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Le Courrier des Balkans
Ahmadou Kourouma, le Malinké traduit en albanais
Mise en ligne : mardi 13 juin 2006
Sur la Toile

Un roman de l’écrivain ivoirien Ahmadou Kourouma vient d’être traduit en albanais, à Pristina. L’occasion d’ouvrir une fenêtre supplémentaire sur la francophonie, et de découvrir une oeuvre dont les problématiques peuvent toucher les lecteurs kosovars.

Par Nerimane Kamberi

« Quand j’ai écrit Les Soleils des Indépendances, j’avais pour objectif de dénoncer des abus de pouvoir, des abus économiques et sociaux ». Ces mots repris d’une interview sont de Kourouma, l’un des plus grands écrivains de la littérature africaine d’expression française, une des personnalités importantes de la littérature mondiale. Jusqu’à sa mort, le 11 décembre 2003, à l’âge de 76 ans, à Lyon, Kourouma n’a cessé d’être la voix des souffrances de l’Afrique noire. Chantre de la libre expression, il a critiqué la colonisation et encore plus les désillusions des indépendances.

Connu dans le monde entier et surtout dans le monde francophone, Kourouma est aujourd’hui un auteur connu au Kosovo. Son livre Les Soleils des Indépendances a été traduit en albanais par le professeur Murat Bejta et publié par la maison d’édition de Pristina, Buzuku. Dans le cadre de la Semaine Internationale de la francophonie (20-28 mars), une soirée littéraire a été consacrée à ce grand écrivain ivoirien. Une bonne occasion de célébrer la parution en albanais d’un de ses livres. Pour rendre la fête encore plus belle, un grand nombre d’amoureux de la littérature, des étudiants et des écrivains, entre autres, étaient venus rendre hommage à cet homme de lettres.

Curieusement, l’Afrique qu’il décrit, celle des colonisateurs, et puis celle des colonisés néo-colonisateurs, avait quelques points communs pour le lecteur kosovar avec la situation de cette région des Balkans où illusion et désillusion, spleen et idéal sont si proches, où chacun a sa part de responsabilité dans la souffrance car, finalement, ce « bordel sans frontière » que sont les guerres civiles de l’Afrique de l’Ouest, comme il le disait si bien, on le retrouve aussi dans les guerres civiles des Balkans. Et les lendemains de guerre, les réveils sont durs, chacun essayant de prendre un morceau du gâteau, si possible le plus gros, ou de pouvoir, ou des mérites. Et les autres errent dans le pays. En Afrique, ou au Kosovo.

Nerimane Kamberi, enseignante de littérature française à l’Université de Pristina, a tiré dans sa présentation de la vie et de l’œuvre de Kourouma quelques parallèles tout en rappelant bien les spécificités et les particularités de l’art de Kourouma. « Les thèmes que traite Kourouma dans son œuvre et surtout dans Les Soleils des Indépendances ne sont des thèmes que trop connus pour le lecteur kosovar. Ce qui rendra peut être plus proche cet écrivain de son nouveau public ».

Le professeur Bejta a souligné qu’avec les quatre romans publiés de son vivant, Les Soleils des Indépendances en 1968, Monnè, outrages et défis (1990), En attendant le vote des bêtes sauvages (Prix du livre Inter), et Allah n’est pas obligé (2000, Prix Renaudot), cet écrivain ivoirien s’est imposé par la richesse de ses thèmes et aussi et surtout par son style original et par une langue française utilisée de façon particulière, une langue décalquée en français du malinké. Le professeur Bejta, traducteur de Kourouma en albanais, a parlé des difficultés qu’il a rencontrées dans l’adaptation de cette façon d’écrire si proche du langage parlé. Mais il a surtout souligné le plaisir qu’il a eu à traduire ce grand écrivain, en essayant de « garder l’esprit de l’original dans une langue qui coule, respire et parle albanais ».

La soirée s’est terminée par la projection d’un documentaire sur Kourouma et par une discussion intéressé et intéressante sur cet auteur.

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