Un rapport sur la situation des Rroms a été publié par le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) en janvier dernier, révélant que les minorités rroms dans les pays post-communistes, futurs membres de l’Union européenne, vivent dans des conditions de sous-alimentation chronique et de pauvreté endémique.
Or, pour que l’adhésion des États d’Europe de l’Est à l’UE soit réussie, il faudra intégrer cette minorité - la plus nombreuse à l’échelle régionale - du point de vue de l’emploi, de l’éducation et de la participation à la vie politique. Ce rapport constitue en fait la première étude régionale approfondie des minorités rroms vivant dans cinq pays d’Europe du Centre et de l’Est : la Bulgarie, la Hongrie, la République tchèque, la Roumanie et la Slovaquie. D’après les résultats de l’étude sur les taux d’alphabétisation, de mortalité infantile, de sous-alimentation, etc., la plupart des Rroms de la région vivent dans des conditions plus près de celles d’Afrique sub-saharienne que de celles qui prévalent en Europe. L’étude démontre que plus d’un Rrom sur deux se prive de nourriture au moins quelques jours au cours de l’année, alors qu’un sur six souffre de malnutrition récurrente. Seulement 20 % des Rroms ont un emploi officiel et un autre 20 % est embauché par le secteur informel.
En même temps, le rapport rejette le préjugé selon lequel le chômage, officiel ou non, atteindrait chez les Rroms des niveaux exorbitants de 80 % ou au-delà, tel que rapporté par certains médias. On retrouve le plus souvent les victimes du chômage parmi les jeunes Rroms qui, en outre, ne possèdent pas les qualifications en demande sur le marché de l’emploi. L’objectif du rapport est de contribuer au débat politique sur les questions rroms en le détournant de la perspective traditionnelle des droits de l’homme et en attirant l’attention sur le niveau de développement humain et les défis qui s’y rattachent. Les avantages de l’adhésion à l’UE pourraient être moindres si les pays concernés tardent à mettre en place un processus crédible d’intégration dans un cadre plus large qui est celui du développement.
Voici quelques données du rapport :
Les revenus de 70 % des ménages rroms proviennent de subventions de l’État ;
91 % ne peuvent pas indiquer le nom d’une ONG à qui ils peuvent faire confiance ;
61 % ont voté aux dernières élections ;
Seulement 8 % pensent qu’ils vivent mieux maintenant que sous l’ancien régime communiste ;
79 % affirment ne jamais avoir entendu des programmes destinés aux Rroms ;
78 % déclarent que le respect des droits de l’homme se traduit par la possibilité de trouver un emploi, tandis que pour 77 % cela signifie de vivre sans famine et enfin 68 % le définissent comme la possibilité de donner une éducation solide à ses enfants.
Il faut donc trouver de nouvelles approches pour intégrer les Rroms d’Europe centrale et orientale, car la politique menée jusqu’à maintenant n’a pas changé le destin de la minorité rrom. Ceci dit, l’attitude envers les minorités, et bien entendu les Rroms, compte parmi les critères essentiels de l’UE dont les progrès marquent l’avancée du processus d’adhésion.
À ce jour, les projets concernant les Rroms ont coûté des sommes considérables, sans pour autant apporter de changement réel dans leur situation - toujours selon le rapport. Une des solutions mise de l’avant est un programme de discrimination positive en faveur des Rroms au sein de l’administration publique et dans l’éducation. Simultanément, il faudrait s’attaquer à la culture de dépendance par des politiques de sécurité sociale qui encourageraient la participation à des activités qui génèrent des revenus. Le rapport recommande également l’introduction de subventions en échange d’un travail et l’adoption de mécanismes qui renforcent la motivation à se chercher un emploi.
Puisque l’éducation est la clé vers l’intégration sociale et économique, il est nécessaire de conférer un statut prioritaire aux programmes qui visent à inclure les enfants rroms dans des classes préparatoires, où ils peuvent approfondir leur connaissance de la langue de la majorité. Les dépenses éducatives doivent être considérées comme des investissements à long terme, et ceux-ci se doivent d’être conformes aux conditions de financement de l’UE.
(Mise en forme : Stéphane Surprenant)













