Natasa Kandic, la fondatrice et directrice du Fond pour le droit humanitaire de Serbie, a été sélectionnée dans la liste des personnalités mondiales par la revue Time. Une belle reconnaissance apportée à une infatigable combattante de la vérité.
Par Bojan Toncic
La fameuse revue américaine Time a classé Natasa Kandic, fondatrice et directrice exécutive du Fond pour le droit humanitaire, dans sa liste traditionnelle des personnalités mondiales de l’année. Le bureaude la BBC en langue serbe a constaté que « Natasa Kandic, combattante serbe pour la vérité sur les crimes de guerre » figurait aux côtés du footballeur David Beckam et du mage culinaire Jamie Oliver sur la liste du Time. Ce n’est pas seulement une curiosité quelque peu déplacée qui s’est glissée dans les nouvelles de l’agence. Rappelons-nous qu’à travers le monde, les gens font des choses beaucoup plus belles que la nécessité qui s’impose à nous d’affronter notre passé récent.
Cette reconnaissance n’est pas la première attribuée à Natasa Kandic. Elle a été récompensée pour son courage et sa lutte permanente pour la protection des droits de l’homme, qui sont toujours considérés ici comme un concept ennuyeux. Un point commun à toutes les récompenses qui lui ont été décernées : elle n’en a jamais reçu aucune de Serbie. Cela prouve, certes, que personne n’est prophète dans son pays, mais aussi quelque chose de plus : que les témoins indésirables, ceux qui témoignent sur les crimes commis par leur propre peuple, ne sont les bienvenus nulle part.
Les attaques, les offenses et les injures n’ont jamais manqué contre Natasa Kandic. Au contraire, elles ont même continué après le changement de pouvoir, à travers les écrits et les invectives des « patriotes » qui, comme des métastases, se répandent dans la presse et sur les chaînes de télévision. « Cela fait partie du travail, ce n’est pas terrible », a l’habitude de dire Natasa Kandic. Elle explique sa motivation comme un refus de se taire.
« Déjà depuis les préparatifs de guerre, il me semblait qu’il devait y avoir des sources d’informations indépendantes. J’étais convaincue qu’il était important de garder la mémoire des crimes. Ces derniers jours, il a été démontré que l’État était fondé sur des crimes, sur les mêmes groupes criminels que dans le passé, que telle était bien la réalité et que je n’avais rien inventé. Il est dommage que nous ayons laissé passer l’occasion de faire face à ces faits plus tôt », déclare Natasa Kandic.
À son avis, l’une des plus grandes réussites du Fond pour le droit humanitaire est que les tribunaux aient commencé à énoncer des jugements justes en faveur des réfugiés, victimes d’une mobilisation forcée en 1995.
Natasa Kandic est sociologue, elle a fait partie du mouvement libéral estudiantin, des groupes dissidents informels de la fin des années soixante et du début des années soixante-dix. Aujourd’hui, elle souligne comme un fait important de sa vie privée les amitiés qui durent depuis des années et qui n’ont jamais été interrompues. Elle n’a pas beaucoup de temps pour ses loisirs, elle se consacre uniquement à son travail. Elle a un fils, Stéphane, qui vit à New York et travaille dans l’animation graphique.












