient sur leurs chaussures. C’était magnifique, je me sentais comme chez moi ».

Mais le drapeau de la Yougoslavie communiste, toujours présent sur l’emblème du FBK Balkan, lui rappelle constamment la misère de Rosengård et les années difficiles aux cotés de ses parents divorcés. Dans sa récente biographie, qui est vite devenue un best-seller international, Zlatan raconte combien la vie était dure dans les années 1990 : « chez nous il n’y avait que la guerre, de la bière et de la musique yougoslave ».

À cette époque, Šefik passe ses journées à trimer. Dès qu’il rentre, il se met à boire et s’assoit près du téléphone, attendant des nouvelles de Yougoslavie, des amis restés à Bijeljina. « Les Serbes ont même occupé le taudis de mon père. La guerre le rongeait, il devenait fou d’en suivre les développements. Il restait là et il buvait, seul, en écoutant sa musique, dans l’attente d’un coup de fil. Je devais quitter la maison et me réfugier chez ma mère », poursuit Zlatan.

Le portrait d’Ibrahimović est celui d’un immigré de deuxième génération, dont les rapports avec sa terre d’origine sont ambivalents. À plusieurs reprises, il a déclaré se sentir citoyen suédois et a toujours esquivé les discussions à propos de sa nationalité. Parfois, il est arrivé que des journalistes de Bosnie-Herzégovine se plaignent de sa résistance à utiliser la langue de ses parents, qu’il parle pourtant bien.

Voilà sûrement pourquoi Zlatan Ibrahimović n’a jamais réussi à conquérir totalement le cœur des Bosniens. Aujourd’hui, c’est Edin Džeko qui occupe cette place, lui, l’enfant du pays, qui est né à Sarajevo et a grandi sous les bombes avant de briller sur les pelouses du monde entier et de faire la fierté de tout un peuple.

Ibracadabra, c’est autre chose. On dirait que son talent incroyable n’a pas de patrie, qu’il n’est ni vraiment suédois ni bosnien. Il est le capitaine incontesté de l’équipe nationale de Suède, mais il n’a rien à voir avec ces coéquipiers aux cheveux blonds. En Italie, où il a joué de longues saisons avec la Juventus, puis l’Inter et enfin le Milan AC, ses détracteurs l’appellent « Zingaro », le gitan. C’est aussi là qu’il s’est lié d’amitié avec d’autres footeux balkaniques : les Serbes Dejan Stanković et Siniša Mihajlović.

Peut-être aurait-il pu jouer avec l’équipe de Bosnie... « Si seulement on avait Ibrahimović et Džeko », se répètent souvent les supporteurs bosniens. Son père, Šefik, avait pris des contacts avec la Fédération bosnienne de football quand son fils avait un peu plus de dix ans. Il proposa qu’on mette à l’épreuve son petit Zlatan, qu’il trouvait déjà très doué... Mais personne ne l’écouta.

Vingt ans plus tard, le PSG a déboursé 20 millions d’euros pour s’attacher les services d’Ibracadabra et lui versera un salaire annuel de 15 millions d’euros net, le 2e plus élevé au monde. À 31 ans, Zlatan est aussi le joueur qui a coûté le plus cher de l’histoire du football en indemnités de transferts : 152,6 millions d’euros.