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Mort avant d’avoir été jugé ! Alors que cet interminable procès touchait à sa fin. Mort avant que ne se joue l’acte final du drame terrible dont il a été l’indiscutable metteur en scène. Le point de vue du prince Nicolas Petrovitch Njegosh de Monténégro.
Par Nicolas Petrovitch Njegosh, président du Courrier des Balkans.
Le rideau tombe avant la fin de la pièce, frustrant acteurs et spectateurs du final libérateur qui dans le crépitement des applaudissements permet d’évacuer les tensions qui se sont accumulées au cours de la pièce.
La catharsis n’aura donc pas lieu et nous ne rentrerons pas chez nous, content ou mécontent du dénouement, mais libérés et pouvant enfin tourner la page.
Remboursez !
Évidemment, nous ne sommes pas au théâtre et je n’ai pas la naïveté de croire que la justice humaine peut être impartiale, mais ce dont je suis certain, c’est du besoin de justice de l’homme et du fait que, sans le rituel de la justice, les sociétés humaines ne peuvent fonctionner.
Remboursez !
En écrivant ce mot, je pense avant tout aux victimes qui étaient suspendues à ce procès. Cette disparition surprise c’est comme si on leur disait :
« Désolé il n’y a plus de coupable. Ce qui vous est arrivé, c’est de la faute à pas de chance. Vous savez maintenant que lorsqu’il y a une ’guerre civile’, il vaut mieux ne pas se trouver sur place. Il n’y a pas de bons, pas de méchants, pas de vainqueurs pas de vaincus, nous sommes tous un peu victimes un peu bourreaux. Essayez d’oublier tout cela »...
Jusqu’à quand ? Jusqu’à la prochaine ?
Remboursez !
Et que penser de la mort mystérieuse du principal inculpé, dont on ne connaîtra jamais les causes ? Bien sûr il y aura des autopsies, des communiqués officiels, mort naturel ou suicide. Je dirais mort surnaturelle, car il est difficile d’imaginer que le prisonnier le mieux gardé sur la planète puisse être en phase finale d’une maladie mortelle ou puisse se suicider sans que l’on s’en aperçoive.
Les bruits commencent déjà à courir et j’ai bien peur que cette mort va alimenter les phantasmes durant des générations du côté du Danube ou de la Drina.
Et puis, où va t-on l’enterrer ? Quel monument sur sa tombe ? Quelle cérémonie ? Car après tout, n’ayant pas été condamné, il est présumé innocent.
Mais finalement, peu importe. C’était quand il était au pouvoir qu’il représentait un réel danger.
Pour moi, le principal enjeu de son procès n’était pas de punir le coupable, mais de rétablir les victimes dans leur dignité et de dénoncer les crimes et les complicités actives ou passives qui les ont rendues possibles.
Pour moi, il est plus important de juger les actes et si l’on peut toujours épiloguer sur la culpabilité, les circonstances atténuantes ou aggravantes, la seule chose réelle qui ne peut être l’objet de contestations ce sont bien les victimes car ce sont elles qui portent le poids des crimes. Ce sont elles qui doivent être au centre du procès et leur réhabilitation la sentence principale. De ce point de vue, le procès pourrait continuer et les crimes jugés sans la présence des responsables qui dans leurs tombes ou dans leurs cachettes rejoueraient le mythe de Caïn et d’Abel.
Il paraît que ce n’est pas juridiquement possible.
La justice prétend faire la lumière, mais cette mort jette un voile sur l’histoire, pas seulement sur celle des Balkans mais celle de toute l’Europe.
On ne peut pas ne pas avoir à l’esprit les deux autres complices et coinculpés qui ridiculisent les institutions internationales, comme celles de leur propre pays depuis dix ans. Vont-il eux aussi disparaître dans les jours qui viennent et laisser ces malheureux pays livrés aux démons qui les ravagent périodiquement comme des tsunamis.
Beaucoup de gens, dont je faisais partie, ont pensé que pour être libératoire, ce travail de justice devait être fait dans le pays même et non à l’étranger, ce qui donnait le sentiment qu’en jugeant un seul responsable on jugeait tout un peuple.
On nous répondait à l’époque que seules des institutions internationales à l’abri des pressions pouvaient accomplir ce travail d’une façon impartiale. Qu’en est-il aujourd’hui ? De tous ces conflits organisés par et pour les politiques, la majorité des condamnés seront des militaires c’est-à-dire des exécutants. Et je ne veux même pas parler des pousse-aux-crimes et des profiteurs qui ont soufflé sur le feu et qui ont une part importante de responsabilité dans cette tragédie, eux à qui profite le crime.
Malheureusement, c’est toujours ce même sentiment d’impuissance qui se dégage des institutions internationales, derrière les beaux discours de ses représentants. impuissance à défendre le droit, impuissance à empêcher les conflits, impuissance à limiter la destruction de notre environnement.
Néanmoins, ce travail de justice et de vérité est vital pour les pays de l’ex-Yougoslavie eux-mêmes et nous ne pourrons pas y échapper si nous voulons sortir de cette schizophrénie séculaire « bourreaux-victimes » qui nous ramènent en arrière à chaque demi-siècle.
Ce travail, personne ne pourra le faire à notre place. Il est la clef de la réconciliation et dans son sillage de nouvelles perspectives de coopération et de développement.
Pourquoi pas, un jour, une Scandinavie du sud qui rentrerait dans l’Europe non pas en mendiant mais en partenaire à part égale ?











