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Le Courrier de la Macédoine

Macédoine : chasse aux sorcières sous couvert de « lustration »

De notre correspondante à Skopje
Sur la Toile :
Mise en ligne : jeudi 9 août 2012
Chasse aux sorcières et « lynchage » public : telle est la nouvelle recette du gouvernement pour éliminer ses opposants, accusés d’avoir collaboré avec l’ancienne police politique yougoslave. Parmi les derniers noms jetés en pâture sur le site de la Commission de lustration figurent notamment celui de Vladimir Milčin, président de la Fondation Open Society en Macédoine.

Par Jacqueline Bisson

Vladimir Milčin, président de la Fondation Open Society en MacédoineÀ défaut de pouvoir mettre en prison tous ceux qui ne pensent pas comme eux, ainsi qu’ils l’ont fait avec Ljube Boskovski ou Velija Ramkovski, les dirigeants du VMRO DPMNE, au pouvoir depuis six ans, ont trouvé une nouvelle parade pour mettre en touche ceux qui gênent : la « lustration » de certaines personnalités publiques.

Vladimir Milčin, ancien doyen de la faculté des arts dramatiques et actuel président de la fondation Open Society (Georges Soros) en Macédoine, Slobodan Ugrinovski, dirigeant du parti politique des Forces de gauche titistes, élu au Conseil municipal de la ville de Skopje, Vangel Gagacev ancien juge de la Cour Suprême, ou l’ancien ambassadeur Mahi Nesimi figurent, avec d’autres, sur ces listes.

Après deux remaniements de la loi de lustration, la dernière version permet de « vérifier » les activités de certains citoyens exercé – ou ayant exercé – de hautes fonctions publiques jusqu’à l’année 2006 – date correspondant à l’arrivée au pouvoir du VMRO-DPMNE. Le dernier acte de cette farce s’est joué avec la mise en ligne sur le site internet de la Commission pour la vérification des faits de tous les dossiers des personnes soupçonnées d’avoir collaboré avec la police secrète yougoslave. Ainsi, les noms de ces anciens « collabos » ont été jetés en pâture, comme ceux d’agents de la Gestapo à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Tous les documents classés secrets et relatifs à leurs activités sont consultables en un seul clic...

Sur le fond, cette loi avait un objectif louable par l’ouverture de certains dossiers classés « confidentiels » sur les activités de personnalités publiques d’une certaine époque, comme cela à été le cas dans beaucoup de pays de l’ancien bloc de l’est. On peut néanmoins se demander quel était le but du gouvernement macédonien. Comment a été fait le choix des personnes à « vérifier » ? Pourquoi s’arrêter au moment de l’arrivée du VMRO-DPMNE au pouvoir ? En quoi la publication de ces dossiers a-t-elle un intérêt pour les citoyens macédoniens, préoccupés par sa situation économique et sociale ? Ne cherche-t-on pas à détourner l’attention de l’opinion publique des vrais problèmes économiques et sociaux du pays ?

Après avoir lancé des mois durant une véritable « chasse aux sorcières », épinglant une partie des opposants trop bruyants, la Commission dite de « vérification des faits » ressemble plus à un bras armé du gouvernement qu’à un organe indépendant pouvant faire un réel état des lieux de ce qui a pu se passer à une certaine époque.

Une autre question vient à l’esprit de toute personne attachée aux valeurs de liberté et de la dignité humaine : après avoir mis en ligne sur un site internet spécial la liste des pédophiles recensés et condamnés par le ministère de l’Intérieur (dans le but de permettre aux parents de connaitre leur identité), voici maintenant jeté en pâture des dossiers contenant des informations personnelles sur les « lustrés ». Tout ceci est ordonné par le gouvernement, qui par ailleurs fait des campagnes sur la protection de la vie privée et des informations personnelles... Pourtant, aucune association ou ONG de défense des droits de la personne ne dit mot sur cette nouvelle pratique. Que se passe-t-il donc dans la société macédonienne ?