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Un des trois inculpés les plus recherchés par le TPI est un citoyen français. Ancien légionnaire, ancien barbouze, criminel de droit commun, général de l’armée croate, Ante Gotovina semble bénéficier de puissantes protections à Paris. Les autorités françaises gardent sur cette affaire un silence qui n’est plus acceptable.
Le compte à rebours a commencé. Si le général Ante Gotovina n’est pas arrêté et transféré devant le TPI de La Haye avant le 17 mars, l’ouverture des négociations d’adhésion européenne de la Croatie sera reportée. L’avenir de tout un pays se trouve donc désormais dans les mains du fugitif, qui défie depuis 2001 la justice internationale.
La biographie d’Ante Gotovina ressemble à un roman d’aventure et d’espionnage. Aucun poncif du genre ne manque : l’aventure, la guerre, le sexe, la drogue, l’argent.
Ancien de la Légion étrangère, ancien barbouze lié aux réseaux gaullistes du SAC et à l’extrême droite française, Ante Gotovina a un lourd dossier criminel : braquages, prise d’otage, extorsion de fonds. À ce titre, il a été condamné par la justice française.
En 1990, il revient en Croatie, et ne tarde pas à être promu à la direction du Disctrict militaire de Split. En 1995, il joue un rôle essentiel dans l’opération « Oluja », qui se solde par la reconquête de la Krajina et l’exode de près de 200 000 Serbes. Il a été inculpé de crimes de guerre par le TPI pour sa responsabilité de commandement dans cette opération.
Le quotidien croate Jutarnji List a publié tous les détails de la biographie du général Gotovina, suscitant un choc politique en Croatie. En effet, Gojko Susak, le ministre de la Défense de Franjo Tudjman et les dirigeants nationalistes du HDZ des années 1990 connaissait sûrement sa biographie, mais ces informations n’ont pas été transmises au gouvernement de centre gauche d’Ivica Racan, au pouvoir de 2000 à 2003.
Ivica Racan, les anciens ministres de la Défense et de l’Intérieur, l’ancien chef des services secrets croates affirment que ces information ne leur ont jamais été transmises par les autorités françaises.
Il y a plus grave encore. Ante Gotovina a obtenu un passeport français auprès de l’ambassade de France à Zagreb le 11 avril 2001, six semaines avant son inculpation officielle par le TPI, alors que cette inculpation était attendue par tous les milieux informés.
Qui donc protège Ante Gotovina ? Quels réseaux d’influence français ont-ils intérêt à ce que l’ancien barbouze continue librement sa cavale ?
La France officielle ne manque jamais une occasion de chapitrer les pays des Balkans, et de rappeler, à juste titre, la nécessité d’une pleine coopération avec le TPI. Mais aujourd’hui, il apparaît bien que l’un des principaux fugitifs est citoyen français.
À ce titre, le silence total observé sur cette affaire par le ministère des Affaires étrangères, par l’ambassade de France à Zagreb, par toutes les autorités françaises concernées, est inacceptable. Cela prive de crédibilité tout le discours de la France en faveur de la coopération avec la justice internationale.
À ce titre, nous avons le devoir de demander des comptes aux autorités françaises : qu’elles communiquent toutes les informations en leur possession, qu’elles collaborent pleinement avec les autorités croates pour qu’Ante Gotovina soit au plus vite arrêté, et qu’il réponde, devant ses juges, des crimes qui lui sont reprochés.
Jean-Arnault Dérens









