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Sondage IMAS, en exclusivité pour Evenimentul Zilei
Entretien avec Alin Teodorescu, de l’IMAS
Evenimentul Zilei [EZ] : Comment s’explique le fait qu’un grand nombre de Roumains s’opposent aux attaques sur l’Irak, avec ou sans l’approbation de l’ONU ?
Alin Teodorescu [AT] : Le public roumain est un public normal. Des États-Unis à l ’Australie, le public s’oppose aux attaques et aux agressions militaires.
EZ : Un sondage fait aux États-Unis montrait récemment que 70% du public est favorable à une attaque de l’Irak et au départ de Saddam Hussein…
AT : Regardez comment ils ont posé leurs questions. Ils parlent de l’attaque sur l’Irak. Nous n’avons pas parlé de qui attaque l’Irak. Notre question se réfère à faut-il attaquer l’Irak, avec ou sans l’accord de l’ONU.
EZ : Et si vous aviez mentionné, dans votre question, que l’Irak serait attaqué par les États-Unis, aurions-nous eu un renversement des opinions en faveur de l’attaque ?
AT : Premièrement, l’Irak a été attaqué par une coalition, et non pas par les États-Unis. Bon, il s’agit des États-Unis et de la Grande-Bretagne. Les autres membres ne sont pas présents sur le front.
Il y a 30 pays qui forment cette coalition. Peut-être que les réponses auraient été différentes si la question avait été posée d’une autre manière. On pourra le faire en avril.
EZ : Quelle est la question que vous auriez dû poser pour que les réponses comportent de grosses différences ?
AT : Je ne pourrais pas vous répondre pour l’instant. Mais ce que nous avons constaté est que 25% du public roumain a considéré qu’une attaque de l’Irak approuvée par l’ONU aurait dû être soutenue, ce qui représente l’un des plus grands pourcentages en Europe de l’Est.
EZ : Un sondage Gallup donne une grande majorité de Roumains en faveur d’une intervention en Irak. Comment expliquer cette différence ?
AT : Je n’ai pas vu cette enquête…
EZ : Les hommes politiques citaient ce sondage en affirmant que les Roumains ont des visions qui diffèrent, entre la guerre au Kosovo - qu’ils ne soutenaient pas - et la guerre en Irak - qu’ils soutiennent.
AT : Un public quelconque, un public normal a des réactions normales. Cela fait qu’aucune personne sur cette Terre ne peut être d’accord avec la guerre, car elle n’apporte que de la souffrance.
EZ : Même s’il s’agit d’une guerre qui permettra de déposer un dictateur ?
AT : C’est bien le problème. Le gouvernement roumain a assumé ses responsabilités en se plaçant aux côtés de la coalition dans cette guerre. C’est une décision politique soutenue par 25% du public roumain. Cette décision politique a été très bien reçue sur le plan international, ou a tout au moins, par une partie du milieu international.
EZ : Pourquoi donc il y a-t-il tant d’opposants, alors que la majorité des médias roumains, surtout les télévisions, mais aussi la presse écrite, ont semblé être - à la différence du moment Kosovo - en faveur de la guerre ou tout au moins neutres et que très peu sont contre ?
AT : Cela en dit beaucoup sur l’influence réelle des médias…
EZ : Et que devraient comprendre les acteurs politiques au pouvoir, à la lecture de ce sondage ? Devraient-ils changer leur politique ? La nuancer en faveur de la France et de l’Allemagne ?
AT : Le gouvernement de la Roumanie a fait exactement ce qu’il devait faire : il a tenu sa parole devant l’OTAN. Et ce qu’il a fait, il l’a fait correctement. Le gouvernement roumain ne peut pas convaincre le public roumain qu’une guerre est meilleure que des négociations diplomatiques.
EZ : Mais le gouvernement de la Roumanie ne risque-t-il pas de faire marche arrière, dans ces circonstances où la plupart des Roumains ne sont pas d’accord avec l’attaque sur l’Irak sans une approbation de l’ONU ? Ou de nuancer sa position ?
AT : Non, il ne doit pas faire marche arrière. Il ne doit pas nuancer sa position, car il a assumé une certaine responsabilité devant les organismes internationaux. A mon avis, le gouvernement a fait précisément ce qu’il fallait : il a tenu sa parole devant les Alliés, et le public roumain pense, lui aussi, correctement. La paix vaut mieux que la guerre.
EZ : Comment est-ce possible ? Le Gouvernement a raison, et la population aussi ? Quelqu’un doit bien se tromper, non ?
AT : Voilà la grande question. Qui est-ce qui a tort dans cette guerre ? Il y a quelqu’un qui a bien tort, mais ce n’est pas le public roumain, et ce n’est pas le gouvernement roumain non plus.
Et pourtant, les politiciens nous l’ont expliqué : la population a de toute manière une autre perspective, car la guerre en Irak est loin de chez nous, elle ne nous affecte pas. Deuxièmement, les Roumains savent ce que c’est qu’une dictature, et ils sympathisent avec la cause de cette guerre.
Je ne pourrais répondre à cette question. C’est ce que le public pense : que c’est mieux d’avoir la paix que la guerre. En même temps, le gouvernement de la Roumanie a bien fait ce qu’il a fait. Il a conduit la Roumanie vers l’OTAN et il a tenu sa parole devant les alliés actuels. Donc, tout est correct, tout est parfait. Mais les médias roumains ont compris que si nous avons tenu notre parole devant les Alliés, cela veut dire que nous pouvons convaincre le public que la guerre vaut mieux que la paix. Cela ne se passera pas.













