A l’occasion de la « Journée du Courrier des Balkans », le CdB invitait le premier mars dernier huit intervenants - universitaires et journalistes - sur le thème de l’intégration et des perspectives européennes pour la péninsule balkanique.
Le CdB tient ici à remercier Cyril Hauland Groenneberg pour la retranscription de cette rencontre.
Intervenants :
Nadège RAGARU : Chercheur à l’I.R.I.S. (Institut de Relations Internationales et Stratégiques)
Catherine SAMARY : Professeur à l’Université Paris Dauphine
Nikola PETROVIC-NJEGOS : Prince du Monténégro
Marcel COURTHIADE : INALCO, Union Romani Internationale, Romani Baxt
Christophe CHÂTELOT : Journaliste au Monde
Semih VANER : Directeur de recherche au Centre d’Études et de Recherches
Internationales (C.E.R.I.) et à la Fondation Nationale des Sciences Politiques (F.N.S.P.)
Philippe DURON : Président du Courrier des Balkans
Christophe CHICLET : Animateur du Courrier des Balkans
Débat animé par Jean-Arnault Dérens, rédacteur en chef du Courrier des Balkans
Intervention de Christophe CHÂTELOT, journaliste au Monde
Je voudrais d’abord commencer par dire qu’il est aujourd’hui un peu tôt pour savoir si l’arrivée de dix nouveaux membres constitue une chance pour les pays du Sud Est de l’Europe ou si cette arrivée est trop tardive pour changer quoi que ce soit pour ces pays. Cela étant, le processus d’élargissement à dix nouveaux membres implique la réforme des institutions de l’U.E., et pose la question de la capacité de l’Europe à intégrer ce mouvement d’adhésion, sachant que la prise de décision à 25 membres sera plus difficile à l’avenir. L’hypothèse d’une intégration réussie relève plus d’une décision politique qu’économique, du fait que les nouveaux pays membres ne sont pas encore au niveau économique, social, et politique des pays membres actuels. Il leur reste en effet d’importantes réformes à accomplir pour se mettre à niveau.
Si tout se passe bien, les pays du Sud-Est Européen devraient faire partie de la « seconde vague » d’adhésion à l’Union Européenne, du fait que des pays comme la Bulgarie et la Roumanie sont des pays candidats depuis plusieurs années. Il leur restera également à engager des réformes importantes, tant leur retard est patent dans plusieurs domaines. L’année 2007 est donc une date à considérer comme plus indicative qu’autre chose concernant ces pays. Dernièrement, il est intéressant de noter que la déclaration de Jacques CHIRAC à propos du positionnement de ces pays candidats par rapport à la seconde guerre du Golfe a beaucoup choqué. Il s’agissait en fait d’un chantage pur et simple consistant à dire : « soit vous vous alignez sur nous, et tout va bien, soit dans le cas contraire le processus d’intégration pour votre pays risque d’être remis en cause ». Preuve que d’ici 2007, beaucoup de choses peuvent changer.
Concernant les Balkans proprement dits, la Croatie a soumis sa candidature officielle il y a deux semaines pour 2007.
La « troisième vague » d’adhésion devrait concerner le groupe de pays restant dans les Balkans, c’est-à-dire les anciennes républiques de Bosnie-Herzégovine, du Monténégro, de la Serbie, et de la Macédoine. La politique de l’Union Européenne en direction de ce troisième groupe de pays se caractérise par l’absence de politique extérieure conséquente envers ces pays toujours profondément en crise. Il n’empêche qu’une fois la guerre terminée et les accords de Dayton signés, l’Union Européenne a défini des règles pour « stabiliser » la région. C’est ainsi que dès 1996, le processus dit de Royaumont [?] a défini des critères que ces cinq pays des Balkans devaient remplir par rapport aux Droits de l’Homme, et à la protection des minorités, pour avoir des relations « normales » avec l’Union Européenne dans une « première étape ». Puis en 1999, Bruxelles a eu une approche plus « régionale » du problème, par le biais d’accords bilatéraux devant permettre une relative « stabilisation » de la région. Dans le schéma conçu par la commission européenne, ces accords constituent une étape intermédiaire pouvant préfigurer une future adhésion à plus ou moins long terme. Ils présupposent également l’existence au préalable d’une coopération régionale minimale entre les pays autrefois belligérants afin de renforcer la stabilisation et la « normalisation » des pays de la zone des Balkans.
Des quatre pays cités faisant partie de la « troisième vague », la Croatie se détache incontestablement, preuve en est que dernièrement ce pays a officiellement présenté sa candidature d’adhésion à l’Union Européenne. Par contre, la candidature de la République de Serbie-Monténégro est certainement la moins évidente des quatre, au vu du passé de cette dernière. Il ne reste pas moins que Bruxelles tient un discours ambigu vis-à-vis des pays candidats, en jouant à la politique de la poule et de l’œuf : l’adhésion à l’Union Européenne est-elle un préalable au règlement des problèmes des Balkans, ou le règlement du problème dans les Balkans est-il un préalable à l’adhésion à l’Union Européenne ?
Il n’en reste pas moins que, pour finir sur une note optimiste, Romano PRODI a clairement laissé entendre que les pays du sud-est européen sont amenés à intégrer l’Europe à plus ou moins brève échéance, ce qui n’est pas le cas pour des pays comme la Moldavie ou l’Ukraine par exemple.
Intervention de Nadège RAGARU, Chercheur à l’Institut de Recherche Internationale et Stratégique (I.R.I.S.)
La déclaration de Jacques CHIRAC condamnant l’attitude de certains pays de l’Europe orientale qui se sont alignés sur la position des Etats-Unis pour l’intervention armée en Irak a produit un certain choc au sein de ces pays. Mais, au-delà de l’incompréhension française exprimée abruptement par Jacques CHIRAC, il faut essayer de comprendre les motivations qui ont conduit à une telle prise de position.
Si l’on prend le cas de la Bulgarie par exemple, on peut déceler au moins quatre sortes de considérations qui ont milité en faveur du soutien de la position américaine par rapport à la guerre en Irak :
d’abord une considération d’ordre géopolitique : l’intégration à l’O.T.A.N. reste une priorité pour la Bulgarie, complémentaire à celle d’intégrer l’Union Européenne ;
ensuite, la configuration dans laquelle se situe ce pays est que seules les grandes puissances décident, et dans ce cadre ce sont les Etats-Unis qui décident, la plus grande de ces grandes puissances ;
puis, la perception des Bulgares est que les Etats-Unis ont eu une action crédible et efficace dans les Balkans, contrairement à l’Europe ;
enfin, la Bulgarie a son propre rapport avec la chute du communisme, qui est tombé en partie grâce à l’action des Etats-Unis, qui se situe dans le camp de la « modernité ».
Autrement dit, nous sommes là dans le cadre d’une intégration euro-atlantique, où l’entrée dans l’O.T.A.N. est aujourd’hui un préalable incontournable à toute adhésion ultérieure à l’Union Européenne, et constitue le gage d’un ancrage solide à l’ensemble occidental. Dans ce contexte, il convient de remarquer que même le Parti Socialiste bulgare s’est prononcé favorablement à l’entrée dans l’O.T.A.N.
Il ne faut pourtant pas se tromper sur l’interprétation à donner à cet élargissement de l’O.T.A.N. : celui-ci ne se fait pas essentiellement pour des raisons de sécurité, mais comme simple passage obligé pour accéder à la société de consommation à l’occidentale. L’adhésion à l’Union Européenne est donc convoitée pour la richesse qu’elle est censée apporter, même si cette adhésion s’effectue dans le cadre d’un système néo-paternaliste imposé pour les pays candidats comme la Bulgarie.
Un autre élément à prendre en compte concerne la politique extérieure française, qui, à travers le positionnement franco-allemand, tend à accréditer l’idée qu’il ne peut exister qu’un dialogue entre puissances.
Enfin, il convient de remarquer qu’il existe en Bulgarie comme ailleurs une différence entre l’opinion publique et son gouvernement, à savoir que l’opinion publique ne veut pas de la guerre, même si elle ne le manifeste pas par de grandes mobilisations populaires.
Intervention de Semih VANER, Directeur de recherche au Centre d’Études et de Recherches Internationales (C.E.R.I.) et à la Fondation Nationale des Sciences Politiques (F.N.S.P.)
Je voudrais vous livrer quelques éléments de réflexion sur la Turquie dont a possible adhésion à l’Europe pose des problématiques plus régionales ou plus universelles selon les cas.
Par rapport aux Balkans, je voudrais rappeler que ce terme vient du Turc, ce qui témoigne des traces démographiques et historiques laissées par l’Empire ottoman dans cette partie de l’Europe. Cela montre également qu’il est incontestable qu’il existe une présence turque en Europe orientale qui perdure encore aujourd’hui. Il ne faut pas oublier que l’Empire ottoman a toujours été historiquement plus tourné vers les Balkans que vers le Moyen-Orient.
Cela dit, l’élargissement de l’union Européenne vers les pays d’Europe centrale et orientale rendra plus difficile l’adhésion de la Turquie, en ce sens que le processus décisionnel sera plus lourd à 25 membres, sachant que la question de la Turquie est loin de faire l’unanimité.
En effet, on sait que parmi certains pays membres, la thématique de l’Union Européenne et a fortiori celle de l’Europe comme « club chrétien » a été développée. Un autre argument développé allant à l’encontre de l’adhésion de la Turquie concerne la question triangulaire de la Grèce, de la Turquie, et de Chypre, étant donné qu’il existe un contentieux entre la Grèce et la Turquie proprement dite (sur la mer Égée, le plateau continental, l’espace aérien…), et un autre à propos de Chypre, qui fait partie des dix nouveaux pays candidats à l’adhésion à l’U.E. Sur ce point, il faut bien être conscient que plus la Turquie sera laissée à l’écart du « club européen », et plus elle aura une attitude intransigeante envers Chypre.
En attendant, le rôle de la Turquie au sein du Moyen-Orient est en recomposition, et une adhésion de la Turquie au sein de l’U.E. mettrait l’U.E. en prise directe avec le Moyen-Orient.
Intervention de Christophe CHICLET, animateur du Courrier des Balkans
Pour faire le lien avec ce qui a été dit précédemment, il faut savoir qu’en ce moment, c’est la Grèce qui a la présidence de l’U.E., et que c’est le 16/04/2003 que sera ratifié le traité d’adhésion des dix nouveaux pays membres.
En attendant, le président américain Georges W BUSH est dans l’optique d’une guerre contre l’Irak, et a reçu le soutien d’un certain nombre de pays européens dont le Royaume-Uni, l’Espagne, le Portugal, et d’autres pays candidats à l’adhésion.
Dans ce contexte, la présidence grecque est pour le moins mal engagée avec en plus le dossier chypriote qui se présente d’emblée comme un cas d’école dans une Union Européenne divisée.
Un bref retour sur l’histoire chypriote permettra de mieux comprendre les enjeux en présence. L’île de Chypre est constituée en République indépendante depuis 1960, mais est toujours restée divisée entre des volontés affirmées de rattachement à la Grèce et à la Turquie. De fait, dès les années 1962-63, soit peu de temps après son indépendance, des troubles intercommunautaires sont apparus entre les Chypriotes turcs et grecs. C’est en août 1974 qu’a lieu l’invasion de l’île et le premier changement de frontière en Europe depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, entraînant l’intervention des casques bleus de l’O.N.U. C’est ainsi que Chypre va entrer au sein de l’Union Européenne comme un pays divisé, dans lequel les Chypriotes turcs ne se reconnaissent pas forcément, du fait que la Grèce est dans l’U.E., mais pas la Turquie. Pour autant, la société civile chypriote turque est favorable à une réunification, perçue comme un pas en avant vers l’Europe.
Comme on vient de le voir, le cas chypriote est un cas d’école intéressant par rapport à l’ex-Yougoslavie, sachant qu’en cas de résolution du problème chypriote, les relations gréco-turques s’amélioreront, et les Balkans ne s’en porteront que mieux.
Intervention de Catherine SAMARY Professeur à l’Université Paris VIII Dauphine
Aujourd’hui, avec l’intégration des dix premiers candidats, nous arrivons à une Europe à 25 membres. Si cet élargissement n’est pas porteur d’une stabilisation de l’Union Européenne, il va apporter une interrogation de base également nécessaire pour un futur élargissement aux Balkans.
À ce stade, il convient de regarder de plus près les critères de l’élargissement à l’U.E. tels que définis à Copenhague en 1993 qui tiennent en trois grands points.
Le premier critère est un critère politique, qui tient compte de l’avancée politique vers la démocratie sous deux angles : celui du pluralisme politique et du respect des minorités. Si l’on peut dire que le pluralisme politique est un fait acquis aujourd’hui, ce n’est pas toujours le cas pour le respect des minorités comme en Macédoine ou au Kosovo par exemple. À ce sujet, il convient de se demander si le modèle politique d’État-nation tel que développé en France, Grande-Bretagne, Allemagne, ou Espagne est à développer dans les Balkans. De ce point de vue, un pays comme la Macédoine est aux antipodes d’un pays comme la France par exemple.
Le deuxième critère défini à Copenhague concerne la capacité des États à affronter la concurrence, ce qui n’est pas le cas pour la majorité des dix pays candidats, si l’on excepte le cas un peu à part de la Slovénie, quand on voit que les balances commerciales de ces pays sont en déficit avec l’Union Européenne. Les pays les moins mal lotis en matière économique sont les pays ayant fortement investi pour leur Éducation, la recherche, et la science.
Le troisième critère concerne l’acquis communautaire à « transférer » aux nouveaux pays candidats. Cela concerne tout particulièrement la Pologne avec la P.A.C. (Politique Agricole Commune), du fait de l’importance de l’agriculture dans ce pays. Le problème est que le modèle social européen construit dans l’après-guerre est remis en cause par la construction européenne qui se fait sur un mode libéral, donc en opposition aux différentes dispositions du Code du Travail en vigueur et contre les Services Publics existants.
Dans ce contexte, il existe une double incompréhension, entre les Occidentaux qui pensent que ceux de l’Est ne sont intéressés que par l’argent, et les pays de l’Europe centrale et orientale qui pensent que les occidentaux veulent leur impose leur façon de faire dans le cadre d’un néo-paternalisme.
Aussi existe-t-il quelques incertitudes sur le résultat des votes qui peuvent traduire quelque chose d’autre qu’un repli nationaliste. Il convient donc de trouver les moyens de convergence pour construire une Europe intégrant la dimension sociale par le haut, et pas seulement la seule dimension monétariste.
Avec les accords de Kumanovo du 10/06/1999 sur le Kosovo et la Yougoslavie de l’époque (aujourd’hui République de Serbie-Monténégro), et la chute de MILOSEVIC en 2000, la désillusion est grande en Serbie quant à la possibilité d’une aide réelle à apporter à ce pays par les occidentaux.
Autre grande question : à quoi sert le Pacte de stabilité s’il n’aide pas au développement ? Car la philosophie des instruments économiques et de l’aide économique devrait être de soutenir les micro-crédits pour l’industrie et les services à développement rapide, et aider le développement du tissu industriel et associatif local. Or, force est de constater que le bilan est négatif sur le plan de critères de convergences européens sacrifiant la santé, les services Publics, l’éducation, et donc le long terme.
Une autre conception de l’Europe est à trouver pour définir des critères de convergence tirant le social vers le haut.
Intervention de Marcel COURTHIADE, d’INALCO, Union Rromani Internationale, Rromani Baxt
La minorité rrom représente environ dix millions d’habitants sur l’ensemble de l’Europe, dont la moitié est localisée dans les Balkans. L’Europe est donc le second « berceau » de la civilisation rrom, après celui de la Russie. La particularité du peuple rrom est de constituer une minorité importante, sans territoire compact propre. Cela dit, d’autres minorités existent en Europe comme les Ashkalis, les juifs, ou les Arméniens par exemple.
Le problème des Rroms est qu’ils sont trop souvent perçus comme une minorité locale, alors que c’est un peuple présent un peu partout en Europe.
Il en découle un problème de représentation de leurs intérêts (pas de partis politiques rroms), bien que des associations existent, mais qui servent souvent d’alibi comme au Kosovo par exemple.
Les Rroms connaissent une situation dramatique du fait de leur exclusion de tout le système éducatif, de la santé et des Services Publics en général.
Intervention de Nikola PETROVIC-NJEGOS, Prince du Monténégro
Aujourd’hui, nous vivons le temps des incertitudes, non pas simplement sur les questions institutionnelles, mais sur la question des valeurs. Il semble que de ce point de vue, Porto Alegre inaugure une autre phase dans l’histoire des peuples.
Au niveau de l’Union Européenne, il se pose nécessairement une question : tous les pays peuvent-ils en être candidats ? Les Etats-Unis pourraient-ils y être candidats ?
Il faut se rappeler que l’adhésion à l’U.E. signifie adhérer à des valeurs communes. Mais j’ai bien peur que l’on invite des pays comme le Monténégro ou les pays des Balkans à adhérer à l’U.E. à l’aide d’arguments qui confinent à la paresse intellectuelle, c’est-à-dire disposer les mêmes voitures qu’à Paris, Berlin, Rome, Madrid ou Bruxelles ! Et il n’est pas exagéré de dire que les institutions européennes encouragent cette situation. Cela est le résultat du déficit démocratique qui existe entre les institutions des pays européens et la base de leur pays respectif.
Cela est flagrant par exemple en ce moment en Espagne où il existe un décalage total entre l’opinion qui se manifeste contre la guerre à 70-80 %, et un gouvernement pourtant démocratique qui prend position contre l’opinion de son peuple qui l’a élu.
Le même processus est à l’œuvre au niveau de la construction européenne qui se fait au détriment de la démocratie réelle. L’Europe existe en dehors des bureaucrates de Bruxelles.
Mais les pays des Balkans constituent une sorte de « protectorat européen », protectorats qui ne pourraient pas vivre sans l’aide européenne. C’est une façon d’être européen sous une forme « néocoloniale ».
Valery GISCARD D’ESTAING est à la tête d’une réflexion sur les valeurs et la future constitution européenne. Le problème qui se pose est celui du retrait du volet culturel de chaque État, sachant que la culture est un domaine qui concerne chaque État, même si un espace culturel commun peut exister avec une créativité propre à chaque État.
L’Europe puissance existe à travers la culture, l’environnement, et la réappropriation de son histoire commune.
Le réseau associatif constitue à cet égard la concrétisation à petite échelle de cet espace de culture et de convivialité. Il convient de continuer à échanger, et coopérer à la base pour sortir du sentiment d’impuissance et d’abandon.
Intervention de Philippe DURON, Président du Courrier des Balkans
Faire l’Europe, cela doit vouloir dire construire un espace de paix et de prospérité. En ce sens, vouloir intégrer dix nouveaux États supplémentaires est un pari ambitieux, dans un contexte de plus en plus complexe caractérisé par une phase de bouleversement géopolitique, dont l’ex-Yougoslavie a constitué un point paroxystique.
Concernant les Balkans, toute la difficulté tient en l’intégration d’une zone de turbulence dans un espace de stabilité, tant les autres États des Balkans appartiennent à une « autre Europe », excepté la Slovénie.
Dans ces pays, le système administratif, politique est à reconstruire, et cela ne pourra se faire sans l’aide de l’Union Européenne.
Mais s’il ne fait aucun doute que l’espace européen est en croissance et en cours de forte intégration économique, en revanche, l’élargissement fait planer le doute sur le fonctionnement des institutions et la clarté du projet européen. La conséquence de tout cela est l’existence d’un « euro désenchantement » au cours des douze dernières années. Cela dans un contexte difficile de croissance modeste du P.I.B. à + 2,5 %, alors que l’intégration européenne de nouveau pays nécessite d’importants transferts financiers. À ce sujet, il faut se souvenir de la réunification de l’Allemagne qui s’est avérée plus problématique que prévu en 1990.
L’euro-atlantisme qui s’est manifesté dernièrement avec l’affaire irakienne en Europe est révélateur d’une double aspiration à la stabilité et à prospérité économique. Le président de la République macédonienne GLIGOROV était désireux d’intégrer l’Union Européenne avant l’apparition de l’U.C.K., du fait d’un contentieux frontalier avec la frontière Nord de la Yougoslavie de l’époque (Serbie et Monténégro, aujourd’hui République de Serbie-Monténégro). Pour lui, il ne fait aucun doute que cette intégration à l’Europe n’était pas contradictoire avec l’idée que l’O.T.A.N. est le seul garant de la sécurité de la région.
Apparemment, Jacques CHIRAC n’a pas intégré cette double aspiration à la sécurité et à la prospérité, d’où cet « alignement » sur les Etats-Unis.
En attendant, l’Europe est aussi l’affaire des citoyens, et pas seulement celle des États, et cette Europe des citoyens est nécessaire si l’on veut favoriser le rapprochement des peuples entre eux.
Question dans la salle sur le devenir de l’Europe
Plusieurs questions ont été posées dans la salle, dont une sur la nature de l’Europe à construire qui ne soit pas seulement une Europe néolibérale, mais une Europe intégrant les notions d’Europe sociale avec la notion de Service Public, et qui prenne en compte l’avenir de la paysannerie polonaise.
Il a été notamment pointé que le malentendu pouvait reposer sur le fait que dans le cadre d’une Europe déjà construite par d’autres, les nouveaux arrivants n’avaient qu’à accepter un projet déjà ficelé.
À ce moment, Nadège RAGARU a répondu que le cheminement vers l’économie de marché, voire la démocratie de marché est en marche, mais qu’il n’est pas interdit d’élaborer une alternative à cela qui passe par une réponse politique dépassant le cadre de ce colloque.











