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Opinions
Intégration européenne de la Croatie : soyons bon élèvePar Emmanuel Nekic
Mise en ligne : lundi 24 février 2003
La Croatie est maintenant candidate au statut de candidat. C’est à la fois un « grand bond en avant » et un non-événement. Comme un apprenti présentant son chef d’œuvre à ses tuteurs, l’élève Racan est allé présenter son chef d’œuvre dans les principales capitales influentes. Il a reçu une réponse invariable et positive : oui, la Croatie a sa place au sein de la grande famille européenne ; mais elle doit encore étudier et patienter.
Mais tout reste à faire, et en premier lieu bien gérer le temps politique. Lire les quotidiens croates peut donner une impression erronée : il semblerait que Bruxelles a les yeux rivés sur Zagreb. Or rien n’est plus faux. Bruxelles recrute massivement des Polonais, des Hongrois, des Tchèques et autres Centre-européens. La représentation croate ne compte encore que cinq personnes dans la ville pluvieuse du soleil communautaire. Tout reste à faire : la reprise de l’acquis communautaire, les privatisations douloureuses en termes sociaux mais bénéfiques économiquement et surtout, l’avancée du patriotisme européen. On peut se demander si une société qui remplace les héros du champ de bataille par les dieux du stade - voir le double cas Kostelic - peut ajouter une couche patriotique supranationale à son nationalisme local. Il y a dix ans, l’intellectuel français Alain Finkielkraut écrivait un petit livre intitulé : Comment peut-on être Croate ? Aujourd’hui, quelqu’un pourrait se demander Comment peut-on être Croate et Européen ? Les Croates, avant même de faire les yeux doux à toutes sortes d’experts, doivent se demander dans quel « construction européenne » ils désirent vivre. Car il existe un large éventail de modalités entre un simple marché unique et une union politique sophistiquée. Ce début de XXIe siècle ressemble à 1848 : une poignée d’audacieux et d’idéalistes brandit des slogans et tout le peuple les croit. Espérons que ces espoirs ne seront pas déçus. Et le premier antidote contre la déception, c’est de ne pas attendre trop des autres. L’Europe doit encore régler bien des questions - l’Irak, sa constitution, le premier élargissement à l’Est... Soyons de bons élèves, appliqués et discrets, et nous recevrons les fruits de nos efforts dans deux à cinq ans. |