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L’intégration de la Croatie dans l’UE : un exemple pour les Balkans ?
IPSE, ERID et JEP
Mise en ligne : jeudi 31 mars 2005

L’IPSE et l’ERID se sont associés aux JEP (Jeunes Européens Professionnels) le 24 février pour un « Café européen » animé par Jean - Arnault DERENS, Rédacteur en chef du Courrier des Balkans et Emmanuel NEKIC, Consultant spécialiste de la Croatie sur le thème : L’intégration de la Croatie dans l’UE : un exemple pour les Balkans ? Des riches échanges de la soirée dont il ne sera pas rendu compte ici de façon exhaustive, il convient de réfléchir au moins à ceux liés à la stratégie et la politique d’élargissement de l’UE.

L’élection présidentielle croate de janvier 2005 est une preuve de la bonne santé démocratique du pays où les partis politiques ont prouvé leur crédibilité, d’une part en s’affranchissant définitivement du communisme pour lequel il ne semble pas y avoir de nostalgie, d’autre part en s’élevant au dessus de débats basés sur l’ethnicité. Ne laissant qu’une très faible place aux formations extrémistes, l’ensemble du corps électoral a aussi manifesté sa volonté d’ancrage à l’UE. La victoire au second tour de Stipe MESIC, Président sortant faisant figure de sage au dessus des partis, prouve son succès dans son entreprise de « déTUDJMANisation » et de normalisation des relations avec Belgrade.

Mais le taux de participation peu élevé au scrutin a aussi montré le faible enjeu des élections. Les Croates semblent peu intéressés par la politique où il existe un indéniable consensus sur l’entrée dans l’UE. Les défis semblent ailleurs, plus profonds, qui reposent au sein même de la société. Les séquelles des conflits balkaniques des années 90 ne sont pas totalement apaisées comme le montre une analyse fine des résultats par région : celles directement touchées par les guerres (la Krajina, l’Est et le Sud) votent plus volontiers « à droite [1] », le Nord, l’Istrie et Zagreb votant plutôt « à gauche » ... et l’Istrie à 90% pour MESIC ! Mais le clivage dépasse le simple cadre géographique et met en jeu la cohésion nationale. Dans la perspective de l’intégration de la Croatie à l’Union Européenne, nous ne pouvons rester indifférents !

Si les Croates montrent un certain désintérêt pour la politique, c’est que leurs préoccupations sont d’abord d’ordre économique. Ainsi le peu d’empressement à voter, en janvier, peut-il être interprété comme un message pour la classe politique toute entière : « Occupez-vous de notre niveau de vie, de nos emplois, de nos salaires plutôt que d’UE ! ». Pour ne citer que quelques exemples, la Croatie doit faire des choix difficiles en matière de :

- justice :
Faut-il changer le statut inamovible des juges (mis en place sous l’ère TUDJAM) ? Comment juger les criminels de guerre ‘’de second rang’’ comme l’autorise le TPI ? Comment asseoir le sentiment de justice pour les entreprises afin de développer leur installation et leur mobilité (questions liées au cadastre, aux hypothèques, etc. ..) ?

- politiques régionales :
Quelle politique économique peut accélérer le retour des réfugiés, souvent âgés et peu productifs et la plupart serbes, dans les régions agricoles ?

- frontières :
Quelle frontière maritime avec la Slovénie ? Cette question est un frein au développement des relations entre les deux Etats et handicape la Croatie dans sa démarche d’intégration des acquis communautaires où elle ne bénéficie pas de l’aide slovène,

- environnement :
Faut-il ratifier le Protocole de Kyoto ?

- coopération avec le TPI :
C’est le principal obstacle à l’adhésion, notamment le « cas » ANTE GOTOVINA. Le refus vraisemblable de Bruxelles d’ouvrir le processus de négociations visera à amener l’ensemble de la société croate à réfléchir aux questions relatives à l’Etat de droit et au respect de la personne. On ne peut que s’en réjouir, même si les conditions d’adhésion dépassent ce seul cadre. Les Croates se posent néanmoins la question de savoir s’il n’y a pas une différence de traitement entre candidats à l’UE : Cas de l’Espagne, de la Grèce, des ex Pays de l’Est (où le renoncement au communisme n’a pas été exigé avant leur adhésion). Ils vont jusqu’à s’interroger sur le droit de l’Europe à demander aux candidats à l’UE qu’ils « révisent » leur passé. La fermeté européenne risque d’accroître l’euro- scepticisme.

Le processus d’adhésion de la Croatie à l’Union est symbolique puisqu’il engage l’un des principaux belligérants des guerres balkaniques ... loin du Monténégro ou de la Slovénie où l’adhésion paraît de nature plus « technique ». C’est bien parce qu’ils ont compris le symbole mais aussi pour d’évidentes raisons économiques que les Croates souhaitent aujourd’hui adhérer ... A moins qu’ils ne préfèrent demain rester aux portes de l’Union, comme la Suisse ou la Norvège, pour échapper aux périodes quelque peu humiliantes des transitions, ne pas subir les décisions collectives et conserver leur pleine autonomie sur des choix économiques vitaux. N’oublions jamais que, en fin de compte, chacun doit trouver son intérêt au processus d’élargissement européen !

[1] Il en va de même en Bosnie où les Croates ont massivement voté pour la droite. Cette option qui était l’une des trois possibilités évoquées le 24 février a été, depuis, celle validé par Bruxelles - Note du rédacteur)

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