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Oslobodjenje / Le Courrier des Balkans
Repenser la ville de Sarajevo : réflexions d’un urbaniste
Mise en ligne : dimanche 3 septembre 2006

Le premier devoir de la politique, c’est d’offrir à chaque citoyen la possibilité de vivre et de travailler dignement dans sa ville et sur son territoire. Toutes les compétences existent en Bosnie pour que le pays tout entier puisse atteindre rapidement les standards européens. Un urbaniste français installé depuis douze ans à Sarajevo lance des pistes de réflexion.

Par Jean-François Daoulas [1]

Sarajevo, un site, une histoire, des hommes

On oublie trop souvent qu’une ville est d’abord un site spécialement choisi par des hommes pour y vivre. De l’Antiquité à nos jours, différentes sociétés se sont succédées à Sarajevo en bâtissant des lieux sur des espaces qui correspondaient à leurs choix de vie. La civilisation romaine installa des thermes à l’ouest, proches des sources naturelles dans la vallée de Butmir, les marchands de l’empire ottoman préférèrent habiter le cirque calcaire à l’est, à proximité du débouché de la rivière Miljacka pour pouvoir transformer les matières premières en produits finis (cuir, or, cuivre, tissus, tapis). Les quarante années d’occupation austro-hongroise virent l’organisation de la ville moderne avec les lieux de la représentation du pouvoir, organisés le long de la vallée de la Miljacka canalisée et tout son cortège d’innovations techniques ; le chemin de fer, l’électricité, le tramway, l’université... Jusqu’en 1950, les historiens parlent de Sarajevo comme de la « belle assoupie », 70.000 habitants y résident entre Bentbasa et Marindvor (Stari Grad et Centar).

A partir des années 50 jusqu’en 1984, année des Jeux olympiques d’hiver, Sarajevo voit une explosion urbaine incontrôlée qui multiplia par 9 le nombre d’habitants, 550.000 dans un site très contraignant et inextensible, la vallée de la Miljacka.

Dix ans après la fin de la guerre, tout est bouleversé et, malheureusement, tout est désespérément comme avant. Le problème est aujourd’hui : comment faire vivre décemment les 450.000 habitants de la capitale de la Bosnie-Herzégovine ?

Sarajevo, la ville de la valeur ajoutée

Depuis quelques semaines, trois lettres reviennent dans les conversations : PDV. Chacun y va de son commentaire sur l’augmentation du coût de la vie par cette nouvelle taxe, la taxe sur la valeur ajoutée. Cette taxe est pourtant indispensable pour moraliser la vie économique de la Bosnie-Herzégovine, éradiquer le marché noir, obliger les entreprises à payer les charges sociales des employés. Elle va en outre permettre une redistribution bénéficiant à l’ensemble de la société bosnienne par des travaux d’infrastructure, routes et ponts, de constructions d’équipements, d’hôpitaux, d’écoles, etc. Depuis toujours la valeur ajoutée a existé à Sarajevo et, si elle ne se manifestait pas par une taxe formelle, tous les citoyens la payaient d’une manière ou d’une autre. Sinon comment expliquer qu’une ville, loin de tout, au milieu des montagnes des Balkans, ait pu se développer à chaque grande époque de son histoire.

Les Romains avaient les thermes, les Ottomans la transformation des matières premières pour vendre aux républiques adriatiques, les austro-hongrois l’administration et le pouvoir industriel et financier. Sous Tito, c’est une politique de grands travaux, l’assainissement et l’adduction en eau, suivie par le projet des Jeux olympiques d’hiver de 1984, qui apporta à la ville une colossale plus-value, donc énormément d’argent. C’est la seule et véritable explication à la venue de tant de réfugiés de tous les Balkans ; bénéficier de la manne financière offerte en travaillant sur ces grands chantiers. Incapable de répondre à cet afflux soudain, les autorités de Sarajevo laissèrent s’installer les immigrants partout où ils le pouvaient. C’est pourquoi il y a tant d’habitats illégaux à Sarajevo depuis plus de quarante années. Aujourd’hui, la question posée est : quelle est la plus-value que nous voulons apporter aux habitants de notre ville ?

Sarajevo, le corps et l’esprit

Une ville, c’est comme l’histoire d’amour d’un couple ; quels sont nos projets, combien d’enfants, quelle éducation, quel avenir souhaitons-nous leurs offrir ? L’urbanisme doit traduire le projet commun partagé entre les citoyens et les hommes politiques qui, théoriquement, sont élus pour le réaliser. Depuis les accords de Dayton, il a fallut panser les plaies, réparer, reconstruire quelquefois, surtout les têtes mais, dix ans après, on ne constate qu’un urbanisme fait d’objets architecturaux posés çà ou là en fonction d’opportunités financières ou spatiales.

Aujourd’hui, il faut vouloir repenser le « projet urbain » tous ensemble.

Le corps

De tous temps, l’eau a été la raison d’être de Sarajevo. Romains, Ottomans, Austro-hongrois ont tous respecté cette ressource naturelle vitale. L’époque titiste a magnifié l’eau à Sarajevo.

L’eau, c’est l’hygiène du corps, la pureté mais aussi le symbole de l’hospitalité. Dans toutes les civilisations, on offre de l’eau en gage de bienvenue. L’eau, au 21ème siècle, va devenir une ressource rare et, malheureusement, sera une des causes de conflits violents entre États.

Il faut protéger cette richesse en imposant une charte écologique très contraignante pour les industries polluantes ou tout projet d’urbanisme qui risque de compromettre l’avenir.

L’eau de Sarajevo, c’est une économie de très grande valeur ajoutée.

Il n’y a pas d’histoire sans géographie et le site de Sarajevo est là pour le démontrer. 1984, année des Jeux olympiques d’hiver, a permis au monde entier de découvrir des espaces magnifiques alternant vallées, petites rivières et montagnes majestueuses. De mémoire de journalistes sportifs, les Jeux ont été exceptionnels autant par les infrastructures réalisées, l’organisation des épreuves que par la qualité de l’accueil. Si Sarajevo et la Bosnie-Herzégovine ont été capables de réaliser les Jeux en 1984, il faut retrouver « l’ambition olympique » de la ville capitale mais aussi, de tout l’Etat bosnien. Sarajevo olympique en 2018, c’est prétendre à un ambitieux projet commun qui échappe aux entités stupidement confortées par les accords de Dayton. Igman, Bielasnica, Jahorina, Trebevic font partie du site naturel de Sarajevo. Il y a là un domaine économique pour le tourisme d’hiver comme celui d’été qui est pour le moment très mal exploité et qui devrait être conçu comme un ensemble cohérent. Face aux coûts de gestion de plus en plus importants des grands sites montagneux de l’Europe de l’Ouest (Autriche, Italie, Suisse, France), Sarajevo doit offrir un rapport qualité/prix imbattable en innovant avec de nouveaux concepts sans oublier l’accueil bosnien qui fait tout son charme. Sarajevo doit devenir une destination européenne privilégiée de la génération des baby-boomers qui sont autant soucieux de leur santé physique que de la qualité de vie offerte. L’écotourisme, c’est encore la grande valeur ajoutée.

L’esprit

Arrivé début 1994 à Sarajevo, j’étais perdu dans cette ville assiégée, meurtrie. « Nema struje, nema vode, nema plina, nema nista » [2], semblait être le seul leitmotiv. Pourtant dans ce « No man’s land », j’ai découvert un profond sentiment d’appartenance à un lieu, à un quartier, à ses amis, à une ville. La solidarité entre ses habitants pendant la guerre fut exceptionnelle ce qui ne semble malheureusement plus être le cas depuis la paix.

Pourtant Sarajevo a une âme, je le sais...

Aujourd’hui, les 30.000 étudiants de Sarajevo sont la richesse de la Bosnie. Le lien entre les entreprises et l’université existe depuis longtemps et si un certain nombre d’activités ont disparu avec la guerre, il faut adapter l’université aux changements profonds de la société qui se mondialise. Dans le même temps, il ne faut pas perdre son âme, ni la vendre. Sarajevo, c’est la rencontre des civilisations européennes, la ligne de fracture de la chrétienté, le schisme de l’Orient et l’Occident mais aussi le seul exemple d’islam européen qui fut, en plus, capable d’accueillir les juifs chassés d’Espagne. Pratiquer indifféremment l’écriture cyrillique et latine pour la même langue à quelques variables près, c’est un abstract exceptionnel pour apprendre, spécialement les langues.

La future langue de l’Europe ne sera ni l’anglais, ni le français, ni l’allemand, ni l’italien, ni l’espagnol, mais ce sera « la traduction ». Sarajevo peut devenir un grand centre universitaire européen pour l’enseignement des langues et la traduction. Accueillir et former des étudiants de différents pays, c’est aussi répondre au problème des pays d’Europe qui ne peuvent plus absorber les demandes dans les universités. Pour indication, le coût moyen d’un étudiant de faculté occidentale est 10.000€ par an. Il y a donc là des aides possibles de Bruxelles.

Avec une bonne formation linguistique, il n’est pas interdit de penser qu’on peut mener, en parallèle, d’autres études. La recherche, quelle que soit la discipline, est le parent pauvre de l’Europe. Sarajevo et la Bosnie ne doivent pas avoir de complexes sur ce sujet.

Si les études scientifiques, juridiques et les sciences humaines doivent normalement se développer pour fabriquer une élite bosnienne, il est un domaine où les Bosniens excellent, c’est l’art et la culture. Graphistes, photographes, cinéastes, théâtre, scénographes, musiciens, metteurs en scène, Sarajevo est un creuset de grands noms pour toute l’industrie de l’image et du son, il n’est pas inutile de rappeler qu’elle est la première industrie mondiale. Alors, pourquoi ne pas imaginer une grande université dédiée à ces disciplines qui pourrait former l’élite européenne de demain. C’est un projet d’exception culturelle européenne. En parallèle à cette grande faculté, il faudrait créer des studios de production TV et cinéma. Outre la compétence des techniciens formés localement, la proximité de sites variés, villes, plaines, vallées, montagnes et la Mer adriatique qui n’est pas loin, pourraient permettre des coûts de production beaucoup plus économiques qu’en Europe de l’Ouest. Autour de ces activités consacrées aux images et aux sons, une multitude de métiers de services pourraient se créer ; costumes, décors, studios d’enregistrement, agence de pub, etc. Mais pour parfaire Sarajevo, ville de l’esprit, il faut multiplier les festivals pour que les rencontres puissent se faire entre artistes consacrés, les habitants et les étudiants mais aussi tous les touristes qui auront à cœur de venir et de revenir à Sarajevo. Il faut donc réhabiliter Stari Grad et Centar dans un grand projet " Monuments historiques " voulu par tous.

Offrir par la culture, les clefs du 21ème siècle en respectant le passé, c’est là encore, une très grande valeur ajoutée pour la ville.

Construire la ville dans la ville

Quand l’Autriche-Hongrie, après le congrès de Berlin en 1878, décide du nouveau plan d’urbanisme de Sarajevo, l’empire poursuit un double objectif : d’abord imposer son pouvoir par une administration stricte et sévère mais aussi apporter la modernité par des moyens de communications nouveaux. Le chemin de fer, c’est l’avion du début du 20ème siècle. C’est tout naturellement qu’on installe deux gares, l’une routière et l’autre ferroviaire, à la bordure ouest de la ville, tout près de Marindvor. Les casernes militaires sont édifiées pour contrôler les accès de la ville. A l’est, celle de Bistrik et à l’ouest, celle connue aujourd’hui sous le nom de Tito Barrack. Le long de la voie ferrée suivant le cours de la Miljacka, des usines s’installent et lancent des cheminées pour affirmer fièrement leur existence. Cent années après, rien n’a changé si ce n’est la création de l’aéroport dans la plaine de Butmir à l’ouest.

Intra-muros, une ville pétrifiée par la guerre :

Si, à l’instar des grandes villes européennes, on ne peut pas parler véritablement d’un Sarajevo « intra-muros », le siège de Sarajevo a redéfini un espace géographique militairement très précis. La guerre a toujours été le révélateur des sites. De Butmir à Bentbasa, la ville est organisée dans la vallée de la Mijacka avec les collines nord et sud. C’est 14 km d’est en ouest (la largeur de Paris). Toute l’infrastructure ferroviaire y est devenue, aujourd’hui, économiquement totalement obsolète et un obstacle infranchissable pour une future cohérence urbaine. Des centaines d’hectares de voies de chemin de fer bloquent une redéfinition d’espaces qui relieraient les collines nord et sud avec la vallée et ses différents quartiers. Pour quelques centaines d’emplois industriels existants (aisément transportables sur la route de Vogosca), Sarajevo attend la reprise de son trafic ferroviaire.

La gare de Sarajevo, c’est Le désert des Tartares ou En attendant Godot ! Depuis dix ans, ces espaces laissés pour compte sont des friches industrielles n’apportant aucun profit pour la ville. Supprimer ces voies ferrées, c’est offrir les possibilités d’un nouvel espace urbain pour le 21ème siècle.

L’articulation intra et extra muros :

Quel est l’intérêt de conserver une gare routière à Marindvor pour repartir dans l’autre sens et embouteiller la ville de bus inutiles ? Quel est l’intérêt de conserver une gare ferroviaire où les trains ne viennent plus ? Il est urgent de créer un grand pôle de communications à l’ouest de la vallée de la Miljacka. Il faut rassembler la route, le chemin de fer et l’aéroport. Ce n’est pas un vœu, c’est un impératif. Créer un grand centre d’activités en regroupant des moyens logistiques, c’est offrir à des investisseurs étrangers et locaux des raisons de s’installer à Sarajevo. L’aéroport de Sarajevo pour être relié aux grandes capitales européennes doit amplifier son trafic sinon il restera un aéroport régional. Business et tourisme doivent permettre cette montée en puissance qui obligera les grandes compagnies à créer des lignes directes. Il faut aujourd’hui 6 à 7 heures pour rejoindre Londres ou Paris. Désespérant !...

On peut s’étonner qu’aucune réserve foncière n’ait été envisagée jusqu’alors pour créer une deuxième piste d’atterrissage pour anticiper le futur proche.

Autour de l’aéroport, le regroupement du fret et des voyageurs doit permettre la création de nombreux services ; zones franches avec de grands entrepôts mais aussi hôtellerie, bureaux de passages, sièges de sociétés. Ce pôle multimodal à l’ouest de la vallée de la Miljacka, c’est le futur lieu de l’échange des marchandises, des hommes et des idées. Bientôt, les trains de Sarajevo seront reconnectés avec toute l’Europe. Les gares routière et ferroviaire reprendront un sens, urbanistique mais aussi économique. C’est la circulation rapide des hommes et de l’argent qui fabriquera la valeur ajoutée indispensable au développement de Sarajevo.

L’extra muros, le meilleur comme le pire :

Depuis quelques années, des hommes d’affaires avisés ont décidé d’investir les montagnes environnantes et principalement les sites des anciens Jeux olympiques d’hiver. De nombreux projets d’hôtels, de résidences services ou d’appartements fleurissent au pied des pistes. Si d’un point de vue purement économique immédiat, il est bon que les entreprises du bâtiment puissent faire vivre de nombreux ouvriers aujourd’hui, il ne faudrait pas autodétruire le futur marché par l’anarchie urbanistique grandissante qu’on commence à voir à Igman-Bjelasnica.

L’énorme avantage des sites olympiques de Sarajevo est qu’ils sont éloignés de 30 à 45 minutes du centre-ville. Bétonner la montagne, c’est multiplier exponentiellement le nombre de voitures particulières alors qu’il faudrait les réduire par une politique de transports en communs confortables et fréquents. La future clientèle occidentale est dans la civilisation du zapping, elle ne reste pas 15 jours dans un endroit, 4 à 5 jours maximum, si elle doit passer plus de deux heures par jour dans les embouteillages, elle ne viendra pas. D’autre part, cette clientèle veut autre chose que skier, elle veut connaître la région et sa gastronomie, visiter des expositions, avoir un lien culturel avec les habitants, etc.

Bétonner la montagne, c’est aussi obliger la collectivité bosnienne toute entière à financer une infrastructure exigeante, élargir et déneiger les routes où un accident de voitures peut créer des heures d’embouteillages, assainir les eaux usées des milliers de logements bâtis par la création de stations d’épuration sinon l’exceptionnelle nappe phréatique de la vallée de Butmir sera polluée à tout jamais, enfin l’entretien des équipements d’infrastructure, des habitations, de lieux de service, est 2 à 3 fois plus cher qu’à proximité des centres urbains.

Il y a là une réflexion à mener car la réussite touristique des sites olympiques ne peut se réaliser sans la clientèle occidentale, le marché local étant trop petit. Il faut donc trouver un équilibre urbain entre montagnes et vallées pour que les financements de la collectivité servent à tous et non à l’intérêt de quelques-uns. Il y a contradiction entre le retour sur investissement immédiat et la valeur ajoutée pour tous.

Bâtir de bons complexes touristiques confortables travaillant toute l’année dans la vallée et permettant de coupler sports d’hiver et d’été, thermalisme, visite culturelle de Sarajevo est un concept aujourd’hui très recherché par les tour-opérateurs européens. Ce concept ne s’adresse pas uniquement aux sportifs mais aussi à une clientèle de congressistes qui permet un taux de remplissage annuel équilibré. La proximité de l’aéroport, des gares routières et ferroviaires sera un atout indéniable conforté par des bus qui, tous les quarts d’heure, pourront amener la clientèle au pied des pistes mais aussi au centre-ville dans des délais rapides.

On peut imaginer qu’un jour des téléphériques relieront vallées et montagnes et s’affranchiront de l’automobile. Les critères écologiques et de qualité de vie sont devenus essentiels pour une future candidature olympique. Il ne faut pas reproduire à Sarajevo les erreurs faites il y a trente années dans la plupart des stations occidentales de montagnes, mais au contraire, il faut permettre toutes les solutions d’avenir en préservant impérativement l’environnement.

S’il faut construire la ville dans la ville au 21ème siècle, c’est d’abord pour respecter et conserver les paysages, la richesse de chacun et de tous, ensuite c’est pour éviter des coûts d’infrastructure, d’investissement de et maintenance exponentiels, mais c’est aussi et surtout pour retrouver la cohérence sociale et culturelle qui, à l’image du mahala ottoman, reste une référence urbaine pour tous. Les habitants de Sarajevo doivent être les rajas des différents vrais quartiers de leur ville.

L’urbanisme, c’est politique

Le premier devoir de la politique, c’est d’offrir à chaque citoyen, la possibilité de vivre et de travailler dignement dans sa ville et sur son territoire. Toutes les compétences existent en Bosnie pour que le pays tout entier puisse atteindre rapidement les standards européens.

Par comparaison, il y a vingt ans, l’Irlande était dans une situation très difficile.

Sarajevo est une capitale avec un potentiel exceptionnel qui doit dynamiser toute la société bosnienne. Capitale de la traduction, capitale de l’image et du son, capitale de l’écotourisme européen, ce ne sont pas des propositions de concepts inaccessibles mais des idées qui demain matin peuvent avoir un début de réalité, tout est là ; il suffit de le vouloir très fort, de retrousser ses manches et de stopper net la désespérante mélancolie qu’Ivo Andric a malheureusement si bien décrite. Le fatalisme n’est pas une fin en soi.

On trouve toujours de l’argent pour de bons projets.

La Bosnie doit aussi inviter sa diaspora à l’aider socialement et économiquement mais aussi politiquement et culturellement.

Tous ensemble nous pouvons faire de Sarajevo une capitale du 21ème siècle, bien ancrée dans ses traditions et ses cultures mais aussi largement ouverte sur le monde entier.

C’est de cette valeur ajoutée urbaine que nous devrons et pourrons sereinement rendre compte à nos enfants pour qu’ils puissent vivre heureux.

L’urbanisme, c’est ça !

Le reste, c’est souvent du décor, de la construction et quelquefois, de l’architecture... Comme partout.

(Une version du texte en langue bosniaque a été publiée en juillet 2006 par le quotidien Oslobodjenje )

[1] Architecte urbaniste français, responsable de l’urbanisme dans l’équipe UN de William Eagleton (1994-1996), consultant en développement, habite et travaille à Sarajevo.

[2] « Il n’y a pas de courant, il n’y a pas d’eau, il n’y a pas de gaz, il n’y a rien. »

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