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Pour comprendre la flambée de violence au Kosovo
Equipes de paix dans les Balkans
Mise en ligne : mercredi 26 mai 2004

Communiqué de presse
vendredi 19 mars 2004

Pour comprendre la flambée de violence au Kosovo

« De la non-violence en politique, le cas du Kosovo », c’est le titre d’un livre en cours de rédaction. Ce titre n’a pas pour but de provoquer, mais d’interpeller sur ce qui s’est passé dans cette région depuis vingt ans.
De 1989 à 1997, les Albanais du Kosovo ont résisté d’une manière non-violente active à l’apartheid dont ils étaient l’objet de la part du pouvoir de Milosevic. En reconnaissance de cette courageuse attitude, qui leur avait laissé les mains libres en Bosnie, les diplomates occidentaux s’étaient engagés en 1995 à traiter la question de cette province avec l’ensemble de celles de l’ex-Yougoslavie. Mais ne voulant pas déplaire à un criminel qu’ils avaient élevé au rang « d’homme de paix », ils n’ont pas tenu leurs promesses, il n’a pas été question du Kosovo dans les accords de Dayton.
En conséquence, voyant que par la force les Serbes avaient obtenu en Bosnie la création d’une nouvelle entité la république Srpska, certains Albanais en ont conclu que c’est par la violence qu’ils obtiendraient la protection des Nations unies et l’indépendance. Les attentats de l’Armée de libération du Kosovo (UCK) ont enfin permis à Milosevic de « rétablir l’ordre » chez lui, en menant une véritable épuration ethnique : fin septembre 1998, on comptait 500 à 1000 morts, 3 à 400 000 déplacés dont 50 000 sans abris sous la neige.

Pour éviter une véritable catastrophe humanitaire, l’ONU et l’OTAN firent pression sur le pouvoir serbe. Ils obtinrent un cessez-le-feu qu’une force civile de paix organisée par l’OSCE fut chargée de vérifier. Celle-ci, arrivée trop tard, ne put empêcher la reprise de l’épuration ethnique au printemps 1999. Pour la juguler, l’OTAN entrepris alors une guerre aérienne peu efficace, puisqu’en mai 1999, le Haut Commissariat aux réfugiés annonçait que 716 000 Albanais avaient été expulsés du Kosovo suite aux actions menées pendant ce temps par les forces serbes, près de 200 000 autres étaient partis avant les frappes. Suite aux frappes sur la Serbie un accord de paix fut obtenu. Accord concrétisé par la résolution 1244 du 10 juin 1999 qui stipulait, entre autre, que le Kosovo jouirait d’une large autonomie dans le cadre de la Fédération yougoslave (Serbie Monténégro) et qui chargeait l’Europe de gérer la question pour l’ONU.

Depuis cinq ans, un travail assidu et de qualité a été fait par les organisations internationales et les ONGs, afin de normaliser la situation. Pour ne citer que notre petit exemple, Equipes de paix dans les Balkans a développé des relations de coopérations entre les Serbes et les Albanais de Mitrovica, en particulier dans les écoles et avec les groupes de femmes ; une ONG multiethnique et un site sur la non-violence ont été lancés. A Gjilan, l’Agence Locale pour la Démocratie avec laquelle nous travaillons, avait participé à la création d’un climat de confiance entre les Albanais et les Serbes, aujourd’hui, les maisons de ces derniers brûlent. Une grande partie du patient travail de fond risque d’être anéanti en quelques heures.

Malheureusement, il n’y a pas eu au Kosovo de commission « vérité réconciliation », ce qui, comme dans d’autres pays, aurait permis en parallèle avec le Tribunal Pénal International de réduire les tensions entre communautés, de faire progresser la justice et la réconciliation.

Mais la question fondamentale est celle du statut du Kosovo qui n’a pas avancé substantiellement depuis cinq ans. Elle aurait été très facile à résoudre il y a dix ans, avant Dayton ; facile à résoudre, il y a trois ans, si les autorités internationales avaient été fermes dans l’application de la résolution 1244 au nord du Kosovo, au lieu d’y laisser Belgrade y mettre le désordre, difficile à résoudre maintenant.
Comme le disait, le 8 février, Veton Surroi, directeur du quotidien kosovar « Koha Ditore » : la décision « a été différée en raison des retards objectifs et subjectifs dans la mise en place des institutions du Kosovo, de la faiblesse politique des dirigeants kosovars et surtout à cause des hésitations de la communauté internationale ». Or sans statut, les pouvoirs locaux ne prennent pas de risque donc pas de responsabilités, ils préfèrent laisser faire les internationaux, il n’y a pas de grand projet fédérateur, sauf le rêve de l’Europe.
Sans statut les étrangers, notamment les Allemands qui sont prêts à investir, ne le font pas et l’économie stagne. Le taux de chômage est d’environ 60%, dans un pays où 55% de la population a moins de 25 ans. Les jeunes sans travail constituent une bombe sociale dénoncée depuis plusieurs années, que la communauté internationale n’a pas su désamorcer. Beaucoup de jeunes trafiquent ou sont inactifs, beaucoup sont armés, ils n’ont rien à perdre, avec leurs aînés, ils ont retenu la leçon de Dayton, ils voient avec inquiétude monter l’extrême droite en Serbie, ils sont maintenant déterminés à exiger par la force l’indépendance que l’Europe n’a pas su négocier.

Pierre Dufour

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