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« Dessinez la carte des Rencontres européennes du livre, vous obtiendrez l’un des jalons essentiels de la notion du Sarajevo culturel d’aujourd’hui »...
Par Ursula Burger Oesch
Commençant par une introduction officielle assez chargée, dans l’ambiance solennelle de la « Vijecnica » qui, pour cette occasion, a généreusement accueilli le public dans son intérieur partiellement reconstruit, le Centre culturel André Malraux de Sarajevo a lancé les 7èmes Rencontres européennes du livre. Cette année, l’événement a eu lieu du 17 au 21 mai, avec en outre un excellent avant-programme organisé les 15 et 16 mai à l’Académie des Arts scéniques de Sarajevo, consistant en la projection de films basés sur les scénarios de Hanif Kureishi, ainsi qu’à la Faculté des lettres de Banja Luka, avec deux conférences de Gert Heidenreich.
Les invités en provenance du monde entier, écrivains, journalistes, penseurs, artistes et traducteurs - dont André Brink, Ann Brunswick, Michael Cimino, Jacques Ferrandez, Bernard Hoepffner, Antjie Krog, Hanif Kureishi, Robert Mac Lian Wilson, Enver Kazaz, Jamal Mahjoub, Predrag Matvejevic, Eric Naulleau, François Place, Giorgio Pressburger, Boualem Sansal, Aline Schulman, André Velter, Marko Vesovic - ont sans doute apporté à ces Rencontres ce quelque chose de particulier qui les distingue des autres événements culturels de la région : une multitude de perspectives et de thèmes et une ambiance très conviviale.
En orientant son choix vers les intervenants à la fois experts dans leurs domaines et sensibles à la spécificité du lieu, l’équipe du Centre André Malraux a une fois de plus offert à son public un large éventail d’événements culturels de haute qualité. Pour le thème rythmant ces Rencontres le choix est tombé sur la Ville. C’est autour de ce topos qu’ont été animés différents débats, témoignages, ateliers de dessin, concerts, expositions, projections de films et tables rondes. Aussi, dans son mot d’introduction au programme, Jean-Marie Laclavetine, écrivain et président des Rencontres, s’est-il chargé d’allumer l’étincelle de futures discussions.
« Les écrivains invités à ces septièmes Rencontres parleront de leurs villes à l’heure de la mondialisation, des immigrations forcées, des fractures sociales et des quartiers blindés. Ils diront quelles marques la ville a imprimée sur leur œuvre, et ce qu’elle leur refuse. Ils tenteront de répondre aux questions qui se posent sur la place qu’elle réserve aux artistes, aux pauvres, aux inadaptés, aux marginaux. Y a-t-il une vie après la ville ? Quel désir peut-elle encore inspirer ?... »
Renforcés par d’autres sous-thèmes tels que vérité et réconciliation - la douleur des mots, avec d’excellents témoignages d’Antjie Krog, Anne Brunswick et Natasa Radojcic-Kane, un panorama du théâtre en ex-Yougoslavie depuis 1991 (le dernier numéro des Cahiers de Sarajevo y est consacré), Sarajevo vu par... etc., ces Rencontres ont ouvert de nombreux débats et proposé au public beaucoup de matière à réflexion. Reste cependant la question qui à la sortie des salles traversait parfois le public : a-t-on vraiment réussi à répondre au thème prévu par le programme ?
Destinées avant tout à la ville et ses citoyens, ces Rencontres, plus que jamais, laissaient l’impression d’émerger de Sarajevo. En orientant le programme vers les différents points de la ville - Bibliothèque, Faculté des lettres, Maison de la police, cafés, Académie des arts scéniques, écoles, lycées, librairies et Institut Goethe, le Centre André Malraux a véritablement réussi dans son objectif de toucher la ville et d’aller à la rencontre de ses citoyens. Nous pourrions toutefois nous interroger quant à la conception du programme qui a rarement permis une véritable interaction, voire un mélange, entre les invités de la région et ceux du reste du monde. C’est peut-être l’une des raisons pour lesquelles le public, lui aussi, restait souvent partagé entre ceux qui venaient pour les débats « régionaux » et un public plutôt international qui assistait aux interventions et débats animés par les invités du reste du monde.
Pour finir, essayons de transposer la fameuse phrase de George Steiner, citée par Jean-Marie Laclavetine dans l’introduction au programme : « Dessinez la carte des Rencontres européennes du livre, vous obtiendrez l’un des jalons essentiels de la notion du Sarajevo culturel d’aujourd’hui ».









