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Nicolas Trifon
Les Aroumains, un peuple qui s’en va
La Bussière, éditions Acratie, 469 pages,2005, 33 euros
Mise en ligne : dimanche 14 août 2005

Qui connaît les Aroumains ? Objets de nombreuses incertitudes et approximations, ce peuple demeure l’un des plus méconnus. Il s’agit pourtant d’une pièce essentielle de la « mosaïque » balkanique, que Nicolas Trifon nous invite à découvrir.

Dans la configuration nationale des Balkans, les Aroumains occupent une position tout à fait spécifique. Ce peuple de bergers semi-nomades et de commerçants, historiquement concentré dans le massif du Pinde, au nord de la Grèce, ainsi qu’en Albanie et en Macédoine, a conservé comme un trésor précieux sa langue, d’origine latine, proche mais différente du roumain.

À partir de la seconde moitié du XIXe siècle, les Aroumains ont développé un mouvement national, comme tous les autres peuples des Balkans. Cependant, ce mouvement national n’a jamais exprimé de revendication territoriale ni étatique. Perçus en Roumanie comme des Roumains « du sud du Danube », vus par la Grèce comme une composante de l’hellénisme, les Aroumains représentaient donc une exception, et même une « anomalie », quand les États-nations affirmaient leurs prétentions exclusives dans les Balkans.

Plutôt de dresser la chronique d’une défaite annoncée, les chapitres consacrés au parcours des Aroumains dans l’histoire commune des Balkans cherchent à établir la généalogie d’un défi. Ces communautés, qui se sont singularisées par leur langue et leur profil socio-économique, leur mobilité et leur dynamisme, n’ont pourtant guère cherché à se fondre dans une nation à part. Plus étrange encore dans le contexte balkanique, leurs membres n’ont pas hésité à investir les nations des « autres » sans pourtant renoncer à cultiver leur différence.

Nicolas Trifon offre, dans une somme monumentale, l’essentiel des connaissances et des débats à propos de l’origine des Aroumains et de leur histoire, jusqu’au renouveau culturel de ces dernières années. Plaçant son propos au cœur des débats sur le phénomène national, l’auteur essaie de cerner la place singulière de « ce peuple en trop », au regard des critères dominants depuis le XIXe siècle. Un livre essentiel pour découvrir une pièce souvent cachée, mais essentielle, de la mosaïque balkanique.

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