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Samedi, le Conseil européen a décidé d’accorder à la Macédoine le statut officiel de pays candidat. Même si aucun calendrier de négociation n’a été fixé, c’est un grand pas pour la Macédoine et un signal positif pour les autres pays des « Balkans occidentaux ».
La Macédoine revient de loin. La candidature a bien failli faire les frais des dissensions européennes, et le ministre français des Affaires étrangères, Philippe Douste-Blazy, lors de son récent séjour dans les Balkans, s’était officiellement prononcé contre l’octroi du statut de candidat à la Macédoine.
La France plaidait en effet contre la perspective d’un nouvel élargissement trop rapide de l’Union. « La Macédoine est un pays méritant à appuyer, mais il faut être responsable et se donner le temps nécessaire », avait déclaré Philippe Douste-Blazy, provoquant la colère la colère de la presse macédonienne. Le quotidien Utrinski Vesnik se demandait ainsi si la Macédoine n’était pas devenu « le minuscule prétexte à de vastes marchandages au sein de l’Union ».
En fait, la Macédoine risquait de se retrouver piégée par le succès du « non » au référendum français sur la Constitution européenne. Alors que tout débat sur l’avenir de l’Europe est à nouveau banni de la vie politique française, le gouvernement veut interpréter la victoire du « non » comme une opposition à tout nouvel élargissement, alors que cette motivation n’était sûrement pas présente chez tous les électeurs du « non ».
En essayant de privilège cette attitude de rejet et de fermeture - présentée comme une attitude de « prudence » - la France risquait de remettre l’Europe dans la même posture qu’en 1990-1992, au début du processus d’éclatement de l’ancienne Yougoslavie, quand la CEE de l’époque a été incapable de proposer une perspective politique aux pays des Balkans.
La discussion des Européens n’a pas tourné autour de l’avancée réelle des réformes engagées par la Macédoine, mais de la signification politique du geste. L’octroi du statut de candidat représente de toute façon une étape plus formelle que pratique, et le chemin vers l’adhésion de la Macédoine sera encore long.
Le réalisme l’a cependant emporté lors du sommet européen. Quatre ans après le conflit déclenché par la guérilla albanaise en 2001, la Macédoine demeure toujours un pays extrêmement fragile. La mise en œuvre des dispositions des accords de paix d’Ohrid demeure difficile. Ces accords prévoient notamment une égalité constitutionnelle entre la majorité macédonienne (65% de la population totale) et les autres communautés nationales du pays (Albanais, qui représentent 25%, Turcs, Rroms, Serbes, etc), et une décentralisation poussée du pouvoir.
La Macédoine reste toujours fortement dépendante de son contexte régional. La perspective des négociations qui viennent de s’ouvrir sur le statut final du Kosovo entraîne un risque majeur de déstabilisation. Un Kosovo indépendant pourrait en effet avoir un irrépressible effet d’attraction sur la minorité albanaise de Macédoine, mais à l’inverse, si l’option de l’indépendance était repoussée ou ajournée, les stratèges du nationalisme albanais pourraient être tentés, comme en 2001, de jouer la carte de la déstabilisation dans des pays comme la Macédoine. Skopje ne serait pas insensible à cet argument et pourrait, selon certaines sources, se rallier à l’option de l’indépendance, en négociant des garanties de stabilité avec les dirigeants albanais du pays, notamment avec le Mouvement pour l’intégration démocratique (BDI), désormais partenaire de coalition gouvernementale des Sociaux-démocrates macédoniens, et qui regroupe l’essentiel des anciens guérilleros de l’UCK.
La porte ouverte à la Macédoine est un bon signal pour l’ensemble des pays de la région. En juin 2003, le sommet européen de Thessalonique avait affirmé la « vocation » de tous les pays des « Balkans occidentaux » à rejoindre l’Union. Pour l’instant, seule la Slovénie a rejoint le club européen. La Bulgarie et la Roumanie doivent conclure leur adhésion en 2007, et la Croatie a déjà le statut de candidat et pourrait bénéficier de négociations accélérées lui permettant d’adhérer dès 2008 ou 2009. L’Albanie et les autres républiques post-yougoslaves - la Serbie-Monténégro et la Bosnie-Herzégovine - restent plus en retrait, tandis que le sort du Kosovo demeure hautement incertain. De même, on ne sait pas si un lien sera maintenu entre la Serbie et le Monténégro et si ces Républiques prétendront donc ensemble ou séparément à l’adhésion européenne.
La « carotte » européenne apparaît pourtant comme la meilleure garantie pour prévenir le risque de nouveaux éclatements sanglants. Alors qu’une révision du cadre constitutionnel défini par les accords de Dayton est incontournable en Bosnie-Herzégovine, et que beaucoup de voix s’élèvent dans la communauté internationale pour régler au plus vite le statut du Kosovo, les Balkans se trouvent de nouveau à un tournant. Et l’Europe prendrait de très grands risques à leur fermer la porte.
Jean-Arnault Dérens.









