Logo le Courrier des Balkans, le portail francophone des Balkans
filet
Grèce : la grève des transporteurs routiers paralyse le pays - Kosovo : Eulex perquisitionne le domicile d’un ancien chef de l’UÇK - Bosnie : Londres rejette la demande d’extradition d’Ejup Ganić vers la Serbie - Déclaration de paix des associations tsiganes de France - Kosovo : un général français chasse l’autre à la tête d’Eulex - Croatie : commémorations du soulèvement antifasciste de Srb - 
Balkanophonie Abonnez-vous
La boutique en ligne A propos Livres ong liens Agenda
forums
Adevarul

Le vrai Ion Iliescu

Traduit par Ioana Campean (Courrier de la Roumanie)
Sur la Toile :
Publié dans la presse : 15 février 2003
Mise en ligne : lundi 3 mars 2003
Ion Iliescu, le Président de la République roumaine, est partout, actif sur tous les fronts. Celui qui veut être le « Président des pauvres » n’hésite pas à s’attaquer à la corruption et aux barons de son propre parti.

Par Rodica Ciobanu

Il n’est pas seulement omniprésent, mais semble être à plusieurs endroits en même temps. À l’heure du coucher, on le laisse à Washington, et au lever, on constate qu’il a défié les de fuseaux horaires et qu’il se trouve déjà à Tokyo. Entre deux vols, il a pu respirer une bouffée d’air du pays et prononcer une déclaration allègre, depuis l’aéroport d’Otopeni. En une journée normale, il reçoit quelques ambassadeurs, court à une séance de bilan, préside une réunion, visite une entreprise, rencontre les jeunes élites intellectuelles, participe à une cérémonie, donne une interview à la télé, pour en finir à la lumière de la veilleuse, à prendre des notes pour la quatrième partie de son livre de mémoires. Il parle de tout. Depuis le phénomène de la germination, en passant par la mécanique des fluides, il explique l’effet de serre, développe le concept de globalisation, fait une dissertation sur la Nouvelle et l’Ancienne Europe, compare les PIB des Etats africains puis, en une volute enivrante, aborde les retraites insuffisantes, la corruption et la bureaucratie de chez nous. Les journalistes qui l’accompagnent, tous jeunes, s’évanouissent vers la moitié du programme et supplient Dieu que Ion Iliescu prenne une semaine de relâche.

Mais le président Iliescu n’envisage point de se reposer. Il est d’un dynamisme débordant et montre un visible changement d’attitude : incisif et curieux, il ressemble très peu à ce Iliescu de 1995, qui évitait de prononcer le mot « corruption » à propos du Parti Social-démocrate de Roumanie (PSDR). Il n’en ressemble moins non plus à celui qui, en 1997, défendait Gabriel Bivolaru des griffes de la loi. Il ne cherche plus à tout pris le consensus avec son propre parti, il ne trouve plus d’excuses au gouvernement dans l’héritage des régimes antérieurs, il n’évoque plus les « inhérentes difficultés de la transition », afin d’apaiser le mécontentement des gens.

Maintenant, il observe, mais il ne se tait plus. Dès le début de cette année, il a réussi à provoquer au moins trois événements. Par une opposition ferme, il a forcé le Premier ministre Adrian Nastas à renoncer aux élections anticipées, même si celui-ci avait convaincu les chefs du PSDR de leur utilité, et s’était lancé dans une campagne publique. Par un tir de questions bien pointées restées sans réponse, il a déterminé, en pleine séance de bilan de l’Inspectorat Général de Police, obtenu la démission du chef de la Brigade anti-drogue et puis celle du chef des Douanes. Par son appel insistant « Séparons les eaux, camarades ! », il a créé une vague de révolte dans le parti de gouvernement, mais il a conduit l’exécutif vers l’adoption d’une norme sans équivoque : les parlementaires ne sont plus admis dans l’Association Générale des Actionnaires ou dans le Conseil d’Administration des entreprises d’État ni des entreprises privées.

Et le Président n’envisage pas à s’arrêter là. Il a des opinions claires concernant la manière de réviser la Constitution, il demande la limitation au maximum de l’immunité, la prévention de la migration politique et le retrait de la proposition selon laquelle le Parlement peut être dissout à la demande du Premier ministre. Voilà encore autant de points de désaccord avec le PSDR.

Ce qui fait que Ion Iliescu apparaît comme une personne nouvelle est la conjoncture politique dans laquelle il évolue. Il effectue son dernier mandat présidentiel. Il a annoncé qu’il ne va plus se porter candidat, et que le pouvoir exécutif ne l’intéresse plus. Donc, il n’a plus rien à perdre, s’il s’oppose, sur des questions délicates, au parti auquel il a été lié pendant douze ans. L’appui de celui-ci ne lui est plus nécessaire, car il n’y a plus d’autre mandat pour lui, et il reste évasif à propos de son éventuel retour au sein du PSDR. D’ailleurs, le parti de maintenant, avec sa multitude d’hommes d’affaires et de barons, lui est étranger. Ion Iliescu aimeraitavoir un parti des ouvriers, un front populaire, et lors de l’assemblée du parti à Snagov, il a exprimé ce désir, en recommandant que des ouvriers et des paysans soient reçus dans le parti, pour que leur voix soit entendue. Comment pourrait-il faire un retour à un poste d’autorité dans le PSDR, un parti qui aspire à capter la classe moyenne et les couches aisées, et qui est hostile, à son sommet, au « Président des pauvres » ? Mais ce qui est bien clair est quelque chose que le président a déjà avoué : il veut rester actif en politique. Ion Iliescu est resté actif pendant cinquante ans, et il ne peut pas s’imaginer en dehors de l’arène. Or, pour continuer à rester dans ce milieu, il doit achever son mandat en force, et continuer d’apparaître dans la conscience publique comme le leader des masses, celui qui a eu la force de démasquer les abus et de commencer l’assainissement politique.

Il perd le soutien d’une partie du PSD, mais il gagne en popularité. Déjà, selon le dernier sondage CURS, sa cote est en hausse, devançant Adrian Nastase de 7%. Et rien ne lui barre le chemin, lorsqu’il se déchaîne dans le langage du peuple : il fait la guerre contre la bureaucratie, contre les parlementaires-patrons, il demande qu’on prenne aux riches pour donner aux pauvres, il a du temps pour un petit bavardage avec les retraités et il convoque le ministre des Finances pour trouver des solutions. Son instinct lui dicte exactement ce que les masses veulent entendre, même si parfois il doit exagérer ou rompre avec les modèles, et il éprouve toujours un délice à plonger dans des baignes de foule. Dépourvu de contraintes, il se manifeste selon sa vraie nature, et la politique devient ainsi pour lui l’énergisant le plus puissant. Le PSDR risque d’apprendre de Ion Iliescu comment son président « de cœur » peut devenir son rival le plus redoutable.

Dans le même pays

Dans le même journal