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Danas
Ana Vukovic, une juge en résistanceTraduit par Jean-Arnault Dérens
Sur la Toile :
Publié dans la presse : 7 novembre 2003
Mise en ligne : vendredi 7 novembre 2003
Ana Vukovic, la juge de Podgorica en charge de l’affaire de trafic d’êtres humains qui a impliqué certains des plus hauts responsables du Monténégro, fait face aux critiques et aux calomnies. Elle vient de révéler aux médias qu’elle avait été surveillée par les services secrets.
Par Veseljko Koprivica Le premier anniversaire de l’affaire de trafic sexuel au Monténégro a eu une conséquence, encore inédite dans notre région. Ana Vukovic, juge d’instruction auprès du Tribunal de première instance de Podgorica, qui essaie depuis des mois d’éclaircir l’une des plus graves affaires du Monténégro, a communiqué aux médias une lettre dans laquelle elle confirme que, tout au long de son enquête, elle a été écoutée, surveillée et suivie par les services secrets. C’est la première qu’un juge appartenant à la « justice indépendante du Monténégro » reconnaît que son travail et sa vie privée font l’objet de pressions de la part des services secrets. « J’ai dû me résoudre à m’adresser aux médias, puisqu’il est clair que les organes d’État ne font rien pour préserver mon intégrité », a déclaré Ana Vukovic, en ajoutant que l’on saura bien, un jour, « qui est responsable de quoi, et qui agit pour le compte de qui ». Investie de l’affaire de trafic de femmes, connue de l’opinion comme « l’affaire de la Moldave S.C. », il n’y a rien d’étonnant à ce que la juge Ana Vukovic fasse l’objet de l’hostilité du gouvernement dont elle dépend. Il suffit de se rappeler qu’à cause de cette affaire, pas moins de sept hauts fonctionnaires de l’État ont déjà perdu leurs charges, depuis le ministre de la Police jusqu’au responsable de la lutte contre le trafic des êtres humains, en passant par le Procureur de la République. En fait, de tous les acteurs initiaux de cette affaire, Ana Vukovic est la seule à être toujours debout, car elle a refusé d’avoir peur des forces de l’ombre. Ana Vukovic s’est fourrée dans un véritable guêpier, en s’emparant d’une affaire dont elle-même ne soupçonnait probablement pas au départ l’importance ni les implications. Elle a subi une véritable torture, sûrement encore inédite, et pas seulement dans les annales de la justice monténégrine. Elle a survécu à sa démonisation par la presse, elle a été la cible des partis politiques, des accusés de l’affaire et de leurs avocats. À côté du procès qu’elle conduisait, un autre procès parallèle s’est ouvert, en dehors du Palais de Justice. La campagne a été habilement conduite qu’elle a évité de peu de s’en prendre directement à la femme qui avait démontré, en plus de sa compétence juridique, un enviable courage. Tout cela, selon les propres collègues magistrats d’Ana Vukovic, parce qu’elle a mené l’affaire de la manière la plus professionnelle possible. Ana Vukovic continuera sans aucun doute d’être l’objet de nombreuses inimitiés. Un quotidien de Podgorica a déjà commencé à publier un feuilleton sur l’affaire de trafic sexuel qui, d’après la bande annonce, ne devait pas peindre le portrait d’Ana Vukovic avec les meilleurs couleurs. Le Parti démocratique des socialistes (DPS, au pouvoir), dont de nombreux dirigeants seraient, d’après des informations officieuses, impliqués dans l’affaire, a déjà déclaré qu’il pensait qu’Ana Vukovic avait été enrôlée et manipulée. De tels propos sont un grand encouragement pour les séides de l’État qui vont s’en prendre encore plus durement à une juge qui a le courage de poursuivre son enquête malgré ces attaques et qui n’a pas du tout l’intention de s’arrêter. « Je m’en tiens à ce que j’ai déclaré dans ma lettre, et je suis suffisamment responsable pour faire face à tous ceux qui veulent m’attaquer », a déclaré Ana Vukovic après la dernière vague de calomnies. |